Michel Sardou annonce ce vendredi qu'il arrêtera la chanson après sa prochaine tournée. Sa discographie, pleine de chansons polémiques, en fait pourtant un artiste provocateur.

Michel Sardou sur scène, en 2013
Michel Sardou sur scène, en 2013 © Maxppp / Alexandre Marchi

"J'arrête de chanter. Définitivement. Je vais faire une dernière tournée et un dernier album en octobre" : ce vendredi, Michel Sardou a annoncé, dans les colonnes du Parisien, qu'il arrêterait sa carrière de chanteur après la fin de sa prochaine tournée, qui commence en juillet. Une nouvelle qui risque d'attrister ses admirateurs autant qu'elle ravira ses détracteurs de toujours, même si cela fait longtemps que Sardou ne provoque plus de polémique.

Avec 25 albums studio à son actif, il est entré, au même titre que Jacques Dutronc, Serge Gainsbourg ou Johnny Hallyday, au Panthéon de la chanson française, n'en déplaise à certains. Car de nombreuses chansons ont suscité la controverse ou l'agacement : accusé tour à tour (et entre autres) de fascisme, de sexisme et d'homophobie, il est peu probable - à court terme en tout cas - que l'on assiste à un "retour de hype".

Et pourtant... même si le plus sulfureux des Michel a peu de chances de devenir une icône hipster, les dix titres qui suivent laissent fort à penser que le chanteur, derrière ses airs réactionnaires, est avant tout un provocateur qui aime tirer à boulets rouges sur tout ce qui bouge.

1. Le Madras (1965)

Michel débute dans la chanson et marche dans les pas de ses grands parents et de ses parents avec la vie d’artiste. Et dès le début, il choisit d’aller à contre courant. "Le Madras" se paie gentiment le mouvement hippie. Les auteurs ne sont autres qu’un certain Michel Fugain et un certain Patrice Laffont. Pourtant peut-on l’accuser d’être anti-pacifiste, lui qui devra être arrêté pour faire son service militaire ?

2. Les Ricains (1966)

Deuxième titre, premier succès. Le titre est censuré. Alors que l’on nage en pleine critique des Etats-unis, Michel choisit là encore l’anti-conformisme en chantant ce que la France doit aux soldats américains. Le général De Gaulle lui-même fait interdire le titre. Il faut dire que le Général venait de prendre la décision de quitter l'OTAN... Elle unit dans la critique les antifascistes, les anti-américains et les ex-collaborationnistes. La chanson était originellement prévue pour être chantée par Alain Delon.

3. Le Rire du sergent (1970) et Le Surveillant général (1972)

Michel raconte ses drôles d’expériences avec le surveillant de son internat, puis avec ses supérieurs au service militaire. Histoire de montrer qu’il a vraiment un souci avec l’autorité.

4. Le Curé (1973)

Par contre, Sardou aime bien les curés. A tel point qu’il milite en chanson pour que le clergé puisse se vivre à deux.

5. Zombi Dupont (1973)

En apparence, une chanson pire que tout ce que vous avez entendu de Sardou. Il y est question d’un "sauvage", nommé Zombi, qui vit au fond de la jungle, et que l’Unesco se charge de civiliser. Mais la chanson bénéficie d’un fabuleux "twist" final : les Nations unies finissent par demander à Zombi d’aller faire la guerre. Et Zombi de retourner dans ses bois, loin de la guerre et des ennuis.

6. Le Temps des colonies (1976)

C’est le début de la période faste et du succès malgré les polémiques. Alors que sa chanson "Le France" devient un symbole pour certains mouvements syndicaux, Michel Sardou reprend le chemin de la controverse avec "Le Temps des colonies". Il se met dans la peau d’un ancien de la colo, nostalgique de la période. De quoi donner du grain à moudre aux comités anti-Sardou qui sont nés dans le pays. Une seule radio diffuse le titre à l'époque : France Inter. Mais elle ne le fera qu’une fois. Cette même année sort "Je suis pour" dans laquelle il incarne un père qui veut la mort de l’assassin de son enfant en pleine affaire Patrick Henry. En 78, un livre intitulé 'Faut-il brûler Sardou" parait, l’accusant de collusion avec l’extrême droite. Ce qui ne l’a pas empêché de chanter à la fête de l’Huma.

7. Manie Manie (1977)

Où Sardou dit qu’il n’aime rien de ce qui est à la mode. Ni le Club Med, ni Collaro, ni le rétro, ni le porno, ni la gauche intello, ni les fachos, ni les féministes, ni les phallocrates, ni les Verts de Saint-Etienne. Rien, on vous a dit.

8. Musulmanes (1987)

Une victoire de la musique pour ce titre et une polémique encore. Marqué par ses expériences dans le Paris-Dakar, il s’attaque au sujet de la condition des femmes dans les pays musulmans.

9. Le Bac G (1992)

Michel se paie Lionel Jospin et dénonce les "lycées poubelles". Alors qu’il avait déjà chanté "Ils ont le pétrole" en réponse au fameux "En France on a pas de pétrole, mais on a des idées" de Giscard, Michel Sardou montre le peu de foi qu’il accorde aux politiques de droite comme de gauche.

10. Allons danser (2006)

Il n’y a pas plus punk que cette chanson, parue à quelques semaines de la présidentielle de 2007. Sardou égrène des phrases qu’on croirait sorties de débats politiques, et enchaîne sur un "Et puis allons danser pour oublier tout ça, personne n’y croit". Seulement, le refrain passe à la trappe et la chanson passe pour un tract musical pour Nicolas Sarkozy. "J’ai encore réussi mon coup", a commenté, ironique, l’intéressé quelques années plus tard dans un documentaire.

Au final, depuis 1997, à la fin de tous ses tours de chant, dans la chanson "Salut", Michel Sardou propose une réponse à toutes les polémiques qu'il a créées en 50 ans de carrière : "Je n'suis pas l'homme de mes chansons, voilà ; et puis je n'suis pas non plus ce que j'écris, que cela vous déplaise ou non tant pis".

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