Peu de cinéastes ont autant mis en avant les prénoms de leurs héros : un Pierrot par ci chez Godard, un Jules et un Jim chez Truffaut (mais pas un film qui s’intitule Antoine…), un Popaul chez Chabrol etc...

Vincent, François, Paul et les autres
Vincent, François, Paul et les autres © Getty

13 films et 8 prénoms 

Sur 13 films, cinq ont au moins un prénom dans leur titre et au total cela fait 8 prénoms : Max, César, Rosalie, Vincent, François, Paul, Mado et Nelly, soit cinq prénoms masculins et trois prénoms féminins. Sans oublier un nom propre, Monsieur Arnaud alias Michel Serrault dans Nelly et Monsieur Arnaud.  

Ce n’est pas rien cette importance des prénoms. C’est singulier dans le paysage cinématographique et c’est donc signifiant.  Celui qu’on a tant décrit comme le peintre de la société bourgeoise des années 70 s’intéresse non à des classes sociales mais à des individus qu’il appelle par leur prénom, par ce qui les singularise donc. Un prénom n’est jamais anodin : le Max de Max et les ferrailleurs, c’est peut-être le diminutif de Maximilien, comme Robespierre le vertueux par qui la terreur arrive, comme lui oui justement !  

Le plus emblématique de ces titres à prénoms,  c’est évidemment Vincent (c’est Montand), François (c’est Piccoli) Paul  (c’est Reggiani) et les autres. Les autres c’est à dire notamment Jean (Depardieu) et puis Catherine (Stéphane Audran), Marie (Ludmilla Mickaël), Lucie (Marie Dubois), Julia (Antonella Lualdi) et Colette (Catherine Allégret). Une dizaine de prénoms au total.  

Et que des prénoms masculins en vedette donc ? Non, non et non. 

Trois films avec des prénoms féminins et l’un d’entre eux avec un prénom et un seul Mado (Ottavia Piccolo) et c’est bien l’astre féminin autour duquel tournent tous les protagonistes du film jeune et vieux, clients et amants, vertueux et corrompus… Et des femmes de tête le cinéma de Sautet n’en manque pas à l’image de Rosalie, (Romy) , de Nelly mais également de Mado donc, sans oublier Catherine (Brigitte Fossey) dans Un mauvais fils, Francine (Sandrine Bonnaire) ou de Camille alias Emmanuelle Béart dans Un cœur en hiver. Réduire le cinéma de Sautet à un cinéma de mecs et de copains, c’est tout simplement le méconnaître profondément.  

Des prénoms, certes... mais des noms, aussi

Et puis pour finir il y a en plus des prénoms des noms de famille qui sont souvent chez Sautet et ses co-scénaristes de véritables gourmandises, des noms qui craquent, qui croquent, qui expriment des parfums et des fumets, des noms dont on ne sait s’ils sortent du Bottin ou de livres de cuisine. Prenez le trop méconnu Mado un véritable opéra noir avec son affairisme immobilier, ses crapules, ses jeunes gens vertueux, sa courtisane honnête et son héros grand seigneur méchant homme. Les bons ont des prénoms d’apôtres "Simon et Pierre" mais les mauvais ont des noms de poisons prédateurs (ce qu’ils sont) : "Lépidon et Barachet" tandis que l’escroc sympathique s’appelle Manecca, le roi du mécano de la manipulation et ainsi de suite. Mais le feux d’artifice viendra avec Quelques jours avec moi : le héros du film a un nom bien de chez nous Pasquier digne d’un produit de supermarché, c’est normal puisqu’il possède des supermarchés.  Autour de lui des crétins géniaux s’appellent Fonfrin et Maillotte, un médecin "Appert", le traître "Bassompierre" et en apothéose le comptable s’appelle Monsieur Travail et c’est l’acteur Maurice Travail qui l'incarne. 

Sautet s’amuse et nous avec !

► (Ré)écouter Laurent Delmas dans Le Grand Atelier de Vincent Josse

Bonus

Jacques Fieschi se souvient de discussions animées avec Sautet autour du choix des noms des personnages

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