« L’importance d’un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu’il aura introduits dans le langage plastique » : Henri Matisse.

Henri Matisse La Tristesse du roi, 1952 Papiers gouachés, découpés, collés et marouflés sur toile292 × 386 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris
Henri Matisse La Tristesse du roi, 1952 Papiers gouachés, découpés, collés et marouflés sur toile292 × 386 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Succession H. Matisse Photo © Centre Pompidou, Mnam-Cci/Philippe Migeat/Dist. Rm

À l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Henri Matisse (1869-1954), le Centre Pompidou lui rend hommage au travers de l'exposition «Matisse, comme un roman », riche de plus de 230 œuvres et 70 documents et archives. 

Sa vie durant, Henri Matisse a été ce novateur décisif. Un parcours chronologique en neuf chapitres retrace les débuts du jeune artiste, tard venu à la peinture dans les années 1890, jusqu’à la libération complète de la ligne et de la couleur avec les gouaches découpées réalisées à la fin de sa vie.

L'exposition déploie pour la première fois une centaine d'œuvres issues de la collection du Musée national d’art moderne, l'une des plus significatives par son importance, représentative de toutes les techniques approfondies inlassablement par Matisse.

Rejouant le titre de l’ouvrage de Louis Aragon, Henri Matisse, roman (1971), l'exposition « Matisse, comme un roman » reprend son principe de cheminer dans l’œuvre, cherchant, comme dans le livre, à capter « une lueur sur ce qui se passe ». Chacune des neuf séquences de l'exposition est éclairée par le regard d’un auteur porté sur l’œuvre matissien : Louis Aragon, Georges Duthuit, Dominique Fourcade, Clément Greenberg, Charles Lewis Hind, Pierre Schneider, Jean Clay et Henri Matisse lui-même. En écho à ces écrivains, critiques et poètes, l'exposition interroge la relation de Matisse à toutes les écritures – du signe plastique au mot.

Dès ses débuts dans les années 1890, Matisse s’essaye à différentes pratiques. Ce peintre, sculpteur, dessinateur, graveur voulait trouver « une écriture pour chaque objet ». Artiste de l’exigence critique, soucieux d’apporter sa vie durant un éclairage sur son processus créatif, il fait naître malgré lui un Matisse écrivain. Durant la période fauve (1905-1906), il s'aventure dans une reformulation radicale de la couleur et du dessin. 

Henri Matisse, Les Tapis rouges, 1906 Huile sur toile, 86 × 116 cm Musée de Grenoble
Henri Matisse, Les Tapis rouges, 1906 Huile sur toile, 86 × 116 cm Musée de Grenoble / Succession H. Matisse Photo Ville de Grenoble/Musée de Grenoble J.L. Lacroix

Cette authentique révolution du regard se reconfigure dans les années 1910 autour d’une réflexion sur le décoratif, dont l’un des exemples les plus magistraux est l’Intérieur aux aubergines (1911), seul des « intérieurs symphoniques » à être conservé en France. Cette nouvelle écriture plastique ne se fixe pour autant pas en un style : dans les années 1910, le peintre cherche à éprouver les diverses tendances qui traversent la scène artistique de son époque – le cubisme, notamment, avec Tête blanche et rose (1914). En 1917, son départ pour Nice et la décennie qui s’en suit délaisse la dimension expérimentale d’un art parvenu presque au seuil de l’abstraction : le peintre choisit de retourner à un sujet modelé par la lumière. 

La question littéraire dans l'œuvre de Matisse prend un nouveau tour à partir des années 1930, alors qu'il s’attache au livre illustré avec les Poésies de Mallarmé, qui entrent en résonance avec certaines toiles iconiques de cette période comme Nymphe dans la forêt (La Verdure) (1935-1943). En 1947, Matisse parvient avec Jazz à entrelacer la plastique et le mot, en concevant des gouaches découpées et des textes manuscrits. Le caractère expansif de la couleur et du noir et blanc se retrouve dans le dialogue intime entre les « Intérieurs de Vence » et les dessins au pinceau. Enfin, les vitraux colorés et les céramiques de la chapelle de Vence à la fin de sa vie, témoignent encore d’une migration ininterrompue de l’œuvre à l’écriture dans ce que Matisse voyait comme un grand livre ouvert dans l’espace.

Pour cet événement, la collection du Mnam est étoffée de prêts remarquables consentis par les musées hexagonaux : les deux musées Matisse en France, au Cateau-Cambrésis et à Nice, mais aussi la riche collection Matisse du musée de Grenoble, dont L’Intérieur aux aubergines (1911), est déplacé pour l’exposition de manière exceptionnelle. Cette réunion d’œuvres-clés, issues de collections françaises et internationales majeures, publiques et privées, illustre la trajectoire de Matisse sur plus de cinq décennies, et quelques-unes des pages capitales de l’art moderne.

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►►► Photo principale : Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952 Papiers gouachés, découpés, collés et marouflés sur toile292 × 386 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Succession H. Matisse Photo © Centre Pompidou, Mnam-Cci/Philippe Migeat/Dist. Rmn-Gp

►►► Photo d’illustration : Henri Matisse, Les Tapis rouges, 1906 Huile sur toile, 86 × 116 cm Musée de Grenoble© Succession H. Matisse Photo © Ville de Grenoble/Musée de Grenoble- J.L. Lacroix

Sources Centre Pompidou

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