Concours international, reconstitution à l'identique, les architectes débattent. Arnaud Timbert, historien, et Alain-Charles Perrot, architecte du patrimoine, s'étonnent d'entendre des annonces prématurées au regard de l'état du monument.

Notre-Dame de Paris après l’incendie du 15 avril 2019
Notre-Dame de Paris après l’incendie du 15 avril 2019 © Radio France / Julien Pasqualini

Aujourd'hui en Conseil des ministres, le projet de loi sur l'encadrement des dons de Notre Dame et les modalités du concours international pour reconstruire la flèche va être présenté. Depuis l'annonce d'un concours par le premier Ministre Edouard Philippe, chacun y va de son avis, sur le concours et les scénarii possibles pour la reconstruction de Notre-Dame. Denis Valode, l'un des plus importants architectes de France, plaide pour une réplique de la flèche à l'identique. Ce ne serait pas, selon lui, "un pastiche", mais une "reconstitution scientifique". Jean-Michel Wilmotte verrait bien un réflexion entre architectes, ingénieurs et historiens plutôt qu'un concours international. Rudy Ricciotti estime d'ailleurs que cette idée de concours n'ira peut-être pas à son terme, et que les Monuments Historiques reprendront la main sur le projet. Il aimerait simplement que l'on réhabilite Eugène Viollet-le-Duc et ses choix audacieux. 

"Les idées qui surgissent, c'est du grand happening, ça ne repose sur rien, ça fait le buzz"

Alain-Charles Perrot, architecte du Patrimoine, rappelle qu'"on est encore dans la période de sauvetage et d'expertise ; les débats sur l'existence d'un concours et les restaurations possibles, me semblent prématurés, c'est lié à l'émotion. Pour l'instant on est dans une phase de sauvetage. On est sur un chantier, avec un architecte qui opère, Philippe Villeneuve, et on ne se rend pas compte à quel point le travail de sauvetage est exceptionnel. Le travail de mise en place des étais est très important et très compliqué."

Certains cabinets d'architecture ont imaginé bien des scénarii : toit de verre, canopée, flèche de cristal, etc. "Les idées qui surgissent, c'est du grand happening, ça ne repose sur rien, ça fait le buzz", explique Alain-Charles Perrot. "Il n' y a pas de choix fait pour l'instant entre une remise en état du monument comme avant, ou une réalisation nouvelle. Pour la reprise à l'identique, il y a un architecte en chef qui est chargé des restaurations et des aménagements des monuments historiques. C'est son métier, il n'y a pas besoin de concours pour ça. Si un concours était lancé ce serait pour concevoir une nouvelle flèche qui devra être modeste pour s'intégrer dans une architecture très présente."

Projet du cabinet d'architectes dijonnais Godart + Roussel Architectes
Projet du cabinet d'architectes dijonnais Godart + Roussel Architectes / Godart + Roussel Architectes

"Dans chaque solution proposée, il y a des bons ou des mauvais choix à faire ; pour le moment il faut réfléchir" estime Alain-Charles Perrot. "Il ne s'agit pas de changer Notre-Dame mais de rétablir une flèche, s'intégrant dans une architecture du XIIIe siècle, il ne faut pas bouleverser la silhouette du bâtiment. N'oublions pas que c'est une église avec des couvertures en plomb, pas question d'en faire une serre." 

"Ce n'est pas à Emmanuel Macron de dire combien de temps il faut pour reconstruire, c'est le monument lui-même qui le dira".

Arnaud Timbert, professeur titulaire de la chaire d'Histoire de l'art médiéval de l'université de Picardie, se dit très inquiet par la méthode du gouvernement. 

"Ce n'est pas à Emmanuel Macron de dire combien de temps il faut pour reconstruire, c'est le monument lui-même qui le dira. Car nous avons à faire à un organisme vivant, qui se transforme, et nul ne sait pour l'instant comment il va réagir aux milliers de mètres cubes d'eau qui ont été déversées. De plus, on va vers un double drame. Si on ne prend pas le temps de trier les gravats, on va perdre de précieuses informations scientifiques et archéologiques, on va perdre en mémoire". 

Il serait étonnant de bâtir une charpente en bois.

Pour l'historien, grand connaisseur de l'architecture du moyen âge et de Viollet-le-Duc, ce ne sera ni une reconstruction, ni une restauration.  "_Au Moyen-_Âge, les hommes auraient réagi en utilisant l'économie et les techniques de leur époque. Aujourd'hui, il en sera de même. Il serait étonnant de bâtir une charpente en bois. Et c'est le monument qui doit dire ce qu'il supportera comme type de matériau". Plomb fondu, eau infiltrée dans les pierres, il y a bien des conséquences de l'incendie qui peuvent encore surgir."

Pour la flèche c'est encore différent", explique Arnaud Timbert.

Il serait anachronique de re-faire la flèche de Viollet-le-duc. On referait un fantôme, ce ne serait que sa forme.

"Car elle a sa propre histoire, elle porte celles des hommes qui l'ont construite, et les techniques qu'ils ont utilisés en 1843. Mais tout cela est prématuré, et il faudrait une réflexion collective, or ce ne sont pas signes qu'envoie le gouvernement."

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