C'est un problème connu mais qui refait surface avec la campagne présidentielle américaine : de nombreux artistes refusent que leurs chansons soient utilisées pour mettre l'ambiance dans des meetings politiques, en particuliers ceux du président sortant, Donald Trump.

Donald Trump a régulièrement utilisé en meeting des chansons d'artistes qui ne le souhaitaient pas.
Donald Trump a régulièrement utilisé en meeting des chansons d'artistes qui ne le souhaitaient pas. © AFP

C’est le dernier en date, mais il est loin d’être seul dans cette situation. Mercredi, le chanteur Neil Young a annoncé qu’il allait poursuivre en justice l'équipe de campagne de Donald Trump pour la présidentielle de novembre afin de l'empêcher de jouer ses chansons lors de meetings électoraux, selon une plainte publiée mardi sur son site internet. Il s'estime victime d'une violation de ses droits d'auteur pour l'utilisation sans son consentement des morceaux “Rockin' In The Free World” et “Devil’s Sidewalk” à plusieurs rassemblements de Donald Trump, dont son récent meeting à Tulsa (Oklahoma). Neil Young “ne peut”, indique la plainte, “en son âme et conscience, permettre que sa musique serve de support à une campagne d'ignorance et de haine, conflictuelle et anti-américaine”

Cette plainte n'est pas datée, mais montre que les avocats du chanteur et guitariste - qui demande jusqu'à 150.000 dollars de dommages et intérêts pour chaque infraction - s'apprêtent à la déposer auprès d'un tribunal fédéral de New York. Toutefois, cette querelle remonte à 2015, lorsque l’équipe de campagne avait déjà diffusé la même chanson, “Rockin' In The Free World”. Et l’artiste de 74 ans n’est donc pas le seul à avoir protesté de la sorte. 

De Rihanna à R.E.M. en passant par les héritiers de Prince

En effet, de nombreuses stars de la musique ont réclamé ces dernières années que leurs morceaux ne soient pas utilisés par le candidat puis président républicain. Il y a cinq ans, le magazine Rolling Stone avait par ailleurs compilé 35 cas d’artistes qui avaient refusé l’usage d’une chanson par un politique : Bobby McFerrin contre George Bush père ou Van Hallen et Abba contre John McCain (et même, en France, MGMT contre Nicolas Sarkozy). 

Concernant Trump, Pharrell Williams, Rihanna, Aerosmith, Adele ou bien les héritiers de Prince se sont plaints que leurs titres soient joués lors de rassemblements de Trump. En juin, les Rolling Stones ont menacé le président américain d'une action en justice s'il continuait à utiliser leur tube “You Can't Always Get What You Want”

Dans une lettre ouverte, soutenue notamment par l’Artist Right Alliance (ARA), des auteurs et interprètes ont d’ailleurs réclamé mardi que les candidats, tant républicains que démocrates, passent par une demande d’autorisation avant d’utiliser un morceau. Car le problème n’est, selon eux, “pas nouveau” et pas uniquement lié à Donald Trump ; il se pose lors de chaque campagne électorale, rappellent les auteurs, dont Elton John, Lionel Richie, les groupes Pearl Jam, Linkin Park, Green Day, R.E.M. ou bien les chanteuses Sia, Cyndi Lauper et Lorde.  

“Être entraîné involontairement en politique de cette façon peut aller à l'encontre des valeurs personnelles d'un artiste tout en décevant ou irritant ses fans”, insistent les artistes. Mais comment peuvent-ils agir et quels sont leurs droits ? 

Les artistes peuvent-ils avoir gain de cause ? 

En réalité, les responsables politiques américains peuvent obtenir des licences auprès des sociétés de droits d'auteurs (comme l'Ascap ou le BIM, les deux organismes qui se partagent la tâche aux Etats-Unis) qui les dispensent de demander la permission explicite aux chanteurs ou groupes concernés. Mais le droit américain prévoit néanmoins la possibilité pour un artiste de demander que sa musique ne soit pas utilisée en faisant valoir que les responsables des campagnes laissent entendre "de manière erronée que l'artiste (...) soutient le candidat", selon l'association américaine de l'industrie du disque (RIAA). 

“C’est une histoire de licence”, confirme à Rolling Stone un avocat, spécialiste de la question. Il explique que les artistes peuvent ainsi supprimer certaines chansons des licences générales pour les organisateurs de manifestations publiques en les plaçant sur une liste d’exclusion pour les événements politiques. “Si les deux chansons de Neil Young ont été retirées, alors ils ont de bonnes raisons de penser qu’ils gagneront” face à Donald Trump, poursuit-il. 

La justice américaine n'a pas encore été amenée à trancher la question depuis le début de la campagne de Donald Trump en 2015. Mais les artistes sont rarement allés devant les tribunaux : par exemple, le groupe R.E.M. menace de poursuites judiciaires depuis janvier mais n'a déposé aucune plainte officielle. 

Au final, il s’agit surtout d’une question de principe : les artistes prennent position publiquement pour, a minima, rassurer leurs fans sur leurs positions politiques (ou leur neutralité).  

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