"Carbone et Silicium" reçoit le Prix BD Fnac France Inter 2021. Le livre est l'œuvre d'un jeune auteur de 33 ans. Il signe son quatrième ouvrage : un récit d'anticipation qui suit, sur 300 ans, le parcours de deux androïdes très humains et qui aborde de façon poétique des problématiques d'écologie très contemporaines.

Dessin inédit de Mathieu Bablet pour le Prix BD Fnac France Inter 2021
Dessin inédit de Mathieu Bablet pour le Prix BD Fnac France Inter 2021 © Ankama

Prix BD Fnac France Inter 2021 

Mathieu Bablet : "Je me sens extrêmement chanceux : la sélection des BD était vraiment intéressante. Je les ai lues et la concurrence était rude. Je suis d'autant plus heureux que Carbone et Silicium est de la BD science-fiction, un genre pas simple à aborder pour les lecteurs. Le Prix BD Fnac est la première récompense importante de ma carrière. C'est vraiment bien." 

La science-fiction  

"L'intelligence artificielle, la robotique et les autres sujets traités dans Carbone et Silicium sont des sujets d'actualité. Ils posent la question de la place que l'on veut donner aux nouvelles technologies. Mais j'évoque aussi la crise écologique, et ses conséquences à moyen terme.  

C'est mon questionnement personnel avant d'être celui d'un auteur. Mais c'est ce qui me pousse à me renseigner sur un sujet. Ensuite, je tisse un canevas autour, avec une histoire et des personnages. La science-fiction est le genre le plus approprié pour pouvoir répondre à mes interrogations.  

Si mes sujets de prédilection sont liés aux sciences, c'est peut-être effectivement parce que je viens d'une famille de scientifiques, et que moi-même, si je n'avais pas été auteur de BD, j'aurais opté pour une carrière scientifique. Cela me passionne." 

Quatre ans de travail 

"Il m'a fallu quatre ans pour dessiner Carbone et Silicium car le projet était ambitieux. La taille du livre est importante, et cela prend du temps de dessiner toutes ces pages ! Surtout, la recherche en amont a été importante car les sujets traités ont tendance à évoluer très rapidement. Quand on parle d'intelligence artificielle ou de transhumanisme, tous les six mois, il y a eu une nouvelle découverte, une nouvelle avancée technologique. 

Il faut essayer d'écrire le futur avec toute la pertinence du présent.

Puis, il a fallu un très long temps de maturation pour arriver à un scénario cohérent et intéressant, mais aussi pertinent sur les sujets abordés. 

Quand on parle de théorie de l'effondrement ou des crises migratoires, écologiques et économiques, il faut arriver à garder un semblant de crédibilité dans ce qu'on raconte pour que ça paraisse vrai au regard des différentes données que l'on a à l'heure actuelle."

"Shangri-La" vs "Carbone et Silicium" 

Shangri-La, mon dernier livre était une sorte de pamphlet contestataire anticonsumériste, très influencé par la fiction littéraire des années 1940, 1950 ou 1960, comme 1984 d'Orwell, _Le meilleur des mondes d'_Aldous Huxley ou Soleil vert d'Harry Harrison. Là, j'ai cherché une nouvelle voie pour parler de SF". 

Je voulais quelque chose de nouveau pour traiter des problématiques plus actuelles : le collectif du militantisme et les réactions individuelles face à ce qu'on prévoit pour les prochaines années.

Une histoire d'amour entre androïdes un peu trop humains 

"Je ne voulais pas que les sujets de SF soient le point central de l'histoire. Il fallait que les relations entre ces deux personnages nous intéressent au point de les suivre tout au long de ces 300 années. Ils prennent de la distance par rapport au genre humain, ce sont des robots. Mais ils sont enchaînés aux mêmes passions et aux mêmes émotions que nous. Carbone et Silicium traversent le temps en se retrouvant de temps en temps, en étant parfois d'accord, parfois pas, mais avec un lien très fort qui les unit." 

De l'âme dans des robots 

"Les auteurs de science-fiction ont différentes manières de répondre à la question fantasmatique de l'âme des robots. Dans Carbone et Silicium, il s'agit d'intelligence pure à qui on va rajouter des émotions. De ce conglomérat entre les deux naissent l'âme et la personnalité de chacun des deux individus."  

Carbone et Silicium pose des questions très actuelles 

Détail d'une planche de Carbone et Silicium de Mathieu Bablet
Détail d'une planche de Carbone et Silicium de Mathieu Bablet / Ankama

"La BD montre l'évolution du monde sur les prochaines décennies avec la question de la montée des eaux, des crises qui provoquent des flux migratoires en direction de l'Europe qui ne veut pas de cette arrivée de populations. C'est aussi la question de l'augmentation de la température, de la pollution, de la fonte des glaces. Toutes ces questions qui imprègnent un peu les débats sur l'écologie se trouvent ici poussées à leur paroxysme pour montrer ce qui peut nous arriver. 

J'aborde aussi la transidentité : c'est un questionnement porté par la jeunesse et par la communauté LGBTQ. Dans la BD, c'est le personnage de Carbone qui change de sexe régulièrement." 

Deux personnalités opposées 

"Les personnalités différentes de Carbone et Silicium permettaient de parler du déterminisme genré ou social. Ces deux personnages sont issus de la même intelligence artificielle et par leur expérience, leur vécu et leur physique, ils vont avoir la même destinée et le même cheminement.  

Ils représentent également deux facettes : l'une inquiète, très sédentaire, portée sur le contact avec les autres, sur cette volonté de faire partie de la société et l'autre qui est beaucoup plus nomade, beaucoup plus introverti, solitaire. Et qui va jouir du monde qui l'entoure, de la beauté du monde, sans se poser les questions de ce qui se passe et des conséquences des multiples crises.  

Et pour moi, ils sont un bon miroir de nos contradictions : on sait qu'il faudrait agir contre ce qu'il se passe dans le monde, mais dans le même temps, on est aussi bien dans notre confort, et dans nos habitudes difficiles à changer." 

Le message politique de "Carbone et Silicium"

Détail de la couverture de Carbone et Silicium de Mathieu Bablet
Détail de la couverture de Carbone et Silicium de Mathieu Bablet / Ankama

"Le livre est un appel à plus de collectif. Une demande de cesser d'être individualiste pour avoir plus de contacts humains et de créativité dans ce monde très compétitif et porté sur la croissance. C'est aussi une dénonciation de l'omniprésence des GAFAM dans nos vies. Dans la Silicon Valley, ils essayent de créer des intelligences artificielles de plus en plus perfectionnées et effectuent des recherches sur les cellules souches, sur le vieillissement du corps… 

Supprimer la mort est le fantasme absolu du transhumanisme. Les Facebook et consorts essayent de construire le futur selon leur idéologie et leur image. Au mépris de l'urgence climatique. Les avancées technologiques devraient porter sur la préservation du vivant ou du vivre ensemble."

Une histoire qui court sur 300 ans pour faire travailler l'imaginaire du lecteur 

"Les ellipses temporaires permettent de créer du vide entre chaque histoire pour que le lecteur le comble. Quand on écrit un scénario, on part du principe qu'il n'y a pas mieux et plus efficace que l'imagination du lecteur pour combler les trous. Je ne pouvais pas représenter 300 ans d'histoire en racontant tout ! Faire des bonds de 15 ans permet de créer une sensation du temps qui passe." 

Dessin manuel et numérique 

"Je dessine à la fois de manière traditionnelle et en numérique. Sur ma table d'architecte avec des règles, je trace des points de chute. Le dessin se fait sur papier avec feutres et crayons en accordant une place importante aux décors qui sont de réels vecteurs d'immersion. C'est vraiment une invitation à passer du temps sur la case, à justement chercher les détails. Je donne une place importante à la contemplation. 

Ensuite je scanne le dessin. Et je crée les couleurs à l'informatique : cela me permet une plus grande liberté et d'utiliser beaucoup de teintes colorées différentes. C'est visible sur les atmosphères et les ciels. L'utilisation des couleurs jaune ou rouge, par définition, des couleurs chaudes ou solaires apportent de la chaleur à l'ensemble." 

Aller plus loin

Dessin inédit de Mathieu Bablet pour le Prix BD Fnac France Inter 2021
Dessin inédit de Mathieu Bablet pour le Prix BD Fnac France Inter 2021 / Ankama

Carbone et Silicium de Mathieu Bablet est paru chez Ankama

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