En se calquant sur les César pour proposer une remise de prix aux jeux français qui ont marqué l'année, la toute jeune Académie des Arts et Techniques du Jeu Vidéo a réussi un exercice avec quelques défauts de jeunesse mais plein de promesses pour l'avenir. Une expérience qui montre en tout cas la maturité du média.

Le premier prix du meilleur jeu vidéo français de l'année a été remis à "A Plague Tale: Innocence"
Le premier prix du meilleur jeu vidéo français de l'année a été remis à "A Plague Tale: Innocence" © Capture d'écran Twitch

Et si, tout simplement, le contrat était rempli ? C'est ce qu'on pouvait se dire à l'issue de la première cérémonie de remise des Pégases, où l'industrie française du jeu vidéo récompensait les siens ce lundi soir. L'objectif affiché était clair : offrir au monde du jeu vidéo sa soirée de gala à la française, entre statuettes dorées et remerciements émus, comme les César (mais "sans les prédateurs sexuels", comme l'a fait ironiquement remarquer Pablo Mira avant de remettre le prix de "l'excellence narrative").

De fait, ce premier essai cochait toutes les cases de l'exercice, tout en évitant certains de ses inconvénients ou de ses lourdeurs : deux heures pour remettre une vingtaine de prix, des discours sans pression pour "ne pas prendre trop de temps" mais qui ont su rester sobres, des transitions détendues et moins cadrées que pour le cinéma, un décor prestigieux (le théâtre de la Madeleine dans le VIIIe arrondissement) et un parterre de "professionnels de la profession", les mêmes qui étaient invités à voter pour leur palmarès, via une Académie des Arts et Techniques du Jeu Vidéo créée l'an dernier qui compte déjà plus d'un millier de membres.

Une sélection un peu réduite, mais beaucoup de potentiel

Tout n'est évidemment pas parfait, c'est une première, et on pouvait notamment regretter certains intitulés de prix qui laissent perplexe (on se gratte encore un peu la tête en essayant de comprendre ce que célèbre précisément le "Pégase du meilleur service d'exploitation / game as a service", ou pourquoi on remet un prix aux "meilleurs personnages de jeu" mais aucun aux comédiens qui les interprètent).

Petit regret également devant le palmarès, où un seul jeu, le certes formidable "A Plague Tale: Innocence", a raflé une bonne partie des prix (6 statuettes pour 7 nominations, seul le Pégase de l'excellence narrative lui ayant échappé au profit de "Life is Strange 2"). Palmarès qui découle aussi d'une sélection de jeux globalement assez réduite, puisque basée sur les candidatures des éditeurs eux-mêmes, ce qui a obligé à souvent faire revenir les mêmes jeux dans de multiples catégories. On imagine que lors de la prochaine édition, le nombre de jeux en lice sera plus conséquent, avec la notoriété plus importante du prix.

Le principal point positif de cette soirée, en revanche, c'est l'ambiance bon enfant, voire bienveillante qui y régnait. Y compris quand on aborde les sujets qui fâchent, ou qui pourraient fâcher : dans plusieurs discours, on a ainsi évoqué la place des femmes dans l'industrie, les efforts nécessaires pour la rendre plus diverse, et même "les éditeurs qui prennent soin de leurs employés plus que de leurs profits", référence directe à des polémiques récurrentes autour des conditions de travail dans le monde du jeu vidéo, y compris chez de grandes entreprises françaises. Face à ces prises de position, pas de grimaces dans le public, pas de recadrage des animateurs, pas de brouhaha désapprobateur mais à l'inverse des applaudissements spontanés pour les interventions plus engagées.

Une preuve supplémentaire qu'avec ces Pégases, la famille française du jeu vidéo a réussi son pari majeur : afficher une certaine maturité en tant qu'art et en tant qu'industrie, tout en conservant un côté rebelle et un brin irrévérencieux. Si ça se trouve, il a même atteint cet âge adulte bien plus jeune que son aîné le cinéma.

Le palmarès complet des Pégases 2020

  • Meilleur jeu vidéo : "A Plague Tale : Innocence"
  • Meilleur jeu vidéo indépendant : "Night Call"
  • Meilleur jeu mobile : "Dead Cells"
  • Meilleur premier jeu vidéo : "Un Pas Fragile"
  • Meilleur jeu vidéo étudiant : "Don't Look"
  • Prix spécial de l'Académie "Au-delà du jeu vidéo" : "Alt-Frequencies"
  • Excellence visuelle : "A Plague Tale : Innocence"
  • Meilleur univers sonore : "A Plague Tale : Innocence"
  • Excellence narrative : "Life is Strange 2"
  • Meilleur game design : "A Plague Tale : Innocence"
  • Meilleur univers de jeu vidéo : "A Plague Tale : Innocence"
  • Meilleur(s) personnage(s) : Amicia et Hugo dans "A Plague Tale : Innocence"
  • Meilleur service d'exploitation (game as a service) : "Dead Cells"
  • Meilleur jeu vidéo étranger : "Metro Exodus"
  • Meilleur jeu vidéo indépendant étranger : "Outer Wilds"
  • Meilleur jeu vidéo mobile étranger : "Sayonara Wild Hearts"
  • Personnalité de l'année : Jehanne Rousseau, directrice du studio Spiders
  • Pégase d'honneur : Yves Guillemot, cofondateur et PDG d'Ubisoft
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