Le dernier roman de Françoise Sagan, inédit et inachevé, paraît aux éditions Plon avec une préface du fils de la romancière, Denis Westhoff. Retrouvé parmi les papiers laissés par l’écrivaine, ce texte permet, malgré des imperfections, de retrouver la petite musique de Sagan.

Le roman inédit de Françoise Sagan, "Les quatre coins du coeur", sera tiré à 80.000 exemplaire
Le roman inédit de Françoise Sagan, "Les quatre coins du coeur", sera tiré à 80.000 exemplaire © Radio France / Anne Audigier

Soit une vaste propriété provinciale dans les environs de Tours, La Cressonnade. Soit une famille bourgeoise, dont le chef, Henri Cresson, riche industriel, est facilement excédé par la présence des siens. Soit un fils unique, Ludovic, grièvement blessé lors d’un accident de voiture. Il rentre au bercail après deux années passées dans diverses cliniques et institutions psychiatriques. Ce retour n’enchante pas Marie-Laure, sa ravissante et frivole épouse. Le veuvage, pense-t-elle, plutôt qu’une existence aux côtés d’un époux qui passe pour mentalement diminué !

Voilà planté le décor de l’un de ces petits enfers bourgeois dont Sagan a le secret et dont elle déchiquette les usages à belles dents. "Pourquoi s’obstiner à brandir une coquille vide ?", demande Henri Cresson à Sandra, son imposante deuxième épouse, qui se pique de conserver en toutes circonstances un port de tête digne de son rang.

Le temps de 200 pages, on a retrouvé l’inimitable tempo de Françoise Sagan

L’élément perturbateur arrive en la personne de Fanny, la belle-mère de Ludovic, une femme moderne, à la beauté envoûtante, qui travaille dans une maison de haute-couture parisienne. Autant dire un monde aux antipodes de cette bourgeoisie étriquée, où le piano, un Bernstein "était abandonné dans cette pièce adjacente dédiée officiellement aux fumeurs, aux artistes et aux conversations abstraites, c’est-à-dire que, depuis vingt ans, elle était vide et déserte". La pièce au piano sera d’ailleurs le théâtre d’une scène d’une sensualité subtile. 

Fanny est la seule à voir Ludovic comme un homme sensible, intelligent et… terriblement séduisant. Sonder le cœur humain, c’est la grande force de cette femme libre, qui ne s’encombre pas de morale bourgeoise. Dès l’instant où elle commence son séjour dans cette famille dysfonctionnelle, elle saisit ce qui se joue. "Ici, il n’y avait rien. Juste des myopes qui avaient du mal à avouer les monstres qu’ils prétendaient ne plus être". 

Le roman est inachevé. Libre, donc, au lecteur, d’imaginer une fin, ou même plusieurs. Le temps de 200 pages, on a retrouvé l’inimitable tempo de Françoise Sagan. 

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