Replongez dans les meilleurs moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait la chanteuse Pomme, la journaliste critique spécialiste de la représentation des sexes dans le cinéma Iris Brey, l'urbaniste Jean-Michel Wilmotte, le cinéaste James Ivory et l'écrivain Didier Decoin.

"Naturellement, la beauté surgit sous bien des formes" - James Ivory
"Naturellement, la beauté surgit sous bien des formes" - James Ivory © Getty / Nick Brundle Photography

Pablo Cotten a préparé spécialement pour vous le best-of de Boomerang de la semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard : 

11 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 14 février 2020

Par Pablo Cotten

Didier Decoin

À la suite de Bernard Pivot, d’Alphonse Daudet, d'Huysmans, de Colette, il vient d'être nommé à la présidence de l’Académie Goncourt. L'écrivain et scénariste Didier Decoin était au micro d'Augustin Trapenard : 

DD : "D'abord, je n'ai pas l'angoisse de la page blanche, je n'ai pas peur. C'est beaucoup plus coïtal chez moi. 

Quand j'écris, j'ai l'impression de m'éclater, j'ai l'impression de me gicler de mots ! 

ll nous raconte la fois où il a failli être tué par ses livres. 

"Ce qui est terrible c'est que j'avais mis, parce que je suis stupide, les dictionnaires en haut donc ce sont eux qui se sont rabattus les premiers et qui m'ont fait très mal. Je me suis retrouvé avec le nez en sang au milieu d'une mer de livres et je ne pouvais pas atteindre la porte de mon bureau pour appeler à l'aide, donc j'étais comme mort assommé et noyé".

James Ivory

En 2018, il recevait son premier Oscar quant au meilleur scénario adapté au cinéma pour "Call Me by Your Name" réalisé par Luca Guadagnino. La Cinémathèque française propose en ce moment une rétrospective de ses œuvres cinématographiques jusqu’au 15 février 2020. Le cinéaste était s'est confié dans Boomerang : 

JV : "Je crois en la création des belles choses. Naturellement, la beauté surgit sous bien des formes, elle n'est pas seulement formelle ou sophistiquée. Il y a la beauté de la nature qui est sans cérémonie. 

Je cherche la beauté, je la cherche toujours : la beauté des mots, la beauté de la pensée, la beauté de ce que j'ai en pensée. 

Trouver la beauté, c'est ma raison d'être

C'est une sorte de beauté physique présente et on cherche tous cela. On espère avoir cette beauté. On ne l'a pas toujours. On aime la voir quand elle se présente. Les Grecs et les Romains l'appréciaient d'où toutes ces statues de nu, ils admiraient le corps. 

Je ne suis pas quelqu'un qui voudrait retourner dans le passé, j'aime trop mon confort.

Vivre dans le passé, quelle horreur ! 

J'ai le sentiment qu'avec de nouveaux grands cinéastes visionnaires, il n'y en a pas beaucoup en ce moment mais ça reviendra, et avec des moyens techniques extraordinaires qu'on a maintenant au cinéma, les nouveaux films seront à même de donner un grand coup de vieux aux films que nous aimons. Les nouveaux films seront épatants, sensationnels mais il nous faut des réalisateurs visionnaires pour faire du cinéma". 

Jean-Michel Wilmotte

Grand penseur de l'espace intérieur et extérieur, l'architecture n'a plus aucun secret pour lui. L’urbaniste et designer Jean-Michel Wilmotte était l'invité d'Augustin Trapenard

J-M W : "Les arbres l'hiver, c'est une charpente nue, c'est d'une beauté incroyable quand vous regardez en contre jour dans le ciel un arbre qui se découpe. C'est d'une beauté exceptionnelle, qu'on voit moins en été parce que les feuilles font des grosses touffes. Mais là, c'est un dessin, une calligraphie dans le ciel, c'est d'une beauté incroyable. C'est un complément tellement important de l'architecture. C'est essentiel.

Le réchauffement climatique, si on ne le contrôle pas, et bien l'empreinte carbone va redessiner beaucoup de choses. 

Les villes se sont toujours construites sur les villes. On ne peut pas attaquer un chantier sans trouver les traces d'une ancienne ville

Je donne une chance au temps, finalement on changera peut-être d'avis. Je suis guidé par l'optimisme

Si je ne faisais pas ça, je pense que je ne pourrais pas avancer. L'architecte doit avant tout penser dans le futur toujours. La fragilité existe toujours c'est vrai et parfois, la fragilité va avec la prouesse".

Iris Brey

La journaliste et spécialiste des représentations des sexes, des sexualités et des genres au cinéma vient de sortir son tout dernier ouvrage Le regard féminin, une révolution à l'écran, dans lequel elle théorise le regard féminin ou "female gaze" ou comment filmer les femmes sans en faire systématiquement des objets de plaisir. Voici son entretien aux côtés d'Augustin Trapenard

IB : "On nous cache beaucoup de choses. On nous cache surtout les corps féminins. 

On nous cache ce qui se passe dans la tête des femmes. On ne donne pas accès à ces expériences-là. Elles reste hors champ. Elles font partie d'une contre culture. 

Il faut absolument rendre les femmes visibles sur nos écrans

C'est un enjeu esthétique parce que ça pose la question de comment est-ce que le corps féminin est filmé ? Quand un réalisateur ou une réalisatrice prend la caméra, comment est-ce qu'elle décide de cadrer ? Et ça, c'est un geste conscient parce qu'en fait, comme le regard masculin fait partie d'un inconscient et que, parfois, on reproduit sans savoir, c'est vraiment se poser la question de comment est-ce que j'ai appris à regarder ? Comment est-ce que j'ai appris à désirer et quel pas de côté ? Comment je peux me déplacer pour raconter une histoire autrement, encore autrement ?  

Les femmes ont du mal à s'imposer dans des milieux, dans la culture qui est souvent un milieu très masculin. La critique de films particulièrement, c'est difficile de se faire entendre, de trouver des alliés. C'est exactement comme MeToo, quand on pense que ce n'est qu'une dénonciation, non, c'est d'abord une prise de conscience.

Il faut prendre conscience que les corps féminins, le corps social et le corps physique ne sont pas traités de la même façon que les corps masculins

Quand on arrive dans un espace public, il faut voir à quel point il y a de la misogynie et déconstruire tout ça". 

Pomme 

Son album "Les failles cachées", a été nommé aux Victoires de la musique et il ressort sous une autre version avec davantage de musiques. La chanteuse Pomme est venue chanter pour vous

Pomme : "Disons qu'en étant effectivement une fille jeune - puisque je n'étais même pas une femme vu que j'ai commencé à 15/16 ans à faire des concerts dans des bars et puis venir à Paris parce que je venais de Lyon - il y avait cette espèce d'ambiance globale de sexisme et de misogynie du fait aussi qu'être une femme dans la musique, c'est aussi beaucoup d'apparence, sur la manière de s'exprimer, sur la manière de se présenter. 

C'est vrai que moi, ça n'a jamais été des choses par lesquelles je juge les gens. C'est une espèce de climat global. 

Je crois que j'ai envie de pouvoir être moi-même, de ne pas trop me poser de questions quant à comment je me présente et que cela ne me définisse pas

Peut-être que j'ai envie d'être le modèle que je n'ai pas forcément été justement quand j'étais adolescente, d'être une femme qui vit sa féminité comme elle l'entend et qui chante les chansons qu'elle a envie de chanter". 

🎧 RÉÉCOUTER - La Carte Blanche de Pomme

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