A l'occasion du don par Jeff Koons à Paris, d'une œuvre encore à produire (et à financer), passage en revue de cadeaux d'artistes finalement embarrassants.

Représentation de Bouquet of Tulips, Place de Tokyo,  donné par Jeff Koons, à produire, à la Ville de Paris
Représentation de Bouquet of Tulips, Place de Tokyo, donné par Jeff Koons, à produire, à la Ville de Paris © Jérôme de Noirmont Productions

Quand l'artiste fait un don et qu'il faut chercher des sous pour l'avoir

C'est le Fonds pour Paris qui est chargé de trouver les fonds pour faire réaliser l'œuvre que Jeff Koons donne à la Ville de Paris.

L'artiste américain a annoncé lundi offrir à la capitale Bouquet of Tulips, une œuvre monumentale originale qui se veut "un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français" et un "symbole du souvenir" après les attentats, selon la mairie de Paris.

L'œuvre de 10 mètres de haut, en bronze, acier inoxydable et aluminium, encore à produire, représente une main tenant des tulipes multicolores qui "symbolise l’acte d’offrir", selon l'artiste.

La sculpture devrait être installée courant 2017 devant le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo. Sa production, estimée à 3 millions d'euros, sera financée par le mécénat privé américain et français.

Ces dons qui coûtent et que l'on rejette

Il y a des collectionneurs qui souhaitent faire des dons, mais dont le cadeau est refusé. Ce fut le cas pour Cérès Franco, qui possède une collection d'art brut et naïf et souhaitait donner 1 500 œuvres aux Musée des Beaux-Arts de Carcassonne. La municipalité a rejeté le cadeau, car il aurait fallu consentir 600 000 euros de travaux afin que les tableaux et sculptures soient exposées, condition sine qua non du don.

Ces commandes que l'on passe et que l'on oublie

Garouste, Le Défi du soleil
Garouste, Le Défi du soleil © Aucun(e)

C'est l'histoire du Défi du Soleil, œuvre commandée par l'État à Gérard Garouste. Elle n'est pas tout à fait banale. Il faut remonter aux années 1980, date de la commande. Commande passée, sculpture réalisée, livraison faite et puis... plus rien. Jusqu'en 2013, où à force d'insistance, l'artiste a obtenu que la sculpture soit sortie de sa remise pour être restaurée et installée dans le parc de Saint-Cloud.

Ces œuvres que l'on s'offre et que l'on oublie d'entretenir

C'est dans la vie de Daniel Buren que l'on retient les histoires les plus emblématiques du genre. L'artiste se bat depuis longtemps pour que les œuvres soient entretenues. Il a été en guerre contre la ville de Lyon pour qu'elle entretienne et restaure la place des Terreaux. A Paris, pour ses fameuses colonnes, dont le véritable nom est Les Deux Plateaux, il avait dû ferrailler et se mettre en colère pour que la fontaine et les colonnes soient restaurées. Il avait même fini par menacer de les démolir.

Finalement le ministère de la Culture avait lancé un programme de travaux de 14 millions d'euros, sur l'ensemble de la place, du péristyle attenant au ministère, et qui incluait la remise en état de l'œuvre de Buren. Le coût estimé pour la seule réparation de la fontaine et des colonnes étaient de 3 millions d'euros.

Les deux Plateaux, de Buren, à Paris
Les deux Plateaux, de Buren, à Paris © AFP

Ce don avec tellement d'obligations qu'on ne peut rien faire ou presque

C'est le cas du Musée Nissim de Camondo, hôtel particulier du comte Moïse de Camondo (1860-1935). Il a aménagé une demeure artistique du XVIIIe siècle construite de 1911 à 1914 en bordure du parc Monceau par l’architecte René Sergent. Moïse de Camondo, collectionneur passionné, y a rassemblé meubles, tableaux, tapis, tapisseries ou objets extraordinaires. Le musée des Arts décoratifs a nommé un conservateur pour s'en occuper mais Sylvie Legrand Rossi, actuellement chargée de cette mission, est là pour veiller à ce que tout reste en l'état, à la même place, et n'accueille aucun autre objet. Le testament de Nissim de Camondo est d'une rigidité implacable.

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