Le confinement a pu nous paraître long mais nos plantes semblent avoir bénéficié de soins plus constants, et les fleurs nous offrent des pétales encore plus colorés en signe de gratitude ! Une excellente nouvelle qu’Alain Baraton, jardinier-conseil sur France Inter, nous explique avec moult autres conseils de saison.

Rhododendrons au milieu des arbres, à Poullan-sur-Mer (Finistère)
Rhododendrons au milieu des arbres, à Poullan-sur-Mer (Finistère) © Getty / Danièle Schneider / Photononstop

Dans les chroniques de La Main Verte du premier week-end de juillet, Alain Baraton prend le temps de répondre à nos questions, nombreuses en ce début juillet. 

Si la période de confinement, qui a duré tout le Printemps 2020, a laissé de mauvais souvenirs, elle a aussi suscité quelques prises de conscience par rapport à notre environnement vert, décisions qui se lisent en filigrane des questions posées à notre jardinier attentionné.

Le déconfinement devient donc l’occasion de redécouvrir nos espaces naturels, jardins, parcs ou petits coins de Nature, autrement et avec un œil neuf et une conscience plus aiguisée. Notre jardinier, Alain Baraton, a profité du confinement pour écrire un nouveau livre, et nous en parlerons dans cet article.

Des fleurs aux couleurs plus intenses

Certains auditeurs s’étonnent de changements significatifs dans l’intensité des couleurs des pétales des fleurs. Une modification qui pourrait bien être le signe de meilleurs soins donnés aux plantes de nos jardins, mais pas seulement, puisque d’autres facteurs jouent dans cet éclat inattendu et plutôt réjouissant.

À une auditrice qui s’émerveille de sa lavande d’un bleu intense et de son laurier aux fleurs d’un rose très profond, Alain Baraton confirme que la période de confinement a permis aux plantes d’être plus « chouchoutées » par les amoureux des jardins, et que les arrosages plus constants, ou tout simplement le temps accordé à ces soins, ont aidé à cette intensité d’éclat des fleurs, véritables miroirs de la santé d’une plante.

Toutefois, les raisons d’un regain de couleur ne sont pas uniquement liées à l’arrosage idéal. En effet, l’ensoleillement joue aussi un rôle important. Et nous avons eu un Printemps remarquablement ensoleillé, surtout sur la moitié Nord de l’hexagone. 

Ce Printemps, toute la France a bénéficié d’un ensoleillement propice à la Nature (Parc de la Seille à Metz, en Moselle)
Ce Printemps, toute la France a bénéficié d’un ensoleillement propice à la Nature (Parc de la Seille à Metz, en Moselle) © Radio France / Nadja Viet

De plus, un bel anticyclone a favorisé un temps peu pluvieux au cours duquel le soleil a brillé de très nombreuses journées sur les régions septentrionales, jusqu'à atteindre des records absolus pour cette période de l’année. Pour la moitié Nord du pays, on parle même d'excédent d'ensoleillement !

Pour ce mois d’avril, par exemple, la température moyenne de 14°C sur la France a été de trois degrés au-dessus des normales saisonnières, mettant ce mois d'avril 2020 au troisième rang des mois d'avril les plus chauds, derrière les mois d’avril des années 2007 et 2011.

Mais ces deux facteurs, arrosage et ensoleillement, ne sont pas les seuls à avoir ravivé nos plantes, puisque la pollinisation ajoute à cet embellissement. En effet, la couleur des fleurs détermine la qualité de la pollinisation, cette étape cruciale du processus de reproduction sexuée.

Pour attirer les insectes, les plantes ont besoin d’être vues, et pour cela, elles vont chercher à intensifier leur pigmentation ! Avec le parfum et le nectar, la vivacité de leur couleur est un de leur moyen d'attraction du règne animal.

La knauthie, plus intensément colorée cette saison 2020, a plus de chance d’être visitée par ce bourdon et a donc plus de chance d’être pollinisée
La knauthie, plus intensément colorée cette saison 2020, a plus de chance d’être visitée par ce bourdon et a donc plus de chance d’être pollinisée © Radio France / Nadja Viet

Ainsi, le jaune resplendissant des onagres ou, comme sur cette image, le mauve intense des knauthies, constitue un signe d’alerte pour l’insecte, ce bourdon par exemple, qui va se diriger sur la plante pour absorber son nectar. Tout en butinant, il va s’imprégner de pollen et ainsi, de corolle en corolle, assurer la pérennité de l’espèce végétale.  

Des jardins en liberté

À la question du confinement bénéfique pour la Nature, Alain Baraton répond que le simple fait d’avoir été contraint à rester en son jardin a déclenché une prise de conscience profonde. Outre le regain de soins  pour les plantes, nous avons aussi pris le temps de regarder et d’apprécier la Nature et, pour certains, cela semble avoir porté… quelques fruits. 

Parmi les questions d’auditeurs, une demande croissante de conseils pour laisser un peu plus libre la Nature au jardin ; et puisque nous sommes rendus compte que l’absence de la sacro-sainte tonte du gazon n’était pas si grave, faisons notre devise de ce qui suit :

un bon jardinier est toujours un peu paresseux. 

En effet, Alain Baraton approuve l’espacement de la tonte, mais réprouve la tonte trop courte au printemps et en été, surtout pendant les fortes chaleurs qui se préparent, et recommande, avant les départs en vacances surtout, de laisser un épais tapis de feuilles qui limitera l’évaporation d’eau. 

Les roses trémières, resplendissantes, sont comme les gardiennes de ce jardin partagé
Les roses trémières, resplendissantes, sont comme les gardiennes de ce jardin partagé © Radio France / Nadja Viet

De plus, notre jardinier nous promet, et on le croit sur parole, un vrai retour de la biodiversité si on laisse vivre le jardin, en cessant de tailler les haies, en espaçant la tonte de l’herbe et en laissant vivre les plantes sauvages, qui ne sont en aucun cas des « mauvaises herbes ». 

Et si décidément, vous aimez l’ordre et la rigueur, laissez simplement un petit espace sauvage, quelques mètres carrés suffisent pour que la Nature puisse, elle aussi, s’exprimer. Ainsi, vous verrez revenir les papillons, les abeilles, les bourdons, les oiseaux, et même les grenouilles et les hérissons !

Sachez que vous êtes, en 2020, 17 millions de Français propriétaires de jardins ! Vous vous occupez amoureusement de plus d’un million d’hectares d’espace naturel, une surface quatre fois plus étendue que celle des Réserves naturelles de France. Aimez et respectez la Nature, elle vous le rendra au centuple, comme vous le voyez déjà !

Aller plus loin

Outre de nombreux articles horticoles, Alain Baraton, jardinier sur l'antenne de France Inter, est aussi jardinier en chef du château de Versailles et l’auteur de plusieurs livres, dont le dernier, Mes Jardins de Paris, vient de paraître, en cette fin mai 2020, aux éditions Grasset. Alain Baraton nous convie à une découverte de la capitale sous une forme originale, car ces quelques 500 îlots de verdure sont répertoriés en fonction des noms d’artistes ou de personnalités dont on les a baptisés. 

Vous connaissez notre jardinier comme ardent défenseur de la Nature, Alain Baraton se livre aussi dans ces pages comme engagé pour la cause des femmes et la mémoire des artistes. (Pour lire un extrait de ce livre, c'est ici !)

Au Parc Montsouris, les Parisiens s’égaient à nouveau dans la Nature, en ce déconfinement bienfaisant
Au Parc Montsouris, les Parisiens s’égaient à nouveau dans la Nature, en ce déconfinement bienfaisant © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

ÉCOUTER : Tous les week-ends de l’été, les bons conseils dans l’émission La Main Verte d’Alain Baraton, les samedis et  dimanches à 7h45.

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