Ça y est : la collection Saint-Laurent-Bergé est dispersée et l'on entend les médias s'émerveiller en chœur devant "la vente du siècle", plus de 373 millions d'euros. Exceptionnel !De fait, la collection s'est vendue de manière "exceptionnelle", mais le terme le plus adapté à cette vente, c'est le mot "indécence".Il y a quelque chose d'obscène dans cet étalage de richesses.C'est la crise, des millions de Français souffrent de la conjoncture, le marché de l'Art, lui, se porte comme un charme, la preuve, il ne se prive pas de le faire savoir.Nous avons eu le droit, nous, le peuple, et c'est un procédé classique avant une vente de cet ordre, d'approcher le trésor du couple mythique, 48 heures, le week-end dernier, mais pas n'importe où ! Au Grand Palais.Pierre Bergé voit les choses en grand. Tel un Louis 14 emperruqué à Versailles, le mécène a offert aux gens de peu de toucher avec les yeux, la collection d'un défunt. Ils n'ont plus de pain ? Faites-les baver devant les acquisitions de Saint-Laurent-Bergé ! Quatre heures d'attente pour voir ce qu'on n'aura jamais, beaucoup ont abandonné, peu d'élus finalement dans ce triste temple funèbre.Où iront ces oeuvres que le couturier avait amassées avec amour ?Partout dans le monde.Certes, l'Etat a acquis quatre toiles, mais 12% seulement des acheteurs sont Français.Qu'aurait pensé et dit Saint-Laurent ?Aurait-il pu imaginer qu'on exhibe et disperse ce qu'il avait acquis pour lui et son ami, pour leur intimité ? Qu'aurait-il pensé de ce record, même si l'argent est destiné à la recherche ?Du mal, évidemment.Ces oeuvres étaient des repères apaisants. Le comble, c'est que même Pierre Bergé le confie dans un livre sur cette collection, qui sort chez Actes-Sud : "Saint-Laurent, confie-t-il à Laure Adler, aimait recomposer partout où il allait avec ces oeuvres, un carapaçon onirique".Bergé gère depuis des années le capital de l'artiste, mais c'est la première fois qu'il le fait à ce point fructifier, avec une telle ostentation.373 millions et demi d'euros, une fois encore, on associe l'Art et l'argent, à la valeur que nous, simples mortels avides, lui attribuons.373 millions et demi d'euros, dépensés en quelques heures, c'est une mémoire qui s'efface pour toujours.Yves Saint-Laurent est mort deux fois.

YSL
YSL © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.