Pour les 20 ans de Carré d'Art , Norman Foster a été invité à être le commissaire de l'exposition anniversaire qui sera inaugurée le 2 mai 2013. Cette exposition est doublement exceptionnelle par le fait que Norman Foster sera pour la première fois le commissaire d'une exposition et qu'elle aura lieu dans le bâtiment qu'il a lui-même construit il y a tout juste 20 ans.Norman Foster est un amateur d'art avisé et avec sa femme un grand collectionneur. La sélection est composée pour la plupart d’oeuvres d'artistes qu'il collectionne et avec qui lui et sa famille vivent au quotidien. On y trouvera des oeuvres d'artistes historiques comme Alberto Giacomett i ou Alexandre Calder jusqu'à des artistes contemporains, pour certains d'entre eux très peu montrés en France. Pour établir un véritable dialogue avec le bâtiment, l'idée est d'intégrer dans le projet, en plus des salles d’expositions habituelles, les espaces comme le hall ou la montée d’escaliers de Carré d’Art.Des oeuvres seront commandées spécialement pour cette occasion . C’est le cas d’une oeuvre sonore de l'artiste américain Bill Fontana , qui est déjà intervenu à La Tate Gallery de Londres ou sur le Golden Gate Bridge de San Francisco, mais aussi une installation monumentale de l’artiste brésilienNuno Ramos , ou Olafur Eliasson .Cette exposition permettra d’entrer dans la pensée d’un des plus grands architectes contemporains qui se nourrit des propositions artistiques de l’Art Moderne mais aussi de la création la plus émergente.Quelques oeuvres choisies de la collection de Carré d’Art seront mêlées à l’accrochage de Norman Foster, avec la présentation notamment de l’ensemble des oeuvres de Gerhard Richter ou Le Voyage d’Hiver de Juan Munoz .

Alexander Calder - 6-5-1-4, c. 1950, métal peint - Musée d’art moderne, Saint-Étienne Métropole
Alexander Calder - 6-5-1-4, c. 1950, métal peint - Musée d’art moderne, Saint-Étienne Métropole © Photo Yves Bresson. © Calder Foundation New-York / ADAGP, Paris
Lorsque l'on pense à une exposition Norman Foster, il vient tout d'abord à l'esprit une exposition de ses projets architecturaux sous forme de maquettes et de dessins.Dans un second temps, il est également possible de penser à une exposition qui mette en perspective les rapports de l'art et de l'architecture avec la présence d'oeuvres de **Tomás Saracen** o ou d'**Ernesto Neto** s’inscrivant dans une histoire qui convoque les propositions critiques des années soixante-dix de**Dan Graham** ou de **Gordon Matta Clark** . En fait, l'axe de l'exposition Moving. **Norman Foster on Art est tout autre et propose sur les deux étages de Carré d’Art-Musée d’art contemporain une présentation d'un ensemble d'oeuvres d'artistes** que Norman Foster apprécie, côtoie et collectionne. Architecte, il est également un grand collectionneur qui porte aussi bien un regard sur les grandes figures de l'Art Moderne que sur les artistes émergents et le design. Pour Nîmes, il a pris exceptionnellement le rôle de commissaire d’exposition.L'accompagner dans ce projet a été un moment privilégié pour entrer dans un monde singulier, entrer dans le processus de pensée d'un des plus grands architectes contemporains. J'ai saisi très vite que Norman Foster avait un rapport intime aux oeuvres avec lesquelles il vit au quotidien mais aussi des relations extrêmement proches avec un grand nombre d'artistes. L'exposition est le passage de l'espace privé à l'espace muséal, bien que paradoxalement en qualité d’architecte de Carré d'Art, construit il y a 20 ans, il en connaisse parfaitement les espaces pour se sentir chez lui. Le musée oblige à penser un parcours muséographique, les oeuvres doivent dialoguer entre elles et rencontrer un public. Tout au long de la conception de l’exposition, il a été nécessaire de faire des choix, parfois difficiles, malgré l'utilisation des deux étages du musée.L'exposition investit totalement Carré d'art avec la présence dans le hall et l'escalier central d**'installations** de **Nuno Ramos** , **Olafur Eliasson** et **Bill Fontana** **conçues spécifiquement pour le lieu.** Qu'elles soient sculpturales ou sonores, elles dialoguent avec l'architecture mais aussi l'histoire du lieu. L'oeuvre de Bill Fontana convoque les sons générés par le bâtiment mais aussi les fantômes du grand Théâtre de Nîmes, haut lieu de l'art lyrique en France, qui a brûlé en 1952.Formes uniques de continuité dans l'espace d'**Umberto Boccioni** est une oeuvre particulièrement paradigmatique. [...]Si cette oeuvre rompt avec la tradition de la sculpture, c'est par sa pensée des limites, le rapport à l'espace, l'intégration d'un objet à ce qui l'entoure qui sont aussi des problématiques que l'on peut retrouver dans l'architecture. S’il est question du visible, il est aussi question de ce qui est du domaine de l'invisible.[....]
Hehso Josephson - Untitled (Miriam), 1953, laiton - Collection particulière
Hehso Josephson - Untitled (Miriam), 1953, laiton - Collection particulière © Photo Stefan Altenburger, Zürich. © H. Josephsohn
**Hans Josephsohn** est une autre figure importante très bien représentée dans l'exposition. Cet artiste né en 1920 a un travail particulièrement singulier. Son sujet de prédilection est la figure humaine, mais une figure humaine éminemment mystérieuse, calme et silencieuse. Il travaille le plâtre qui lui confère une grande liberté et lui donne la possibilité de laisser présentes les traces du processus de création, de suggérer comment la forme prend vie dans la matière. Coulées par la suiteen cuivre ces figures ont une dimension tellurique, énigmatique qui rappelle les formes des civilisations anciennes ou plus encore la sculpture romane. Elles sont à la fois fragiles et héroïques dans leur volonté d'être présentes au monde. Josephsohn est bien trop souvent comparé à Alberto Giacometti mais sa relation à l'espace et à la matière est radicalement différente par sa technique qui procède de l'agrégation alors que Giacometti procède par soustraction. Chez ces deux artistes, il y a toutefois la même puissance dans l'expression d'une force vitale et la prise en compte de la phénoménologie de l'espace et des formes que l’on trouve chez Umberto Boccioni ou d’une toute autre façon dans l’Art Minimal.Les formes de l'abstraction sont très représentées dans l'exposition mais ne doivent pas occulter la présence de la figure humaine aussi bien chez Giacometti, Josephsohn ou des artistes plus contemporains. La présence de l'abstraction géométrique répond à une abstraction beaucoup plus sensible d'un **Ettore Spalletti** ou **Gotthard Graubner** pour aller jusqu'aux digressions Pop de **Philippe Decrauza** t.[...] **Gotthard Graubner** fait un usage atmosphérique de la couleur qui le positionne comme un héritier de Caspar David Friedrich et William Turner. Les formes s'estompent et nous nous trouvons dans un espace sensible. Ettore Spalletti questionne les volumes et la transparence. Depuis le milieu des années soixante-dix, il recouvre des surfaces de plusieurs couches de pigments monochromes dans une technique qui s'apparente à la fresque. On y retrouve le silence des peintures de Morandi etl'ouverture à l'infini de l'espace. [...]Certains artistes ouvrent d'autres perspectives dans l’exposition comme l'artiste **argentin Miguel Ángel Ríos** qui dans la vidéo Love met en scène deux toupies, l'une noire et l'autre blanche, symbolisant le positif et le négatif. Elles entreprennent une danse à la fois hypnotique, sensuelle et violente sur la voix de Maria Callas interprétant le personnage romantique et tragique de La Wally d'Alfredo Catalani. Cette danse d'amour finira forcément mal, l'une des toupies s'arrêtant avant l'autre. Elle fait un lointain écho à Clock de Félix Gonzales Torres, deux horloges en parfaite synchronie mais seulement pour un temps toujours trop court. Dans cette oeuvre de Ríos, comme dans beaucoup d'autres dans l'exposition, il est aussi question d'espace, de masse, de gravité, de mouvement. 4000 Shots de l'artiste brésilien **Jonathas de Andrade** est composée de visages d'hommes anonymes pris dans les rues de Buenos Aires. La vidéo est en boucle, le son devenant de plus en plus fort prenant en compte l'urgence du présent et le travail de mémoire. Cet artiste né en 1982 est d'une génération qui remet en cause la vision utopique du Modernisme Tropical. Dans d'autres projets, il a particulièrement réfléchi sur les échecs des présupposés de l'architecture moderniste au Brésil qui a trop souvent sacrifié l'expression du corps et de l'individu à la monumentalité des projets architecturaux et urbanistiques.
Ai Weiwei - Untitled, 2010, bois d’huali - Collection particulière
Ai Weiwei - Untitled, 2010, bois d’huali - Collection particulière © © A. Weiwei
Untitled (Wooden Ball) d'**Ai Weiwei** reprend une forme géométrique – un polyèdre – de Léonard de Vinci publié dans le livre de Lucas Pacioli au début du 16ème siècle Elle est aussi une référence à une technique artisanale ancienne d’assemblage connue à l'époque des Ming et des Qing pour la construction d’objets.....Cette forme simple, reprise par Ai Weiwei, que l'on retrouve à travers les siècles dans de nombreuses cultures à travers le monde est à la fois une forme abstraite, mathématique et un objet spirituel et contemplatif.**Mouvement, vitesse, masse, fluidité, abstraction, figuration, espace, immanence, transcendance, gravité, légèreté, matérialité, spiritualité sont quelques clés pour trouver le fil d’Ariane de l'exposition** . Les choix de Norman Foster se sont portés sur des oeuvres qui définissent un espace poétique, résistent parfois à l’interprétation, mais existent essentiellement dans un rapport au monde.
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