Dans les rues, les cafés, on entend des commentaires déçus. En règle générale, le festivalier 2009 déplore une édition plus faible que l'an dernier, sans grand choc, exception faite de Warlikoswski, "(A)pollonia". Peu importe la qualité de la moisson, on garde toujours d'un festival sa propre récolte d'images. Et cette année encore, Avignon accouche d'instants que la mémoire va conserver . On le sait. Lesquels ? Au hasard, une image extraordinaire dans le jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph. Dans le cadre du programme "A vif", une femme, longue et mince, accompagnée d'un pianiste joue avec un miroir. Elle le regarde, s'approche et se mire. Puis elle monte sur un tabouret. Devant la glace, elle prend une chaussure et d'un coup de talon, un carreau se fracasse au sol, laissant apparaître un trapèze. Elle l'attrape et rentre dans son image. Epoustouflant ! La jeune femme (Mélissa Von Vépy, trentenaire née à Genève, ancienne élève du CNAC) passe de l'autre côté du miroir, comme avalée par lui, puis elle réapparaît. Expérience limite de connaissance de soi ? Volonté de rentrer en soi ? On voudrait que cette beauté là ne s'arrête jamais, jamais (le spectacle de quarante minutes a pour titre "Miroir, miroir", espérons qu'il tourne en France). La beauté sort également des pas et du corps d'Israël Galvan ("El final de este estado de cosas, redux"). Le maître du flamenco a brillé durant le festival à la carrière de Boulbon. Galvan, fils d'un grand danseur de flamenco, le sévillan José Galvan. Israel, donc, proposait des variations sur le thème de l'Apocalypse. On retiendra notamment son entrée, dans l'obscurité, torse nu, en bermuda, un masque sur le visage. Ce n'est pas simplement un danseur de flamenco qui s'exprimait avec son corps devant les spectateurs, mais un guerrier, un taureau, un centaure, un danseur de butto. A lui seul, il explosait le flamenco, inventant une synthèse très personnelle de plusieurs danses, au son de la guitare et des chants espagnols. Galvan devrait poursuivre la révolution qu'il mène et se séparer de ses guitares rocks un peu désuettes, peut-être même de la tradition musicale purement espagnole ? Il est unique et peut tout inventer, tout transgresser. Merci Avignon . Cela n'empêche une remarque, un cri même, celui que nous poussons chaque année : Aïïïïe ! Il faut changer les fauteuils du festival "in" ! Combien de temps encore le spectateur devra-t-il supporter le diktat du fauteuil en plastique bleu installé sur les gradins (carrière de boulbon, châteaublanc...) qui torture le dos après une, deux ou trois heures de spectacles ? N'y a-t-il aucun moyen, en 2009, d'améliorer le sort du festivalier ? Une fois ce cri poussé, on se donne joyeusement rendez-vous l'an prochain, ici à Avignon, avec comme guides, les artistes associés Olivier Cadiot et le metteur en scène Christoph Marthaler. Dans un an, Shakespeare, Richard 2, Denis Podalydès répondront dans la Cour d'honneur à l'appel des trompettes de Maurice Jarre.

Fest d'Avignon
Fest d'Avignon © Radio France
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