Pour qui s'intéresse au milieu de l'art et aux artistes, le Journal d’un critique d’art désabusé de Michel Ragon (Albin Michel) est une petite perle à ne pas rater.

Michel Ragon a évolué dans le monde de l’art depuis les années 50, proche de Soulages, de Zao Woo Ki ou des peintres du mouvement Cobra. Au fil du temps il a conçu une œuvre et un regard qui font référence, à l'égal d'un Pierre Restany.

Ce journal donc, entre 2009 et 2011, raconte, ses rencontres, ses visites d’exposition,sa vision du monde de l’art. Suivez le guide, car celui-ci sait ce qu’il dit : il l’a vécu. Comment Soulages date sa première œuvre ; 1947 ou 1948 ? au choix. Une rencontre ratée avec Cavanna, la bouderie de François Morellet, parce qu’il n’est pas allé à son premier vernissage font le sel de ce récit.

Il se souvient d’Anne-Marie ou de Poliakoff… quand le monde de l’art les oublie. Son amitié féconde avec Pierre Restany. Sa fascination pour le Nouveau Réalisme. Il en sait assez pour remettre quelques pendules à l'heure et placer Nicolas Shöffer à la racine de l’œuvre de Hains et Villeglé (10 ans avant).

Michel Ragon, même s'il est moins réactionnaire qu'un Jean Clair qui dénie l’art depuis l’art moderne, choisit clairement de préférer l’avant ; le temps où l’intérêt pour les œuvres ne se mesurait pas à leurs cotes. Le temps où la photo n’était pas sacralisée au même titre que la peinture.Michel Ragon, comme le galeriste Daniel Templon, ou le critique Jean-Luc Chalumeau, fait partie de ceux qui cherchent désespèrement les bons peintres du XXIième siècle.

Ce journal contient aussi l' amertume d’un homme que l’on oublie de consulter sur des sujets qu’il connaît par cœur. Il préférerait que l’on écoute ses souvenirs avec ferveur…

La lecture de ce journal est en tout cas une chronique du milieu de l'art d'aujourd'hui à la lumière d'hier,même si l'on ne partage pas sa posture. Les temps changent, des regards persistent et nous éclairent..

Michel Ragon
Michel Ragon © Olivier Culmann
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