La chanteuse Anne Sylvestre s'est éteinte à l'âge de 86 ans. Anne Sylvestre est une voix, autrice compositrice et interprète, marquante de la scène française, après plus de 60 ans de carrière.

Anne Sylvestre en 2003
Anne Sylvestre en 2003 © AFP / Stephane de Sakutin

Anne Sylvestre est l'autrice de 18 albums de "Fabulettes", pour les enfants, et d'une vingtaine d'albums pour les adultes, particulièrement populaire dans les années 60 et 70. Son répertoire appartient au patrimoine musical comme ceux de Brassens, Brel, Barbara, Greco ou Ferré. Ses Fabulettes, écrites à partir de 1972, font partie des classiques des chansons pour enfants. Plusieurs fois Grand Prix international du disque de l’Académie Charles-Cros, Anne Sylvestre a aussi été récompensée d'une médaille de vermeil de l'Académie française.

La nouvelle génération d'auteurs et interprètes a pris l'habitude de la convier à ses concerts. C'est le cas de Renan Luce, d'Amélie-les-Crayons, ou des Ogres de Barback en 2014 pour leurs vingt ans de carrière. Ses chansons ont été reprises par plusieurs interprètes, des artistes comme Serge Reggiani ou Vincent Delerm. 

300 chansons, 60 ans de carrière

Parisienne et citadine dans l'âme, Anne Sylvestre est montée pour la première fois sur scène en 1957, dans le cabaret parisien "La Colombe" où ont également débuté Jean Ferrat, Pierre Perret, Guy Béart ou Georges Moustaki. Elle se fait véritablement remarquer en sortant son premier disque, en 1959, Mon mari est parti.

En 1962, Georges Brassens écrit au dos d'une des pochettes de disques d'Anne Sylvestre :

"On commence à s’apercevoir qu’avant sa venue dans la chanson, il nous manquait quelque chose et quelque chose d’important."

Chaque chanson d’Anne Sylvestre est un récit précis et concret. On y croise des gens qui s’appellent Xavier ou Marion. C’est ce qui fait que l’on peut raconter ses chansons. "Petit Bonhomme", par exemple, est une histoire de ménage à trois. Il y a Maryvonne, son mari et la maîtresse d’icelui. Au début, avec sa maîtresse, le mari est "tout feu, tout braise". Il lui dit qu’elle est belle, il descend les poubelles. Et puis, les chosent se gâtent. Mais ça ne l’empêche pas de se marrer.

Certains se souviennent spontanément de sa chanson, "Les Gens qui doutent", sortie en 1977  issue de l'album "Comment je m'appelle". Une chanson dédiée "aux gens discrets", et en réaction "à ceux qui ont beaucoup de certitudes et me cassent les pieds" disait-elle. 

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En 1993, le conte musical pour enfants "Lala et le cirque du vent" est l'occasion d'inviter Michèle Bernard, artiste et amie très proche, puis en 1994, c'est à La Fontaine et à ses fables qu'elle se consacre en produisant l'album Anne Sylvestre chante… au bord de La Fontaine. Habituée de la scène de l'Olympia, elle était en tournée partout en France dans les années 2002 avec "Partage des eaux" ou "Les Chemins du vent" en 2003. Début 2021, elle était annoncée à La Cigale, à Paris. 

Féministe avec pointe d'humour

Guitare en mains et chevelure flamboyante, Anne Sylvestre raconte la vie des femmes, qui consiste à mener plusieurs existences de front : travailler, être une mère, une maîtresse, une épouse.

Elle n'aimait pas qu'on parle d'elle comme une artiste engagée, et avait même écrit une "Chanson désengagée". Mais elle était ouvertement féministe, et avait chanté, avec une pointe d'humour, "La Faute à Eve", "La vaisselle", "Une sorcière comme les autres", et "Rose", en 1981.

Le refrain de "La vaisselle" disait :

"Qui c'est qui fait la vaisselle ? Faut pas qu' ça se perde ! Qui c'est qui doit rester belle   les mains dans la merde ?"

Plus loin, le texte disait les changements de société, les avancées pour les femmes, mais désormais, "Quand il reste à la maison/ C'est Germaine qui ramène / Tout l'argent de la semaine/ Ce n'est pas contre raison" et concluait "Ça fait rien / On change rien !"

Un petit-fils perdu dans l'attentat du Bataclan

Le 13 novembre 2015, son petit-fils, le musicien Baptiste Chevreau, âgé de 24 ans, faisait partie des 90 victimes de l'attentat du Bataclan à Paris. Sur France Inter, Vincent Dedienne lui dédiait sa chronique en diffusant l'une de ses chansons. Elle avait occupé cette scène en 1989 pour le spectacle "La balade de Calamity Jane".

Réécoutez Anne Sylvestre dans L'heure bleue, avec Laure Adler