Plusieurs syndicats du monde de la culture, mais aussi des sociétés d'auteurs et associations de lieux culturels, ont annoncé, vendredi et samedi, leur intention de contester, devant la justice, le maintien de la fermeture des cinémas, des musées et des théâtres après le 15 décembre.

Une banderole sur la façade du Théâtre de Sète, dans l'Hérault
Une banderole sur la façade du Théâtre de Sète, dans l'Hérault © AFP / Theo Giacometti / Hans Lucas

"Qui décide qu'il est plus important d'acheter des biens de consommation fabriqués en Chine que d'aller voir des artistes ? Ce n'est plus possible", peste Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), qui regroupe 400 scènes nationales et centres dramatiques subventionnés, des lieux de spectacle vivant qui vont finalement rester fermés le 15 décembre, comme l'a annoncé le Premier ministre Jean Castex jeudi. 

Ce syndicat a annoncé qu'il s'apprêtait à déposer, conjointement avec d'autres organisations, un "référé liberté", c'est-à-dire une procédure d'urgence, devant le Conseil d'État, plus haute juridiction administrative, pour faire annuler cette injonction de fermeture. D'autres syndicats d'employeurs et d'employés du secteur, mais aussi des sociétés d'auteurs comme la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) prennent part à cette vaste action en justice. "Cette action va rassembler de très nombreuses organisations" représentant des lieux de culture "du public et du privé", explique Nicolas Dubourg.

"En mars lors du premier confinement, toute l'économie s'est arrêtée. la mesure était massive mais équitable dans sa radicalité. Rebelote en octobre. Mi-novembre, on nous explique: la totalité des commerces vont rouvrir mais vous vous restez fermés. Et maintenant on nous dit face à la circulation du virus vous restez fermés, mais eux restent ouverts."

"C'est l'exception culturelle à l'envers", dénonce le comédien Charles Berling, qui fait partie des personnalités à la tête de cette fronde. "On a un profond sentiment d'injustice (...) Tout reste ouvert, les grandes surfaces, les supermarchés, les transports et évidemment les lieux de culte, sauf nous, et donc on a le sentiment d'une iniquité totale", a-t-il indiqué à Franceinfo. L'acteur et directeur du théâtre Liberté à Toulon souligne que par ailleurs, la date du 7 janvier à laquelle a renvoyé Jean Castex jeudi n'est qu'une "clause de revoyure" et non une date de potentielle réouverture. 

"Un spectacle, une sortie de film, ça se prépare en avance", rappelle Denis Gravouil, de la CGT Spectacle. "Sur ce recours, beaucoup d'organisations sont sur le coup. Il faut que le décret soit publié, ce qui ne va pas tarder. Et on va immédiatement le contester, parce que c'est incompréhensible : on voit que le gouvernement se moque complètement du monde de la culture", ajoute-t-il. "Nos avocats sont en train de compiler tous les argumentaires", précise Nicolas Dubourg. 

Fin novembre, le Conseil d'Etat avait retoqué un décret similaire, celui limitant à 30 personnes le nombre de fidèles autorisés à assister aux cérémonies religieuses. Les acteurs du monde de la culture rappellent par ailleurs que des protocoles sanitaires stricts ont été établis dans les cinémas, les théâtres et les musées. Ils reçoivent l'appui de personnalités politiques : samedi, le sénateur PS et ancien ministre Patrick Kanner a dénoncé "une forme d'acharnement à l'égard de la culture" : "Pourquoi permettre les transports saturés, je pense au métro parisien, par exemple, ou le RER, et se retrouver à empêcher les cinémas, les théâtres et les musées de fonctionner ? Je ne comprends pas vraiment".