La journaliste Anne Sinclair, l'auteur, compositeur et interprète Woodkid, le juriste et écrivain François Sureau, le galeriste Kamel Mennour ainsi que le musicien et chanteur Thomas Dutronc sont venus se confier au micro d'Augustin Trapenard. Revivez les plus beaux moments de leurs témoignages cette semaine.

"Nous venons de nulle part, nous ne savons pas où nous allons"
"Nous venons de nulle part, nous ne savons pas où nous allons" © Getty

Pablo Cotten et Lola Constantiti ont réuni rien que pour vous les meilleurs moments de Boomerang cette semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard :

11 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 19 juin 2020

Par Pablo Cotten

Anne Sinclair

Elle est l'une des plus grandes journalistes françaises, récemment directrice éditoriale du "HuffPost", de 2012 à 2019. Elle est venue partager ses souvenirs et son attachement au métier qu'il l'a, toute sa vie, façonnée. Elle est l'auteure de "La Rafle des notables" dans lequel elle revient sur "une histoire qui la hante depuis l’enfance". Elle y interroge un chapitre méconnu de la persécution sous l’Occupation. Elle était au micro d'Augustin Trapenard

Anne Sinclair :

C'est décidé, dans un monde sans Covid-19, si un jour je deviens journaliste, je ferai de la radio !

"Je suis femme française, juive, journaliste, aimant la vie, aimant vivre dans mon pays et voyager. On est la somme d'un certain nombre de caractéristiques qu'il faut assumer. Mais ça, c'est le mystère de la vie, de l'appartenance à une nation, quels que soient ses crimes ou ses errements ; ça veut dire appartenir à une histoire, la vivre, en être conscient, l'aimer ; se trouver solidaire ou hostile au combat du moment ; participer à la vie nationale et se sentir pleinement citoyen. 

J'aurais pu être professeure parce que j'aime bien expliquer et j'aime bien donner les moyens de comprendre le réel, ça a été ça être journaliste, j'adorais le grand reportage. Au fond, l'idée c'est de dire combien le monde est compliqué et j'ai envie d'en apporter la substance aux citoyens. 

Je ne suis pas sûre que l'on prenne la dimension du moment que l'on vit. Nous sommes encore dans le monde du pendant

Woodkid

Au micro de Boomerang, le chanteur est venu faire retentir le son de sa voix dont le style verse à la fois dans l'Indie pop, le rock alternatif et le neofolk. Une floraison vocale que l'on a la chance de retrouver à travers ces récents titres "Goliath" et "Pale Yellow". Il est tournée dans le monde entier à partir du 16 octobre.  

Woodkid : "J'ai encore du mal à analyser ce qui s'est passé durant le confinement. J'aurais dû tourner un clip pour le deuxième single, qui n'a pas pu se faire. D'un point de vue plus profond, c'était un vrai questionnement sur la solitude, sur un monde de contrastes fulgurant, tétanisant, hallucinant, excitant parfois aussi artistiquement, philosophiquement. C'est surréaliste ce qu'il se passe.

L'art nous permet de nous élever

L'être humain, grâce à l'art, devient un autre être qui permet d'entendre, d'être tolérant, d'accepter l'autre. C'est tellement nécessaire et tellement beau l'art". 

François Sureau

Avocat et écrivain, il est un éminent penseur de la société française, et de ses principes de la libertés. Il vient de faire paraitre "L’or du temps" dans lequel il plonge son lecteur dans des rencontres inattendues tout en sillonnant la Seine et notre pays. François Sureau était l'invité de Boomerang : 

François Sureau : "Je pense que la France est beaucoup plus accueillante qu'on ne le dit généralement. Je trouve que la France, en tant que nation, continue de faire un effort individuel, associatif personnel extrêmement important, et continue de conserver la nostalgie de ses anciens combats pour la liberté, d'accueillir les gens qui, au fond, demandent une sorte d'asile existentielle, non pas simplement une vie matérielle meilleure, mais une vie de véritable sujet politique, une vie de sujet de droit, la vie que nous avons essayé d'inventer dès le XVIIIe siècle, au moment de la Révolution française. 

C'est peut-être l'amour du hasard qui nous a fait naître français. Quelque chose dont ce hasard de la destinée nous émeut, quelque chose nous énerve et cette considération permanente du hasard d'être né là est quelque chose qui nous stimule. 

Nous venons de nulle part, nous ne savons pas où nous allons et dans cette espèce d'incertitude fondamentale, nous produisons de la littérature

En ce moment, il ne faut pas s'arrêter au plomb que les vagues de l'opinion et de la politique déversent sans arrêt sur nos plages intérieures. C'est par un effet très curieux de notre pessimisme que nous avons fini par considérer que ce qui était mal, médiocre, rapide, laid, binaire était plus important que ce qui était bien, ouvert et utile".

Kamel Mennour

Il est l'une des figures les plus formidables de l'art contemporain. Le galeriste est venu rendre compte des enjeux de la crise sanitaire actuelle sur la vie d'artiste. Il présente en ce moment deux expositions Et pour toi, c’est quoi le monde d’après ? ainsi que le travail du peintre David Hominal. Le voici au micro d'Augustin Trapenard

Kammel Mennour : "Les trois premières semaines de ce confinement, j'étais tellement déprimé que j'ai pris sept kilos. Au bout d'un moment, je me suis dit qu'il fallait que je puisse réagir. Je suis allé tous les jours à la galerie sans manger. J'ai beaucoup écrit et essayé de me réinventer.

On se l'est tous posée cette question de ce monde qui s'effondrait pendant le confinement, qui s'ébranlait. C'est à ce moment que j'ai pensé faire cette exposition. Le monde d'après, c'est créer de la porosité entre mes enfants et les artistes.

Certains artistes ont été littéralement dévastés. Mais finalement, au bout d'un moment, les artistes, puisque c'est eux qui permettent à une société de se comprendre, il nous interrogent, ils nous permettent de mieux voir. 

C'est grâce aux artistes que j'ai pu me relever. J'étais complètement à plat et ils m'ont impliqué dans cette réflexion collective

Ils se sont mis à travailler différemment, autrement, et ont permis de voir des fenêtres qui montraient autre chose".

Thomas Dutronc

Après "Comme un manouche sans guitare", "Silence on tourne, on tourne en rond", "Éternels, jusqu'à demain", Thomas Dutronc sort "Frenchy" un disque uniquement composé de reprises, de titres français. C'est une déclaration d'amour adressée à la chanson française et qu'il est venu confier au studio de Boomerang : 

Thomas Dutronc : "J'ai toujours bien aimé les bandes de copains et jouer de la musique, ça se passe vraiment à plusieurs ! C'est la raison pour laquelle j'étais malheureux durant le confinement parce que faire des concerts solo avec mes chansons à moi, avec tout ce qui se passait, je n'en avais pas très envie. Du coup, j'ai donné des cours de guitare, c'était plus marrant. Je faisais une chanson par jour, différente, et je n'avais pas de pression, je pouvais me planter".

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