Dans "Esprit critique", chaque mardi, ont lieu des débats. Le dernier était consacré à la politique culturelle du gouvernement, jugée par trois journalistes (émission du mardi 8 janvier). L'un des thèmes évoqués fut le dossier confié à Jacques Rigaud. Ce grand homme de culture doit réfléchir à l'inaliénabilité des oeuvres d'art. Le président Sarkozy aimerait en effet que l'on réfléchisse à la location ou à la vente des oeuvres d'art appartenant aux collections des musées, ce qui serait une première depuis la révolution Française. Voici un échange d'auditeurs à ce sujet, suite à l'émission :Pascal Guichard, de Neuville aux Bois : "Le musée d'Orléans, par exemple, se fait une fierté de posséder une des plus belles collections de dessin et gravures anciens, mais on ne voit jamais ces milliers d'oeuvres.Elles roupillent à l'abri dans les réserves.A quoi ça sert? Qui en profite?Rien ni personne.Obligeons tous ces musées à avoir une politique un peu plus dynamique!Que les oeuvres circulent davantage, qu'elles soient exposées et qu'une petite proportionpuisse être vendue.Réponse d'un conservateur, Patrice deparpe, musée du Touquet :"Votre message sur les collections de dessins et gravures du Musée de Rouenme permet de réagir face à une situation généralement ignorée du public etqui peut prêter à confusion.Le mission première d'un conservateur est de ...conserver. Pourquoi? Pour transmettre aux générations futures l'intégralité du patrimoine qui luia été confié. C'est une mission presque "sacrée". Ainsi, des œuvres incroyables ont pu traverser les siècles. Ces œuvres sont généralement trèsfragiles et notamment les œuvres sur papier. Ainsi quand vous exposez un dessin à une lumière de 50 lux (ce qui est très peu) pendant 2 mois (temps moyen d'une exposition) vous êtes obligés par la suite de le laisser 2 ansdans le noir total pour le préserver...sans cela l'œuvre se détruit. Il faut donc instaurer des roulements dans la présentation, avoir des éclairagesspéciaux...etc.De plus, régulièrement, les thématiques développées dans les musées sontchangées, il faut respecter une cohérence et privilégier la présentation d'une œuvre par rapport à une autre. Des œuvres peuvent être prêtées il y a alors une quarantaine et des mesures de sauvegarde à leur retour. Des œuvrespeuvent être étudiées et si certaines sont "moins bonnes" ce n'est pas une raison pour s'en séparer car elles apportent toutes un regard particuliersur le travail de l'artiste et permettent de comprendre son évolution.Le plus risqué pour une œuvre c'est le transport, et quand vous avez une telle responsabilité, une telle charge ...vous réfléchissez à 2 fois. Vouspréférez que ce soit le public qui circule de musées en musées plutôt que les œuvres. Bref, notre société actuelle ne raisonne qu'en tout, tout de suite, profit, "dynamique", utilitaire, égoïsme... Evidemment que dans ce contexte le musée peut paraître anachronique.Mais vous, cela ne vous ferait rien d'être responsable de la destructiond'une œuvre, de savoir qu'à cause de vous un morceau du patrimoine de l'humanité n'a pas pu être transmis aux générations futures car vous vouliez tout voir tout de suite? Apparemment, vendre une "petite proportion" d'unbien commun, se séparer de l'héritage issu de la Révolution Française (lesœuvres appartiennent à la Nation, à chaque citoyen) ne semble pas vous poserde problème. Sur quels critères, à quel prix, pour qui... Et où cela s'arrêtera t-il?Depuis bien longtemps les conservateurs font de la culture "durable " pour préserver ce qui fait très certainement la particularité de l'espèce humaine: l'Art. Mais, à l'image de ce qu'ils font avec la nature, nos contemporains semblent décidés à y mettre un terme...voici venu le temps de l'esprit desténèbres.Patrice Deparpe Réponse à la réponse, Pascal Guichard :Je ne remets pas en cause la mission de "conservation" des musées; je sais la fragilité des oeuvres notamment sur papier. Néanmoins, une oeuvre d'art n'a d'intérêt que si elle est vue, admirée, commentée...et parfois transmise...Il n' y a pas plus d'éternalité d'une oeuvre d'art que pour nous, hélas. Il est peut-être en train de se peindre en ce moment les futures Joconde ou Radeau de la Méduse....Qu'en savons-nous?Sur le rôle des musées: bien sûr qu'il faut des expositions thématiques et cohérentes. Mais pourquoi pas le contraire? Je suis un peu irrité pas ces expositions parisiennes consacrées à de grands artistes et qui font des milliers d'entrée. Ce sont les arbres qui cachent la forêt. Les catalogues de la RMN sont des mines de documentation et ont un immense intérêt. Pour une élite de gens cultivés, d'amateurs, de collectionneurs, de gens du métier...Je vais vous faire un aveu: j'aime la gravure; eh bien je préfère une gravure ancienne avec des taches, des déchirures, des plis... à une gravure semblant sortir de la presse. Tous ces stigmates du temps montrent que cette gravure a eu une VIE, qu'elle a été manipulée, qu'elle a été transmise.Quelle "vie" ont les milliers d'oeuvres d'art qui dorment dans les réserves? Quel avenir?Ce n'est pas la conservation des oeuvres d'art qui doit être la mission première des musées, mais la conservation de l'amour de l'art par le genre humain. Et je ne sais pas si on prend le problème par le bon bout...Je ne suis pas un partisan de l'art que l'on "consomme" ; je demande du "dynamisme" et de l'audace pour réveiller un peu ce monde de l'art en France , tant du côté de la création que du marché, car on sait très bien que les choses se passent maintenant dans d'autres pays. Pour ne pas entrer dans ce monde des Ténèbres justement...CordialementPascal Guichard

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