Si elles ne possèdent pas de neurones, les plantes sont très sensibles et la recherche scientifique récente révèle ce que le jardinier ou le poète ont toujours su : les plantes sont douées de mémoire, une mémoire cellulaire étonnante. On en parle avec Alain Baraton et Mathieu Vidard dans leurs chroniques respectives.

Parmi les plantes étudiées, la "sensitive » (Mimosa pudica) aux réactions instantanées, confirme la sensibilité des plantes
Parmi les plantes étudiées, la "sensitive » (Mimosa pudica) aux réactions instantanées, confirme la sensibilité des plantes © Getty / Majority World / Universal Images

Descendons au jardin, observons nos plantes de plus près et imaginons un instant leurs conditions d’existence : enfoncées dans le sol, immobilisées, statiques. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il gèle à pierre fendre ou que la canicule sévisse, elles sont toujours là, près de nous. Nous, qui pouvons nous mouvoir, même confinés, pourrions même comparer leur situation à un super-confinement !

Malgré cette immobilité, les végétaux doivent faire face à des écarts de température, de luminosité et d’humidité très importants au quotidien. Sans pouvoir se déplacer, ils affrontent les changements de saison, l’appauvrissement des sols, les carences en nutriments minéraux ou l’excès de métaux toxiques.

Mais en dépit des aléas de leur environnement, fixées au sol par leurs racines qui les approvisionnent en eau et en éléments minéraux, les plantes assurent chaque jour la très essentielle fonction chlorophyllienne, leurs feuilles captent l’énergie solaire pour fixer le carbone du gaz carbonique. 

De plus, n’oublions jamais que la masse végétale constitue la moitié de la biomasse terrestre, une masse végétale extrêmement diversifiée pour ces mêmes raisons d’adaptation au milieu, une belle diversité qui réjouit aussi tous nos sens, nous, humains, qui sommes également des êtres sensibles. 

Mais en plus d’ouvrir notre cœur à cette beauté, ouvrons aussi notre esprit et concevons que, non seulement les plantes éprouvent des sensations mais qu'elles sont aussi capables de mémoire.

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"La Main Verte"

Dans sa chronique La Main Verte du samedi 6 décembre 2020, Alain Baraton évoquait la sensibilité et la mémoire des plantes, en rappelant cet exemple de "celles qui vivent dans les zones très ventées du littoral, comme en Bretagne : pour mieux résister aux rafales, les plantes modifient leur manière de se développer, c’est la raison pour laquelle les arbres dans ces régions sont de petite taille".

Le jardinier précise alors : "Si ces mêmes végétaux étaient replantés à l'intérieur des terres, ils retrouveraient quelques années plus tard leur hauteur d'origine, ce qui atteste qu'ils possèdent donc de réelles capacités d'adaptation à leur environnement". 

Cette plasticité adaptative permet d’imaginer une mémoire inscrite dans la plante, et Alain Baraton évoque encore l’exemple de la sécheresse : "La plante est sensible au stress hydrique, qui la met en panique quand elle manque d'eau. La réaction varie alors bien sûr en fonction de l’espèce végétale, mais très souvent, ce stress fatigue la plante et favorise l'apparition des maladies. Une étude récente indiquerait que la plante pourrait garder en mémoire ce stress et son souvenir la fois suivante". 

Et notre jardinier de présenter le biologiste, Hervé Levesque, ayant fait paraître un article dans une revue du monde végétal, La Garance Voyageuse, à propos de l’étude des mécanismes de défense des plantes agressées par des micro-organismes pathogènes : "Des chercheurs travaillant sur l'espèce modèle Arabidopsis thaliana, l’Arabette des Dames, viennent de montrer qu'en modifiant l'expression d'un unique gène, il est possible de provoquer dans la descendance des plantes une mémoire de stress transmise à travers les générations, mais chez une partie seulement des descendants. 

De mieux en mieux étudiés et décrits, ces mécanismes permettent d'entrevoir des solutions pour diminuer le recours à la chimie en agriculture.

C'est peut-être une méthode de demain pour contrer les OGM, parce que là, ce serait une transmission un peu plus… naturelle".

Dans tous les cas, que la recherche mette en évidence la possibilité de manipuler les gènes ou la capacité de mémorisation gardant l’intégrité des plantes, cette avancée nous conforte dans l’immensité du champ d’investigation du végétal.

"La Terre au Carré"

Mathieu Vidard et Axel Villard y interrogeait Alain Vian, botaniste et  professeur à l'université d’Angers, au sujet d’une publication scientifique affirmant que les plantes présentent effectivement des mécanismes de mémoire, une découverte due aux travaux de la chercheuse britannique, Susan Lindquist et de son équipe.

Alain Vian nous explique avec clarté que : 

Les plantes présentent une certaine forme de mémoire qui est différente de celle qui s’exprime chez les animaux. 

"Cette mémoire leur est indispensable parce que ce sont des organismes immobiles, fixés à leur substrat et devant s’adapter aux conditions variables de leur environnement. La mémoire constitue pour elles un moyen important pour mettre en place des mécanismes adaptatifs".

Pourtant, regardez bien, au jardin, vos plantes n’ont pas de système nerveux central et donc pas de neurones. On pourrait se demander où se trouve stockée leur "mémoire" ? La chercheuse britannique Susan Lindquist et son équipe ont identifié des protéines de "type prion" chez un végétal, capable de perpétuer une mémoire moléculaire.

Prenant pour exemple le stress thermique, Alain Vian nous précise : "Les protéines de choc thermique jouent un rôle dans la transmission post-générationnelle. La plante n’est pas mobile, donc quand elle est soumise à une contrainte d’environnement, elle doit s’y adapter. Elle doit maîtriser ses ressources qui sont limitées et pouvoir les attribuer de manière préférentielle à telle ou telle fonction, grandir ou déclencher une activité de reproduction. Donc, le fait de pouvoir garder une trace des variations d’environnement l’aide à établir des choix pour orienter son métabolisme vers telle ou telle activité".

Et la chose la plus significative dans les résultats de cette recherche scientifique qui appelle encore à d’autres découvertes est que :

Les plantes ne stockent pas le stimulus, elles stockent la manière d’y répondre.

Dans le cas d'agressions pathogènes, une plante pourrait transmettre à sa descendance l'information concernant cette attaque pour y répondre au mieux, et donc améliorer sa résistance.

Pour enfoncer un peu plus profondément vos racines dans le sujet !

  • La Garance Voyageuse est une association qui cherche à mieux faire connaître le monde végétal ; elle est aussi l’un des membres fondateurs du réseau des botanistes francophones Tela Botanica

Écouter France Inter

  • La chronique, La Main Verte, d’Alain Baraton, tous les samedis et dimanches dès 7h45.
  • L’émission de Mathieu Vidard, La Terre au Carré, du lundi au vendredi de 14h à 15h.

Lire 

Regarder

  • Conférence TED de Stephano Mancuso sur le thème Les racines de l’intelligence végétale.
  • Rencontre avec Jacques Mitsch, réalisateur, et Benoît Grison, biologiste et sociologue des Sciences, qui ont créé le documentaire L'Esprit des Plantes :
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