Antoine d'Agata
Antoine d'Agata © Radio France / Vincent Josse

Elles vous sautent au visage, les images d’Antoine d’Agata qui recouvrent la totalité d’une salle, au BAL, ce lieu dévolu à la photographie, près de la place de Clichy, à Paris. Le beau et le laid surgissent dans ces photos collées au mur comme des affiches. D’autres sont encadrées en grand format et accrochées.

D’Agata expose le monde tel qu’il le voit, depuis 20 ans, tel qu’il le vit, surtout. Son existence n’est pas banale. Fils d’émigrés siciliens, il grandit à Marseille avec l’envie d’être prêtre mais il vit dans la rue. Punk, d'Agata se drogue très jeune, va au bordel, voyage. Par hasard, il étudie la photo à New-York avec, entre autres, Nan Goldin, comme professeur. Ensuite, il fait plusieurs boulots puis la photo l’accapare. Elle témoigne de sa vie marginale.

L’appareil accompagne ses jours, ses nuits, s’invite dans les maisons closes, en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie. Qu’il tienne l’appareil à bout de bras ou le donne aux filles pendant l’amour, dans des chambres glauques, ses photos en noir et blanc et en couleur révèlent son désir, captent ses orgasmes et les cris des femmes dans la nuit. Photos floues, parfois, dues à la drogue et au soubresauts de l’instant. On devine un visage, un corps, un cou, du mouvement, on pense à Goya, à Bacon. Photos de jour : un soldat israélien en poste, si seul, des ruines à Marseille bientôt rasées ou des migrants, qui marchent. Vers où ? Ils sont photographiés de dos.

A regarder cette salle inondée de corps, de regards, de fragments contemporains, on croirait entendre la petite voix de d’Agata, émergée de ce chaos du monde, une voix qui dirait:

"Voilà mes frères humains asservis, oubliés, mais encore vivants, comme moi. Je suis solidaire de tous les déchus et ma photo dit ça".

"Anticorps", Antoine d'Agata, le BAL, 6, impasse de la défense, Paris 18è. Tél: 0144707551, jusqu'au 14 avril.Le livre est publié par Xavier Barral, 70 euros.

"Odyssées" d'Antoine d'Agata est exposée au MuCEM à Marseille, du 9 août au 23 septembre, www.mucem.org

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