Depuis dix ans, en zone urbaine, les renards roux se rapprochent de nos habitations et vous pourriez même en croiser un dans votre jardin reconfiné ! Pour évoquer ce phénomène, approchons, nous aussi, ce superbe canidé, et pour cela, écoutons ce qu’en disent nos chroniqueurs Nature, Alain Baraton et Denis Cheissoux.

Depuis une dizaine d’années, le renard roux se rapproche des zones urbanisées
Depuis une dizaine d’années, le renard roux se rapproche des zones urbanisées © Getty / Roy James Shakespeare

Alain Baraton avait fait le buzz récemment, en publiant la photographie d’un renard dans le parc du château de Versailles, dont il est le jardinier en chef. Dans son émission, La Main Verte, il commente ainsi cette réaction : « Des centaines d'internautes m'ont fait part de leur plaisir de contempler un animal aussi beau. Mais j'ai lu aussi quelques commentaires de personnes me reprochant d'aimer ce qu'ils considèrent comme nuisible ». 

Voilà, le mot est lancé : « nuisible ! ». Dans leurs émissions respectives, La Main Verte, d'Alain Baraton et CO2 Mon Amour, de Denis Cheissoux, nos chroniqueurs ont démontré le non-sens écologique d’une telle assertion.

Dans l’émission CO2 Mon Amour, retrouvons Denis Cheissoux en Chartreuse, dans le département de l'Isère, avec Jean-François Noblet, autodidacte, zoologiste, ornithologue, photographe amateur et secrétaire de L'Association Le Pic Vert, pour un affût en lisière de forêt afin d'observer l'animal en toute discrétion.

Le renard et sa réputation

Tout comme le loup, le renard est trop souvent devancé par sa réputation. On le dit rusé, malin, fourbe et voleur et même capable de faire le mort ! L’anthropomorphisme va bon train et Le Roman de Renart y est certainement pour quelque chose. En effet, depuis le Moyen Âge, ce recueil de récits animaliers traverse notre culture, et les aventures d'un goupil nommé Renart ont imprimé dans notre mémoire collective la figure de la roublardise. 

Mais si vous approchez un peu plus de la réalité du renard, vous serez plutôt agréablement surpris par ce mammifère intelligent, dont les facultés d'adaptation exceptionnelles en font le plus habile des prédateurs solitaires. 

Sur YouTube, ces quelques minutes de visionnage d'un renard roux chassant dans la neige vous révéleront la fameuse technique du mulotage. 

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Le zoologiste, Jean-François Noblet, nous transmet cette sage parole :

Rien n'est utile ou nuisible, tout est nécessaire.

Le renard et les maladies

Voici l’histoire du parc de Versailles, telle qu’Alain Baraton nous la raconte : "En 1991, Jean-Pierre Babelon, alors directeur du domaine de Versailles, avait été sollicité pour permettre le prélèvement de renards supposés être porteurs de la rage. J'avais à l'époque contacté des scientifiques de l'Institut Pasteur qui avaient clairement expliqué que le vrai danger était de tuer les renards, car on vidait ainsi des territoires qui allaient attirer d'autres renards de l'extérieur qui, eux, pouvaient représenter une menace".

La rage, cette zoonose (maladie pouvant passer de l’homme à l’animal et vice-versa) extrêmement contagieuse, n’existe plus en France depuis 2001, mais à l’époque, elle sévissait encore. Le Centre d’Étude sur la Rage avait effectivement préconisé, non pas l’abattage des renards, mais leur vaccination afin que les territoires des renards restent inchangés. 

Dans l’émission, CO2 Mon Amour, Jean-François Noblet, à cette même question de Denis Cheissoux, ajoute quelques explications : "La rage, c'est terminé, heureusement. Toutes les destructions qui ont été faites pendant des dizaines d'années n'ont servi à rien. Nous avons démontré, au Centre de Recherche sur la Rage de Nancy, qu'il valait mieux vacciner le renard. Ça a été fait avec des saucisses qu'on jetait par hélicoptère et ça eut un effet immédiat parce que les renards, qui étaient vaccinés et qui étaient sains, ont empêché les renards malades de l'Ouest de l’Europe, qui sont encore enragés, de venir chez nous. Ils ont défendu leur territoire parce qu'ils étaient en bonne santé." 

C'est la réussite incroyable d'une vaccination d’une espèce animale sauvage.

Une autre zoonose, celle-là de plus en plus répandue, concerne le renard, non pas en tant que vecteur, cette fois-ci mais en tant que protecteur. En effet, la maladie de Lyme est transmise par la tique, un acarien qui vit partout en France, dans les parcs, les jardins, les prairies et les zones boisées et humides.

Dans l’émission CO2 Mon Amour, Jean-François Noblet nous explique bien le processus : 

Quand il y a des prédateurs dans un écosystème, on a moins de chance d'avoir des maladies ou des parasites. 

"Et d'ailleurs, c'est valable aussi, même pour les tiques. Les gens se plaignent de plus en plus de la maladie de Lyme. On sait que les tiques s'attaquent particulièrement aux petits rongeurs, et quand il y a de grosses densités de petits rongeurs, on a beaucoup de tiques et donc on est plus susceptibles d'en attraper nous-mêmes. Quand il y a des renards, des rapaces, des hermines, des blaireaux, il y a moins de petits rongeurs et donc il y a moins de tiques et donc on a moins de chance d'en attraper une".

Alain Baraton, en parlant des renards du domaine de Versailles, observe, lui aussi que : "Les renards aiment aussi les taupes et se délectent des rats et des mulots, luttant ainsi très efficacement - c'est médicalement prouvé - contre la diffusion de la maladie de Lyme".

Mieux encore, ce sont eux qui éliminent les cadavres d'autres animaux, comme les oiseaux, évitant ainsi la propagation de nombreuses maladies.

Le renard, ami du jardinier

Sous nos contrées, le renard roux, extrêmement adaptable, peut évoluer dans des milieux très variés, du bord de mer jusqu'en altitude. Vous pouvez le rencontrer dans la campagne, souvent en lisière de forêt, de plus en plus souvent en ville, dans les parcs et jardins, ou encore le désert, même s'il préfère les zones tempérées.

Dans sa chronique, La Main Verte, Alain Baraton nous explique pourquoi le renard est l'ami du jardinier et pourquoi il a sa place dans les parcs publics. Pour cela, il évoque encore le parc du château de Versailles : "Des études menées dans les parcs et jardins montrent que les renards se nourrissent aussi de lapins, ce qui explique pourquoi les écorces des jeunes arbres plantés à Versailles ne sont jamais endommagées par les rongeurs". 

Jean-François Noblet nous donne même des chiffres impressionnants, qui valident la présence du goupil comme l’un de nos partenaires écologiques :

On estime qu'un renard adulte, en une saison, mange à peu près 6 000 petits rongeurs.

Le zoologiste précise encore : "Une étude anglaise a démontré qu'un renard adulte sur une propriété agricole fait économiser à l'agriculteur 2400 euros de dommages".

Côté alimentation, on peut qualifier le renard d’opportuniste puisque ce petit canidé est carnivore à tendance omnivore. Selon les saisons, outre le produit de sa chasse aux rongeurs, il se régale de fruits tombés, d’insectes, de mûres, d’œufs ou encore de cadavres d’animaux.

Si votre jardin reconfiné reçoit la visite d’un goupil, sachez que vous n’avez pas de crainte à avoir, cet animal n’est pas agressif. Il suffit de respecter une règle essentielle :

Évitez, avant toute chose, de l’apprivoiser, même si vous gardez quelque souvenir émerveillé du Petit Prince et de son renard. Souvenez-vous que celui-ci avait dit au Petit Prince :

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.

Ce n’est donc pas en le nourrissant et en le rendant dépendant que vous le respecterez en tant qu’animal sauvage. Ne mettez jamais de restes de viande ou de poisson dans le compost !

Un partenaire pour la biodiversité

Le domaine du château de Versailles va célébrer cette année la biodiversité avec la création d'un parterre original au Grand Trianon et communique sur la nécessaire protection des écosystèmes en protégeant aussi ses renards. Alain Baraton nous rappelle :

Il faut dire aussi qu'entre les jardins de Versailles et les renards, c'est aussi une vieille histoire d’amour, une histoire d'amour qui dure depuis quatre cents ans, depuis qu'un certain Jean de La Fontaine aperçoit dans le parc un renard et un corbeau et en a fait la fable la plus célèbre au monde. 

La situation du renard auprès des chasseurs est délicate, car ceux-ci le traquent sans répit. L’ASPAS, l’Association pour la Protection des Animaux Sauvages, déplore les tirs de nuit, le piégeage, les battues administratives et le déterrage, qui détruisent sans humanité entre 600 000 et un million de renards chaque année en France. 

Bien qu’il soit utile à l’agriculture, le renard ne cesse d’être persécuté sous couvert d’une prétendue régulation.

Victor Hugo écrivait avec raison :

Triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas. 

Pour suivre le sentier du renard

📖 LIRE : Agir pour la biodiversité tout autour de vous, de Jean-François Noblet, publié aux éditions Plume de Carotte.

L'émission La Main Verte d'Alain Baraton, tous les samedis et dimanches à 7H45 sur France Inter.

📖 LIRE : L'Odyssée du Renard, de Laurent Geslin et François Moutou, publié aux éditions La Salamandre.

L'émission CO2 Mon Amour, de Denis Cheissoux, tous les dimanches à 13H20, sur France Inter.

Vous pouvez également consulter le dépliant distribué par l’Association de Protection des Animaux Sauvages, l’ASPAS, pour la sauvegarde du renard.