Une photographie prise à distance, dans la plus pure intimité d'un couple : juste après l'amour. Cette image symbolise, dans le fond comme dans la forme, la photographie-vérité, fidèle à l’œuvre de Nan Goldin. Sincère et dérangeante.

NE PAS UTILISER Nan and Brian in bed, NYC, 1983 NE PAS UTILISER
NE PAS UTILISER Nan and Brian in bed, NYC, 1983 NE PAS UTILISER © ©Nan Goldin, Courtesy Matthew Marks Gallery

Cette photographie de Nan Goldin est tirée de son œuvre The Ballad of Sexual Depency , une série de diaporamas de photographies de l’artiste (750 images, présentées pendant 45 minutes, en musique), projetée pour la première fois en Europe en 1987 aux Rencontres d’Arles et faisant également l’objet d’un livre. Le titre de cette œuvre lui a été inspiré par une chanson du compositeur Kurt Weill.

Commentant ses propres photos, Nan Goldin présente sa problématique : « Pendant des années mon travail a traité de la dépendance sexuelle. Je ne suis pas obsédée par le sexe mais par l’idée que l’on puisse devenir dépendant sexuellement de quelqu’un qui ne vous convient pas, tant sur le plan affectif que sur le plan intellectuel. Et pourquoi ce besoin d’être deux est-il si fort. »

Cette photographie, plus particulièrement, fait partie d’une série où Nan Goldin se photographie avec son petit ami Brian avec qui elle a été de 1981 à 1984. Les clichés les montrent avant, pendant et après l’amour. Elle a utilisé un pied et un déclencheur à distance. Elle souligne : « Je n’ai rien composé à l’avance. Je ne savais pas à quoi ces photos allaient ressembler jusqu’à les voir.J’ai simplement photographié ce qu’il se passait et ensuite, j’ai trouvé cette photo très significative. Il y a l’ambivalence de mon regard et cette distance entre nous, juste après l’amour. Il me tourne le dos pendant qu’il fume, alors que je le regarde, encore à la recherche d’une certaine intimité . »

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La photographie suivante représente Brian et elle, assis sur le lit :«Je porte le kimono que j’avais en faisant l’amour, nous sommes étrangers l’un à l’autre,silencieux et tristes . » Nan Goldin finira par rompre avec Brian, le jour où il la frappa. Elle prendra, le visage défigurée par les coups,un autoportrait devenu célèbre . Celle que l’on décrit comme la photographe de l’intimité , montre, sur d’autres clichés, sa petite amie qu’elle photographie, à cette époque, quasiment tous les jours : « C’était devenu comme une manière de faire l’amour, une caresse. Elle se vexait si je ne la photographiais pas. »

Le troisième sexe, libre

Plus largement, Nan Goldin était intéressée par photographier le comportement physique des gens, leur relation, leur sexualité et leur identité sexuelle. Quand elle a 13, 14 ans, elle intègre une école libre de hippies des années 60 et devient rapidement la photographe du lycée. A 18 ans, ele habite dans le centre de Boston avec un homme qui a la trentaine. C’est là qu’elle rencontre pour la première fois des drag queens qu’elle shoote au quotidien.

Lorsque son premier professeur de photographie, Henry Horenstein, découvre son travail, il lui montre les œuvres de Larry Clark, Diane Arbus, Weegee, August Sander. Diane Arbus aussi photographiait des travestis, mais Nan Goldin n’adhère pas à ces photos : « C’est un travail, fait avec empathie, qui confine à la psychose. J’ai senti qu’elle cherchait à les révéler au grand jour et ce n’était pas mon désir. Moi, je voulais les présenter comme un troisième genre , comme une autre option sexuelle, une option entre les sexes. Et les montrer avec beaucoup d’amour et de respect, car j’admire énormément les gens qui manifestent publiquement leur fantasme. Il faut être très courageux. Quand je regarde une reine, je ne vois pas un homme habillé en femme. Je vois la fusion d'un troisième genre. Je vois une sorte de liberté , » explique-t-elle dans une interview accordée en 1991, au magazine new-yorkais Bomb.

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Documenter sa vie

De l’œuvre de Nan Goldin, ces premières photographies dépeignent l’intensité, les hauts et les bas d’une relation amoureuse, les excès de drogue, une jeunesse ravagée par le Sida : « J’étais dans le même état que ce que je photographiais. Ce sont les gens avec qui je vivais, ce sont mes amis, ma famille, moi-même. Je photographie des gens qui dansent pendant que je danse. Ou des gens qui ont des rapports sexuels, alors que je viens d’en avoir. Ou des gens qui boivent pendant que je bois. Il n’y a pas de séparation entre moi et ce que je photographie », précise-t-elle dans Bomb Magazine. Elle souhaite, comme un besoin vital, garder toute trace de la vraie vie. Elle ne se sépare jamais de son appareil photo et enregistre tout de la vie de ses amis. Son appareil photo devient alors sa mémoire de subsitution .

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