Michel Piccoli est monté sur scène pour la dernière fois en 2009 pour jouer Thomas Bernhard dans une mise en scène d'André Engels. Vincent Josse l'avait reçu alors pour parler de cette pièce, mais aussi de son travail au théâtre et au cinéma, devant et derrière la caméra.

Michel Piccoli
Michel Piccoli © Getty / Christophe d'Yvoire

Piccoli faisait peur, a priori. Dans le métier, on racontait ses colères, les caméras de TF1 qu'il pouvait envoyer paître durant un tournage, boutant Bouygues hors du plateau. Mais une fois devant lui, qu'il soit dans sa peau de réalisateur ou de comédien, toute crainte s'effaçait. L'homme était doux et souvent drôle. 

Je me permets de livrer ici un extrait de l'interview qu'il m'avait accordée le 15 janvier 2009, il avait 83 ans. Il jouait Minetti de Thomas Bernhard dirigé par André Engels, son dernier rôle au théâtre. L'entretien fut diffusé dans Esprit Critique, sur France Inter. 

J'ai fait deux métiers. Comédien au théâtre et comédien au cinéma. Faire deux métiers au lieu d'un, c'est plus amusant et plus rassurant. 

"Deux métiers différents, oui. Au cinéma, les techniques, les rapports avec le réalisateur n'ont rien a voir avec le métier d'acteur au théâtre qui est présent du début à la fin des répétitions et devient le maître de tout, une fois qu'il joue. Mais avant cela, on répète un texte pendant un mois ou deux dirigé par un metteur en scène et sous l'oeil d'un partenaire. C'est très important, le partenaire (...) 

Beaucoup d'acteurs n'ont pas eu la chance de tomber sur le bon metteur en scène et les bons partenaires. Alors, ils n'ont pas fait carrière. 

Je n'ai jamais eu peur de monter sur scène. Je monte sur scène depuis l'âge de neuf ans. J'ai extrêmement peur pendant les répétitions. Dès qu'elles sont terminées, quand je suis soi-disant prêt à exécuter, tout va très bien. Le public m'amuse et ne m'angoisse pas. 

C'est très amusant d'avoir le culot de se retrouver devant dix-sept ou mille spectateurs, oui, vraiment, ça m'amuse! 

Etre là devant des gens muets et raconter à haute voix une histoire que je crois extraordinaire et les voir fascinés. C'est amusant aussi d'apercevoir ceux qui sortent de la salle pendant la représentation! Non, ça ne me vexe pas! De quel droit me vexerais je? Et par quel chemins me glorifierais-je d'être devant une salle pleine ou les gens se taisent, muets admiratifs et finissent par applaudir"? 

Ecouter l'intégralité de l'entretien :

8 min

Michel Piccoli avec Vincent Josse

Par France Inter

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Michel Piccoli © Radio France / Anne Audigier
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