La restauration de Notre-Dame de Paris est un enjeu de taille pour les scientifiques et historiens. Le CNRS vient de lancer une mission "chantier CNRS Notre-Dame", destinée à permettre aux chercheurs de rassembler un maximum d'informations sur l'histoire de la cathédrale à l'occasion de sa restauration.

Le chantier de Notre-Dame de Paris le 29 avril 2019
Le chantier de Notre-Dame de Paris le 29 avril 2019 © Getty / Chesnot

Ils sont archéologues, historiens, chercheurs en physique des matériaux, en science climatique ou en histoire de l'art, et pour eux Notre-Dame est un chantier de recherche à mettre en œuvre.  

Cinquante chercheurs et chercheuses vont s'atteler à faire des recherches sur quatre sujets précis : la modélisation et données numériques, les bois et charpentes, les matériaux (plomb, pierre…) et l'anthropologie. 

Martine Regert, directrice-adjointe scientifique à l’Institut écologie et environnement du CNRS, et Philippe Dillmann, directeur de recherche CNRS à l’Institut de recherche sur les archéomatériaux, sont chargés de piloter ce "chantier CNRS Notre-Dame".

Le CNRS réunira l'ensemble des recherches déjà faites ou en cours auprès du ministère de la Culture et de l'Association des scientifiques pour la restauration de Notre-Dame qui s'est constituée au lendemain du chantier.

Dans sa profession de foi d'avril dernier, cette association insistait sur le fait que "chaque matériau d’origine, quel que soit son état, qu'il soit toujours en place ou qu’il ait chu, soit précieusement conservé et inventorié pour pouvoir être étudié par les spécialistes. Il faut également que les échafaudages de restauration soient conçus pour accueillir les scientifiques et que l’édifice leur soit rapidement accessible".

Clous, bois, pierres, tout compte

Arnaud Timbert en fait partie. Il est professeur titulaire de la chaire d'Histoire de l'art médiéval de l'université de Picardie, et grand spécialiste des techniques et matériaux utilisés par Viollet-le-duc. 

Pour lui comme pour ses collègues, il est clair que "nous devons récupérer les matériaux, comme les poutres, les clous, tant de la partie médiévale que de celle datant du XIXe siècle. Ces clous seront mis en sac et nous voudrions les étudier in situ, pour les classer selon leur emplacement dans le bâti de Notre Dame", dit-il à France Inter.

Pourquoi garder des clous ? Parce qu'ils sont porteurs d'informations essentielles pour les chercheurs. "Leur étude permettrait de repérer des campagnes de restauration, et les évolutions techniques en cours de construction. Cela permettrait de documenter encore mieux l’histoire de Notre-Dame" explique Arnaud Timbert.

Les poutres, même après le feu sont encore utiles à la recherche. "Avec les poutres nous pouvons aller au cœur de la matière, et les conserver. Un jour peut-être nous pourrons les analyser autrement, les techniques auront changé et elles donneront accès à d’autres informations". Avant même cela, les chercheurs trouveront matière dans ces bois à renseigner l'histoire du climat depuis le XIIIe siècle. 

Pour l'heure les chercheurs n'ont pas accès au site. Selon Martine Regert qui s'exprime dans le journal du CNRS, "l’urgence a été de faire en sorte qu’il n’y ait pas de perte d’information scientifique : que les restes de charpente ne soient pas disposés n’importe comment pour que l’on puisse comprendre, par exemple, où ils sont tombés suite à l’incendie. Le stockage du bois doit faire l’objet d’une grande attention, car il doit être conservé dans des conditions particulières, dans un hangar ouvert, ventilé."

L’évacuation contrôlée de certains matériaux a déjà commencé, avec l’expertise des scientifiques, sous l'égide de la  Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France qui est en charge de ces opérations sur le site.

On a souvent dit que l'on savait beaucoup de choses sur la cathédrale de Paris, en tout cas largement assez pour la restaurer. Mais visiblement les chercheurs sont encore friands de nouvelles informations. Arnaud Timbert estime par exemple que l'on ne sait pas suffisamment de choses sur la façon de Viollet-le-duc choisissait ses matériaux et ses équipes. Pascal Prunet, l'un des architectes des monuments historiques chargé de sa restauration l'a confirmé devant les sénateurs. Alors qu'il alertait sur la nécessité d'intervenir sur des pierres datant du XIIe siècle, altérées par l'incendie, les chocs et les eaux, il a aussi insisté sur le fait qu"il y a dans ce chantier un formidable champ d'acquisition de connaissances dont il faut saisir l'opportunité". 

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