Mort à l'âge de 102 ans, l'architecte américain d'origine chinoise Ieoh Ming Pei laisse derrière lui des chefs d'oeuvre d'architecture. La plupart des grandes villes américaines possèdent des constructions signées Pei, et il a essaimé un peu partout dans le monde. Voici en quoi il a marqué l'architecture du XXe siècle.

La pyramide du Louvre
La pyramide du Louvre © Radio France / Stéphane Milhomme

Le Louvre : la synthèse de la manière Pei

La pyramide du Louvre reste son travail le plus connu. Cette idée de pyramide, on la retrouve dans les réalisations des années 50 de Pei et d'une équipe d'architectes, lorsqu'ils sont intervenus sur un projet de réaménagement du quartier l'Enfant à Washington.  Au Louvre elle est emblématique parce qu'elle porte sa marque, tant dans le choix des formes et sur les matériaux utilisés que dans la façon qu'il a eu de la faire finalement accepter.

La forme pyramidale et le verre sont le fruit d'une réflexion sur la lumière, centrale dans son travail. La pyramide répond tant aux toits du palais du Louvre, qu'à l'Obélisque égyptienne de la place de la Concorde. Projet détesté aux début par les Parisiens, Pei n'a jamais reculé ou fait de compromis. Il a fait visiter le site avec la maquette de son ouvrage, pendant les travaux, à 60 000 Parisiens qui ont fini par atténuer leurs critiques.

La bataille fut assez rude, tant avec l’opinion que techniquement sur le chantier, et Pei avait fini par déclarer dans un livre de conversation avec le spécialiste Gero Von Boehm "qu’après le Louvre aucun chantier ne pourrait lui paraître vraiment difficile". 

En tout cas, il y a dans cette histoire toutes les clés pour entrer dans le monde de Pei.

La promenade devant L'Enfant Plaza à Washington
La promenade devant L'Enfant Plaza à Washington / Elvert Barnes

La méthode Pei

Fuyant le débat sur le modernisme ou le post modernisme de ses conceptions, il affirmait en 1980 dans la revue American Archictecture Now que 

L’important c'est de savoir comment le bâtiment affecte la vie.

La bibliothèque John Fitzgerald Kennedy dans le musée de Boston
La bibliothèque John Fitzgerald Kennedy dans le musée de Boston / Fcb981-pixmix-CC

Avant d’imposer un bâtiment, il s’agit de savoir dans quoi il s'inscrit. Paysage mais aussi sociologie et histoire, en rencontrant les habitants et les élus. Cette méthode il l’a mise au point notamment en équipant Dallas de son hôtel de ville dans les années 60. L'ouvrage n'est pas spectaculaire, éblouissant, et inoubliable visuellement. Mais il est le fruit d'un dialogue. Ce dialogue fut assez fructueux pour que Dallas confie ensuite plusieurs projets à Pei. 

L'hôtel de ville de Dallas vue d'une des plus haute tour de la ville
L'hôtel de ville de Dallas vue d'une des plus haute tour de la ville / Michael Barera - CC

A Doha, il fait faire une île artificielle pour installer son projet de Musée d'Art Islamique. Là encore avant d'ériger cet ouvrage il a fait le tour des constructions emblématiques de la région, est allé voir mosquées ou musées, se rapportant à l'art islamique.

Le musée d'Art islamique de Doha
Le musée d'Art islamique de Doha / Shahin Olakara - CC

Si l’on ne peut pas dire qu’il y a des descendants de Pei, ou une école ayant adopté son style, il est fréquent de voir la nouvelle génération d’architectes emprunter cette manière de réfléchir et concevoir les projets.

Pierre, béton, verre

La pierre, le béton, le verre et l'acier sont les principaux matériaux de ses constructions, qui dans la forme, vont à l’essentiel, sans se priver d’innovation sur le plan technologique. 

Bank of China à Hong Kong
Bank of China à Hong Kong / Wing CC

Pei a notamment cultivé au fil des constructions l’utilisation du verre réfléchissant : sur les tours de la Bank of China à Honk Kong, sur la pyramide du Louvre, ou sur le bâtiment est de la National Gallery of Art de Washington. Celle-ci est reconnue comme l'un des ses plus beaux chefs d'oeuvre. Comme pour le grand Louvre il a conçu avec son équipe un très grand hall faisant fonction d'agora, baigné de lumière. A Washington aussi, les détracteurs du début du projet ont fini par se laisser séduire.

Bâtiment est de la National Gallery of Art de Washington
Bâtiment est de la National Gallery of Art de Washington / Pjt56-CC

Pour l'Asie, retour aux origines

Lorsqu'il est intervenu dans des projets en Asie et en Chine en particulier, il a voulu se démarquer des architectes chinois, trop inspirés selon lui par l'architecture occidentale. Il était assez attaché à la Chine pour avoir fondé une bourse pour étudiants d’origine chinoise. Cette bourse financée avec l’argent gagné grâce à son prix Pritzker (le plus prestigieux en architecture) en 1983, revenait aux étudiants d’origine chinoise aux vivant Etats-Unis qui projetaient de retourner travailler en Chine. Il a été profondément marqué et déçu lors de la répression sanglante des manifestations de la Place Tian’anmen en 1989. 

Le musée Miho près de Kyoto
Le musée Miho près de Kyoto / 663highland -CC

Dans ses projets il a eu à cœur de revenir aux sources et de s'inspirer des jardins de son enfance. Ainsi au Japon pour le musée Miho près de Kyoto, musée consacré à la cérémonie du thé, il convainc les commanditaires de le transformer en musée de la route de la soie. Pour l'aménagement intérieur, il s'inspire des temples anciens. S'il utilise un tuffeau français (pierre calcaire) pour le toit il n'oublie pas d'y adjoindre du verre.

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