Mathieu Sapin publie "Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu", une bande dessinée tirée de sa fréquentation et de son observation du comédien.

Cases extraites de "Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu"
Cases extraites de "Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu" © Mathieu Sapin/ Dargaud

À Paris, en Russie, au Caucase ou au Portugal, depuis 2012, Mathieu Sapin, s'est immergé dans la vie de Gérard Depardieu. Son livre est un portrait drôle, vivant et très touchant de la star mondiale.

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Comment est Gérard Depardieu dans la vie ?

C’est un homme qui éructe beaucoup. Dès qu’il a un public, il redevient un comédien. Il aime bien en faire des tonnes, et pousser des grognements. Gérard Depardieu a une oralité très particulière, propre à lui. Il a son franc-parler et j’avais envie de tout noter quand il parlait. Je pense que l’on pourrait faire un dictionnaire Depardieu. Il regarde les gens avec intensité, ce qui peut troubler. On peut avoir l’impression d’être transpercé. Lui, comme ça, peut voir si quelqu’un lui raconte des craques. Il sent très bien les choses. Il a un côté très animal. Avec lui, on est obligé d’être sincère sinon on se fait blackbouler.

Il dit que, même en dessin, il ne se supporte plus...

C’est quelqu’un qui a des souffrances, qui a un rapport très contrarié à son image, et à son corps. Mais en dessin, ça met une distance. Sa vie est en contradiction avec ce corps très abimé, massif et encombrant : il est tout le temps dans l’aventure. Sinon, il déteste voir les films dans lesquels il a joué. Pour l’énerver, vous n’avez qu’à lui parler de sa filmographie !

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Qu’apporte la BD à la connaissance d'une personnalité comme Gérard Depardieu ?

Il y a déjà eu des livres sur lui auxquels il a participé mais davantage en mode autobiographique en collaboration avec un écrivain. Je voulais être plutôt dans une position d’observation. J’ignore pourquoi, mais Il n’aime pas se livrer, ni être filmé dans sa vie privée, et il y a eu très peu de documentaires sur lui. Pour moi, l’avantage de la BD, c’est l’économie. J’ai pu prendre le temps qui me semblait nécessaire. J’assume la subjectivité issue du dialogue entre lui et moi, puisque je me mets en scène. Et la BD, c’est très souple. On peut faire des flash-back, et ajouter des précisions visuelles. Par exemple, quand je suis chez lui et que je montre son antre peuplée de statues et d’œuvres d’art. Je sais qu’il n’aime pas trop qu’il y ait des photos de cet endroit-là. Mais le dessin peut les remplacer.

Quelle place laisse-t-il à un dessinateur de BD ?

Gérard Depardieu laisse de la place. Comme comédien, il est habitué à donner la réplique, à être dans l’échange. Et il regarde beaucoup. C’est impossible d’être à côté de lui et de n’être qu’un observateur, une position qui m’allait pourtant bien. Lui, fait participer tout le monde et prend les gens à partie. Je suis moins volumineux, plus effacé: nous sommes très dissemblables, mais nous avons été complémentaires.

Comment avez-vous vécu cette immersion auprès de Gérard Depardieu ?

Avec lui, j’ai été obligé de baisser la garde, d’avancer à visage découvert, de davantage me livrer. J'ai appris sur moi, à pratiquer une forme de lâcher prise. Souvent je me suis retrouvé avec lui dans des jeeps sur des chemins de montagne, sur un side-car, ou dans des soirées un peu improbables en Russie: dans ces situations, on est bien obligé de faire confiance. Si on ne lâche pas prise, ça s’arrête très vite. Ce qui m’a plu, c’est une forme d’aventure, avec des situations assez folles parfois. Aujourd’hui, on vit dans une société très cadrée. Et lui, c’est quelqu’un qui échappe à ça, il fait ce que bon lui semble. Il s’affranchit des frontières et des hiérarchies sociales : il est très proche de gens puissants, mais aussi d'individus plus simples. C’est la personne qui l’intéresse, pas sa fonction ou son « rang ». Gérard Depardieu est une espèce d’électron libre et avec lui, tout peut arriver.

Si c’est plus piquant, si on a l’impression que je suis allé davantage à l’essentiel, c’est parce que j’ai dessiné après les faits. J’ai été influencé par le travail de Riad Sattouf qui ne travaille qu’avec sa mémoire. Comme lui, je ne me suis fié qu’à mes souvenirs et à mes notes. J’ai privilégie le récit au dessin, et fait moins attention au réalisme.

Avez-vous eu peur parfois ?

Gérard Depardieu parle beaucoup de la mort, et pour dire qu’il s’en fout de mourir. Il pense qu’il faut vivre l’instant présent. Donc quand on était lancé sur l’autoroute, ou sur les routes de montagne et qu’il faisait des chatouilles au chauffeur, ça le faisait rire. Mais moi, je n’en menais pas large.

Écoutez un extrait de l'entretien

La leçon de dessin de Mathieu Sapin :

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