Revivez les plus beaux moments de Boomerang cette semaine : Augustin Trapenard recevait le créateur de parfum Serge Lutens, le comédien et metteur en scène Thomas Jolly, l’historienne Arlette Farge, l'auteur de BD Joe Sacco, et l'actrice et chanteuse iranienne Golshifteh Farahani.

"On ne peut pas dire les choses autrement qu'avec la beauté." : Le Best-of de Boomerang
"On ne peut pas dire les choses autrement qu'avec la beauté." : Le Best-of de Boomerang © Getty / Yifei Fang

Pablo Cotten a préparé rien que pour vous le best-of de Boomerang de la semaine à partir des entretiens d'Augustin Trapenard : 

11 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 7 février 2020

Par Pablo Cotten

Serge Lutens : "La beauté est une façon de dire les choses"

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SL : "J'ai peur du mot "créer" parce que j'ai peur d'être en concurrence avec Dieu bien qu'il n'existe pas. 

La création n'est pas volontaire, elle vous viole, c'est elle qui s'impose. Ce n'est pas nous la création, ce n'est pas un acte de lucidité. Vous n'avez pas le choix, vous devez trouver une sortie de secours.

Ce qu'on fait de plus beau, d'ailleurs, on ne le sait pas, ce sont les autres qui le voient.

La beauté est une façon de dire les choses, de les appréhender et de vous les communiquer. Même pour dire des choses terribles, on ne peut les dire qu'avec la beauté.

On ne peut pas dire les choses autrement qu'avec la beauté.

La beauté, je n'ai jamais su la définir, je ne peux pas la définir. Définir la beauté, c'est la tuer vu qu'au fond, elle n'a qu'un but, c'est de nous surprendre. Elle doit toujours être différente, monstrueuse si possible. C'est là qu'elle se cache, c'est dans le monstre. Ce n'est pas dans une espèce de fadeur, la beauté, ce n'est pas la fadeur, c'est ce qui nous surprend, c'est ce qui nous viole, c'est ce qui nous fait bouger, c'est ce qui fait qu'on a un déplacement en nous-mêmes, quelque chose, une électricité.

L'acteur a beaucoup plus de présence si rien de décoratif n'est représenté derrière lui.

C'est le corps de l'acteur, les lignes de force qui s'échangent entre les acteurs, ce qui est tissé par la matière de l'écriture qui finit par se voir, par se densifier. C'est ça qui fait spectacle dans l'imaginaire des spectateurs". 

Joe Sacco : "Je veux de la spontanéité"

Revivez l'entretien 

JS : "J'ai un crayon en main et dans l'autre, j'ai une gomme et je gomme sans cesse, c'est une vraie corvée. Le dessin n'est pas naturel chez moi, c'est une langue dans laquelle on ne réfléchit pas et on ne sait pas la décrire. Pour moi, c'est toujours bizarre de voir ces méthodes qui vous expliquent ce que c'est que la BD, qui vous expliquent comment en faire. Je n'aime pas regarder ces bouquins, je n'ai pas envie de savoir ce que je fais. Je ne veux pas de logique, de trajet vers A et B. Je veux de la spontanéité.

Je veux le mystère dans ce que je fais, je veux qu'il demeure, je veux rester instinctif.

J'ai toujours été attiré par les gens dont on ne parle pas assez, je leur prête l'oreille, car une voix, ils en ont déjà une : cette idée selon laquelle on donne une voix à ceux qui n'en n'ont pas, pour moi, elle est fausse car ils savent penser, ils parlent entre eux, c'est simplement moi le journaliste et nous le public occidental qui tendons l'oreille.

Je ne sais pas si j'ai des racines. Moi, ça me va d'être un étranger aux États-Unis. Le pays m'est familier, mais j'y suis un étranger. 

Je suis un de ces heureux étrangers qui aiment bien être des étrangers.

Pour moi, nous vivons dans un monde de grandes injustices, dans la société et entre les différentes sociétés. Aujourd'hui, il y a le réchauffement climatique, les choses vont grandement changer pour nous, on va avoir beaucoup de migrants, et je pose la question : de quelle cruauté allons-nous être capable ? Car le monde change très vite…" 

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Arlette Farge : "L'amour peut beaucoup, il peut vraiment beaucoup"

La page de l'émission

AF : "Je trouve que l'actualité ressasse souvent les mêmes propos et elle oublie des choses qui lui semblent peut-être sans intérêt et qui font qu'il y a énormément d'incidents, et même des personnes qui deviennent totalement invisibles…

Quand je travaille, je n'ai pas de doute parce que c'est comme si je voyais les gens, les entendais.

Le doute pour moi, c'est l'envie de le dépasser constamment non pas pour être dans la vérité, je sais que je ne suis jamais dans la vérité, que je ne cherche pas d'ailleurs parce que je pense qu'elle n'existe pas. Mais je veux être dans le vraisemblable, le véridique et dans la proximité, et plus que ça, je voudrais pouvoir dire aux gens que ce qui s'est passé hier, ça leur importe encore aujourd'hui, ils ne le savent pas, mais ils sont travaillés par cela sans le savoir. 

L'histoire, c'est de nous dire : "vous êtes compagnons de tous ceux qui ont existé avant vous".

🎧 RÉÉCOUTER - La carte blanche de l'historienne Arlette Farge

Golshifteh Farahani : "L'exil m'a construite"

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GF : "L'exil vraiment, je dis toujours que c'est comme perdre un bras qui ne va jamais pousser. Même si je rentre un jour en Iran, le bras est parti pour toujours. Je vais être handicapée pour toujours, mon âme est handicapée éternellement. 

L'exil, c'est dans mon sang. Je me lève avec, je mange avec, je dors avec.

Je pousse toujours les limites car pour moi, la phrase "Ce n'est pas possible", c'est la seule chose qui n'est pas possible dans ma vie car tout est possible". 

Thomas Jolly : "Le théâtre est une réalité augmentée"

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TJ : "La vie est super, je ne suis pas du tout dans un rapport dépressif à mon art. Mais par contre, le théâtre est une réalité augmentée. On vit plus fort, on crie plus fort, on est plus monstrueux, plus gros, plus intense. 

Le théâtre est une loupe sur notre humanité.

Donc forcément, quand on revient dans la réalité, on la perçoit mieux, comme si on s'extrait du monde à un temps pour y revenir, modifier, déplacer. Parce qu'à l'intérieur, les artistes et les spectateurs et spectatrices de l'assemblée remettent en circulation la pensée. 

Je pense que la pensée est arrêtée dans la vie, qu'une pensée arrêtée engendre de la violence, qu'elle soit verbale et physique ou même pire que ça, et que dans les théâtres, la pensée est remise en circulation et le théâtre est à la fois un art, mais à la fois un outil d'art.

Un acteur, c'est quelqu'un qui monte dans la lumière pour dire "C'est moi qui suis là". Voilà ce que je suis. Je vous le donne à voir et à entendre. Et c'est pour moi le plus beau des cadeaux d'avoir le courage de l'honnêteté de soi. Cette force-là c'est une forme de résistance. 

Tout ça me semble un peu être l'arrière-cuisine du désastre, entre un continent qui brûle, un virus qui se répand sur le monde, cette surdité, cet épuisement, j'ai l'impression qu'on est presque dans un scénario de mauvais film de science-fiction mais pourtant, c'est bien la réalité".

🎧 RÉÉCOUTER - Le Grand Atelier de Thomas Jolly

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