Il ne faut pas s'attendre à une réouverture des lieux culturels le 7 janvier. Fermés depuis le reconfinement fin octobre, cinémas, théâtres et salles de spectacle, les professionnels ne se relèveront que timidement courant 2021.

Le Grand Rex à Paris
Le Grand Rex à Paris © AFP / Bertrand GUAY

Fermés depuis le reconfinement fin octobre, cinémas, théâtres et salles de spectacle étaient prêts à rouvrir le 15 décembre, mais ont vu leurs espoirs déçus lorsque l'exécutif a annoncé qu'ils devraient rester fermés encore jusqu'au 7 janvier au moins.  

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a rappelé que ces fermetures sont dues au niveau des contaminations au Covid-19 qui se situe sur un "plateau assez haut" de 15.000 contaminations par jour en moyenne. Les professionnels de la culture "sont en lien permanent" avec la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, "qui travaille avec eux, qui échange avec eux pour leur donner le plus de visibilité possible", a ajouté le porte-parole. Pour autant les professionnels ont le blues, les salles obscures et les musées broient du noir : mis à terre par les confinements et les couvre-feux, le monde de la culture ne devrait se relever que timidement en 2021.

Le cinéma condamné au streaming ? 

Des studios hollywoodiens aux salles du Quartier Latin, c'est le brouillard, et les projets des majors en font trembler plus d'un : la Warner a annoncé aux États-Unis qu'elle sortirait désormais ses films, comme "Dune" ou "Matrix 4", à la fois au cinéma et sur les plateformes, une révolution.  

En France, plus personne n'ose parier sur une date de réouverture. Janvier, février, voire mars ? Distributeurs et exploitants espèrent que le public, lassé de regarder des films sur son canapé, reviendra en masse.  En salle, il devrait y avoir le choix, au risque de l'embouteillage, même si certains renonceront au grand écran au profit des plateformes. Des dizaines de films ont été repoussés et des long-métrages français porteurs, du nouvel "OSS 117" aux "Les Tuche 4" en passant par "Kaamelot" sont attendus.  

Plus largement, pour un secteur sous perfusion économique, le réveil pourrait être douloureux. "La crise sanitaire a précipité tous les problèmes : le rapport avec les plateformes, le financement, la chronologie des médias...", résume Eric Marti, dirigeant de Comscore France, société spécialisée dans l'analyse du box-office.    

Scènes musicales et spectacle vivant : le blues pour tous

Ils ont fait, refait, défait leur programmation. Salles de concert, théâtres, maisons d'opéra et de danse, auront connu tour à tour fermetures, jauges réduites, couvre-feu puis nouvelles fermetures, et malgré les aides de l'État, la plupart tablent désormais sur des pertes à long terme.  "Il faut piloter dans la tempête, c'est un peu comme le Vendée Globe", témoigne le président de la Philharmonie de Paris, Laurent Bayle. Son établissement s'attend déjà à des recettes spectateurs divisées par deux pour les concerts, de janvier à juin 2021, et "une situation difficile à gérer jusqu'à l'été, avec des hauts et des bas".  Sa stratégie ? "Ne pas mettre les deux pieds dans le même sabot" en développant encore davantage des innovations, comme par exemple la 'captation visuelle'".

Côté musiques actuelles, aucune perspective de rémission. Les concerts debout sont toujours interdits et les grandes jauges bannies. Petites salles dédiées comme grandes enceintes type Zenith restent donc fermées. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a encore refroidi l'atmosphère, en liant la reprise des concerts debout à un vaccin "largement diffusé dans le public". Pour l'été, si des festivals de plein air comme We Love Green ou les Eurockéennes ont annoncé leurs têtes d'affiche (on retrouve Massive Attack pour ces deux rendez-vous), le Printemps de Bourges a d'ores et déjà renoncé à sa plus grande salle, le W (10.000 spectateurs), par prudence.   

Musées : le public s'est-il envolé ?

Musées et expositions ont évolué, avec un recours massif au numérique, pour garder le lien avec le public. Tik Tok vient de conclure des accords avec plusieurs musées. Mais le succès de toutes ces offres numériques s'est déjà un peu essoufflé lors du deuxième confinement, le public "virtuel" a fini par se lasser. En 2021, un frein devrait être mis aux grandes expositions coûteuses, tandis que les collections permanentes pourraient être mieux mises en valeur.  

Partout, il y a une prise de conscience de la difficulté de faire voyager les œuvres : transports bloqués, coûts additionnels, risque de circulation du virus, problèmes de conservation. Les musées veulent revenir à un rythme plus raisonnable d'expositions, lesquelles dureraient plus longtemps. D'autant que le retour du public pourrait être très lent. Le Louvre ne prévoit pas de retour à la normale en termes d'affluence avant 2023.

Livres : Le plan de relance est en grande partie réservé à la modernisation de la librairie

Le secteur qui s'en tire le moins mal, même s'il a fait énormément parler de lui, c'est celui de l'édition et de la librairie. De nombreux Français ont tenu à prouver leur attachement à leur librairie de proximité, mais ce rattrapage a bénéficié aux auteurs les plus connus. Michel Lanneau, le directeur général de Livre Hebdo, le media professionnel des libraires et des éditeurs en France, estime que "la production éditoriale a reculé de 10% et le secteur va perdre 5 à 7% en chiffres d'affaires". Ces tendances n'alarmeront personne au regard de l'ampleur de la crise pour des secteurs comme celui de la restauration, mais qu'il faut nuancer. Michel Lanneau explique qu'"Il y a eu des facteurs favorisants, comme le report des évènements culturels, qui a engendré une redistribution du pouvoir d’achat. Les restrictions de voyages, ont fait que le livre a fait partie des loisirs accessibles". 

La numérisation s'est accélérée : les libraires ont dû se plier, bon gré mal gré, au "click and collect" et certains lecteurs se sont mis au livre numérique ou audio. "La librairie a su aussi se montrer résiliente, et la crise va inciter les libraires à développer leurs sites de ventes en ligne, sachant que le click and collect a compensé 30% de chiffres d’affaires". La hausse des ventes en ligne n'a pas compensé pas le manque à gagner en magasin mais le plan de relance est en grande partie réservé à la modernisation de la librairie et "le secteur de la librairie va aller très très vite dans la modernisation de son parc" assure Michel Lanneau.

Les livres et éditeurs à faible exposition médiatique garderont un très mauvais souvenir de 2020. Ils n'ont pas pu mettre en place leurs livres, bloqués à chaque fois par les confinements. Les autres victimes plus gravement touchées sont les auteurs qui n'ont pas forcément des mesures de compensations et qui vont subir le contrecoup de la baisse des ventes sur les livres peu médiatisés. Pour eux ce sera vraiment compliqué. 

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