Le romancier britannique Martin Amis a reçu le prix du Meilleur livre étranger pour "La zone d'intérêt" chez Calman Levy, son 14e roman, traduit par Bernard Turle.

La zone d'intérêt
La zone d'intérêt © Calman Levy

Ignoré des grands prix d’automne, le grand écrivain britannique Martin Ami s pourra se consoler avec le Prix du meilleur livre étranger, qui lui sera remis ce soir, jeudi 26 novembre. «La zone d’intérêt » avait été précédé un an avant sa parution en France d’un parfum de scandale. Gallimard, éditeur français de Martin Amis depuis des années, avait refusé de le publier. En cause, officiellement : la qualité du livre. Mais le sujet du roman, une histoire de marivaudage dans un camp de concentration, a pu faire hésiter les éditeurs.

Si on voulait résumer La Zone d’Intérêt, on dirait que c’est une histoire d’adultère bourgeois à Auschwitz, même si le camp n’est jamais nommé.

Sorti fin août chez Calmann-Lévy, le roman a finalement été assez bien accueilli. Il a fait l’objet d’articles élogieux dans M, le magazine du Monde et dans l’hebdomadaire Le Point.

On a pu entendre ici et là qu’après avoir publié Les Bienveillantes de Jonathan Littell, en 2006, Gallimard n’avait pas envie de se faire une spécialité des romans sur la Shoah écrits du point de vue du bourreau.

Or justement, c’est un contresens absolu que de penser cela. Dans La Zone d’Intérêt, on entend trois voix, bien distinctes : le commandant du camp, Paul Doll, veule et alcoolique ; Angelus Thomsen, le neveu du secrétaire particulier d’Hitler, dandy et prédateur sexuel qui va convoiter la femme du commandant; et Schmul, un détenu qui fait partie des sondercommandos (les détenus qui étaient chargés de vider les chambres à gaz et de brûler les corps).

Martin Amis : Prix du Meilleur livre étranger 2015
Martin Amis : Prix du Meilleur livre étranger 2015 © Calman Levy éditeur
_Martin Amis_ _© Calman Levy - 2015_ Ce que montre Martin Amis, servi par un méticuleux travail de documentation et une écriture éblouissante, c’est comment une vie « normale », faite de dîners, de concerts, de jardinage, de disputes conjugales, pouvait avoir cours à la lisière de l’horreur. Certains jours, l’odeur échappée des crématoires pouvait gêner un peu, mais on s’y faisait… Ce n’est pas la première fois que Martin Amis s’attaque à ce thème périlleux entre tous. Publié il y a 23 ans, "La Flèche du Temps" était déjà consacré à Auschwitz. Et il espère en écrire encore un troisième.
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.