Le mouvement d'occupation des théâtres fait tache d'huile. Après l'Odéon à Paris, puis le TNS à Strasbourg, La Colline à Paris, le Théâtre Graslin à Nantes est occupé par des intermittents ou des étudiants en école d'art dramatique. Ils ont reçu le soutien de nombreux artistes, dont Ariane Ascaride.

Ariane Ascaride soutient les théâtres occupés pour protester contre leur fermeture en période de pandémie
Ariane Ascaride soutient les théâtres occupés pour protester contre leur fermeture en période de pandémie © AFP / Patrick Fouque / Photo12

Ariane Ascaride fait partie des artistes qui réclament depuis plusieurs mois la réouverture des lieux culturels. Alors l'actrice soutient les artistes et techniciens qui occupent l'Odéon-Théâtre de l'Europe depuis jeudi dernier. "Comme je les comprends !", lance-t-elle. "Car cela fait un an que je suis en colère. Je commence à être un peu fatiguée. On joue la montre au gouvernement. On ne bouge, on ne dit rien, on laisse faire, on laisse les gens s'exciter et se mettre en colère, en attendant de voir comment cela va se passer. Mais cela fait un an que l'on est traités comme ça."

"Nous continuons à être non-essentiels. Et que l'on ne me dise pas que le président de la République adore la culture. Si c'était le cas, il s'en préoccuperait."

En plus de la réouverture des lieux culturels dans le respect des consignes sanitaires, les manifestants réclament, entre autres, une prolongation de l'année blanche pour les intermittents, son élargissement à tous les travailleurs précaires et saisonniers. Il y a urgence, pour la comédienne. "Il y a des intermittents qui sont en train de mourir, qui n'ont plus de quoi payer leur loyer, qui vont faire leurs courses dans les banques alimentaires. Et ces intermittents ne savent plus comment prouver leur existence, puisque tout est fermé."

"Cela fait des mois que la jeunesse est sacrifiée"

Au Théâtre de la Colline à Paris, ce sont des étudiants du Conservatoire national Supérieur d'Art Dramatique (CNSAD), de l'École supérieure d'art dramatique (Esad) et de l'École du studio théâtre d'Asnières qui ont investit les lieux. Au Théâtre National de Strasbourg, 51 élèves en scénographie-costumes, jeu, mise en scène, dramaturgie et régie-création, ont décidé de s'installer 24h sur 24 dans les locaux du Théâtre, "jusqu'à une réponse concrète de l'État".  Cette jeunesse bradée, Ariane Ascaride la défend : 

"Ils n'en peuvent plus et je les comprends. Vous imaginez avoir 20 ans aujourd'hui ? Cela fait des mois que la jeunesse est sacrifiée, et aujourd'hui elle le dit. Comment un étudiant en art dramatique peut-il visualiser son avenir ? C'est impossible."

Et de poursuivre : "C'est un boulot énorme, ils travaillent tout le temps. Ils sacrifient d'autres choses. Et tout ça pourquoi ? De toutes façons, ils ne peuvent pas jouer".

Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, s'est rendue samedi à l'Odéon et a promis de poursuivre les échanges. La CGT Spectacle a affirmé qu'elle poursuivait le mouvement et précise que cette mobilisation s'inscrit "dans le sillage de l'occupation des ronds-points", en référence au mouvement des "gilets jaunes". Pour Ariane Ascaride, c'est le début d'une prise de conscience. "Cela fait 40 ans que les politiques considèrent la création artistique et la culture comme du divertissement. Ce n'est pas ce que nous faisons. Nous racontons le monde. On le fait depuis Shakespeare."