Sur France Inter, tous nos invités redoublent de conseils pour un déconfinement en toute sécurité. Si nous nous masquons à nouveau, il reste que nos arbres, eux aussi, semblent souffrir de plus en plus d’épidémies. Réapprenons les gestes qui sauvent, pour préserver aussi nos amis les arbres.

Comment protéger nos arbres ?
Comment protéger nos arbres ? © AFP / Idhir Baha / Hans Lucas

Dans l’émission de Daniel Fievet, L’Été comme jamais, deux spécialistes des arbres, Marc-André Selosse - microbiologiste et mycologue- et Alain Baraton - jardinier en chef du domaine du Trianon et du Grand parc du château de Versailles - se retrouvent pour parler des maladies qui menacent nos arbres. Des affections liées aux bactéries, aux insectes ou aux champignons et qui causent des ravages dans nos forêts. Oui, nos arbres aussi subissent des épidémies !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature en Europe, 42% des espèces d'arbres seraient menacées sur le territoire. Il existe 450 espèces d’arbres en Europe.

Le paysage français est en train de changer, suite aux maladies, aux accidents climatiques et à quantité d’événements complexes, d'où l'importance de prendre en considération tous les éléments.

Des maladies venues d'ailleurs

Les maladies dont souffrent nos arbres sont souvent des maladies introduites. En effet, la circulation grandissante des produits et notamment du bois, a créé un flux entrant de maladies potentielles. Beaucoup ne s'installent pas, et restent des atteintes bénignes.

Les arbres sont des êtres vivants, capables de se contaminer, capable de transmettre virus, bactéries, champignons. Un arbre peut mettre des centaines d'années avant de décliner en totalité, mais d’autres maladies peuvent s’abattre sur un végétal et le tuer en quelques jours.

Marc-André Selosse :

Quelques-unes de ces maladies sont en train de décimer des espèces entières : l’orme, le platane, le frêne, et bientôt, peut-être, le pin. 

Les espèces d’arbres existantes se mélangent à de nouveaux arrivants, venus de pays exotiques. Autrefois, existaient les "ports des retours", des ports de quarantaine où les navires, avant de débarquer leur précieuse cargaison, vérifiaient l'état de santé des végétaux. 

Les végétaux étaient isolés dans des pépinières, comme celle de Rochefort ou de Toulon. Ils étaient ensuite emmenés à Paris, dans des pépinières aujourd’hui disparues. C’était sans compter avec l'accélération du commerce qui a supprimé toutes ces étapes pourtant essentielles pour la qualité et la santé des arbres et plantes importées.

  • Le cas de l’orme

Causée par un champignon transmis par un coléoptère - le scolyte de l’orme - qui se glisse sous l‘écorce et transmet le champignon à l’arbre, la graphiose de l’orme est une maladie redoutable. Lorsqu'elle s'abat sur un orme, elle peut le tuer en quelques jours. L'écorce se boursoufle, l'arbre sèche sur pied et à ce stade, il n’y a plus de remède, il est trop tard pour agir. En quelques jours seulement, des arbres peuvent mourir suite à une attaque. 

La maladie de l’orme est causé par un insecte, le scolyte, qui se glisse entre l’écorce et le bois.
La maladie de l’orme est causé par un insecte, le scolyte, qui se glisse entre l’écorce et le bois. © Getty / DEA / S.Montanari / Collection De Agostini

Marc-André Selosse :

L’écorce des arbres, depuis les petites branches jusqu’aux racines est une véritable armure pour celui-ci.

Par le passé, des épidémie d’arbres, en décimant des forêts entières, ont pu causer la disparition de certaines espèces. Venue d’Asie, la maladie de l’orme, avant d’atteindre l’Europe, s’est d'abord introduite aux États-Unis où elle a détruit des forêts. Les dégâts se chiffrent en termes élevés pour les États-Unis mais, en Europe, nous ne voyons pas (encore) cet effondrement d’écosystèmes forestiers entiers. 

Pour exemple, à Versailles, par le passé, ont aussi sévi des maladies qui ont fait des ravages sur les arbres du parc au temps des rois. 

Alain Baraton précise que " l'orme faisait partie des arbres choisis par Jacques Androuet du Cerceau. Tous ces grands personnages qui ont créé l’esprit-même du "jardin à la française", qui n'est pas un agencement de jardins fait au hasard. On plante des buis pour fabriquer les broderies, les charmilles vont border les allées et les arbres vont créer les perspectives en encadrant les allées et en dirigeant le regard. Tous les alignements en France, du jardin à la française, étaient pratiquement composés d’ormes. Tous les ormes ont pratiquement disparu, suite à la maladie. Les tilleuls ont remplacé les ormes, mais on a aussi créé aujourd'hui une nouvelle variété d’ormes qu'on appelle Resista. Donc, la structure même du jardin à la française a dû se réadapter suite à la disparition de l'arbre qui en était le fondement même." 

Quand retrouverons-nous partout la joie de voir le soleil à travers le feuillage des ormes ?
Quand retrouverons-nous partout la joie de voir le soleil à travers le feuillage des ormes ? © Getty / Geography Photos / Universal Image Group

Des maladies endémiques

Les maladies qui affectent nos arbres aujourd'hui semblent plus fréquentes et l’on peut se demander si elles ont toujours existé.

Marc-André Selosse explique que "les maladies sont toujours présentes mais qu'à un moment, un individu mutant plus efficace peut envahir le système. Par exemple, le scolyte de l'épicéa, un petit insecte qui va manger, sous l'écorce, la partie vivante du bois. Et l'arbre entier va mourir. C'est une maladie endémique, c'est à dire de chez nous, qui est en pleine recrudescence à cause de conditions climatiques et de facteurs qu'on connaît mal et qu'on n'arrive pas à juguler du tout. Il y a dix ans, on avait 15% de nos épicéas qui étaient malades en France. Maintenant, on en a 50%.

Conseils pour soigner vos arbres

Comme nous en cette période de canicule, la nature souffre. Le réchauffement climatique est en train de faire disparaître, sous nos climats, le hêtre, par exemple. Le bouleau souffre également des températures caniculaires. Quand on constate les maladies, il est souvent trop tard. Alors voici quelques conseils de prévention :

• Plantons en respectant les distances de plantation, il sera nécessaire d’augmenter les mesures entre deux arbres, et surtout, plantons à la bonne saison. 

Alain Baraton :

Respectons les besoins de la Terre. Cessons de vouloir adapter le jardin à son végétal, mais plutôt le végétal à son jardin. 

Le jardinier nous livre aussi son avis bien arrêté à propos de la taille des arbres : "quand vous réduisez les branches d'un végétal, vous lui envoyez un signal de mort. La plante, persuadée qu'elle va manquer d'espace pour capter les rayons du soleil, se hâte de produire davantage de feuilles et de branches. Quand on taille un végétal, on le fait souffrir et on favorise dans le bois la pénétration des virus, champignons et bactéries. Apprenons à accompagner les arbres. Arrêtons de les tailler et de les planter là où ils n'ont pas de raison d’être."

• Un autre conseil essentiel est de privilégier les espèces locales. 

Alain Baraton nous confie son sentiment : "L’arbre n'est pas seulement le marqueur du temps, mais aussi le marqueur de la région. Quand vous prenez le train, vous savez dans quelle région de France vous êtes, en ouvrant les yeux et en contemplant le paysage. L'arbre est un marqueur du paysage. Arrêtons de toujours vouloir tout modifier. 

Prenez les côtes sauvages, elles sont magnifiques. Elles ont été peu travaillées par l'homme. Elles sont belles parce que, justement, elles sont naturelles.

Retrouvez nos invités

Notre jardinier, Alain Baraton, anime La Main Verte, sa chronique de fin de semaine, le samedi et le dimanche, à 7h45, sur France Inter, et répond avec précision à toutes vos questions sur vos arbres ou vos plantes. Vous pouvez poser vos questions ici.

Professeur du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, Marc-André Selosse est régulièrement invité sur France Inter.

Une bibliographie récente

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