C’est un sujet qui agite, chaque année, la cérémonie des César : quelle place donner à la comédie, comment récompenser ces films qui nous font rire ? Un bon nombre d’œuvres n’ont jamais été récompensées par la profession, et surtout pas dans la catégorie “meilleur film”.

La scène de la cérémonie des César, au théâtre du Châtelet à Paris.
La scène de la cérémonie des César, au théâtre du Châtelet à Paris. © AFP / Patrick KOVARIK

Avec les films “Le Grand bain” ou “En liberté !” qui comptent une vingtaine de nominations à eux seuls, ce sont deux des grandes comédies de l’année passée qui sont mises à l’honneur cette année. Elles concourent d’ailleurs pour la catégorie “Meilleur film” de l’année. Mais aux César, pas de parité entre les styles : pour 2019, on compte dans les longs métrages récompensés une quinzaine de drames contre seulement sept comédies. 

Et ce n’est pas anodin si l’Académie a instauré l’an dernier le César du public (décerné à Raid dingue de Dany Boon). Ce prix spécial récompense l’œuvre qui a comptabilisé le plus d’entrées dans les salles obscures. Force est de constater que justement, en France ce sont les comédies qui restent les films les plus populaires. Mais remontons le temps : nous avons cherché parmi la catégorie reine - “Meilleur film” -, toutes les comédies qui ont été boudées.

Nommés… mais pas récompensés

Vous êtes prêts ? On se plonge dans les chiffres. Depuis 1976, le constat est sans appel : le genre dramatique est le plus représenté. Sur environ 230 films sélectionnés, toutes éditions confondues et à raison de quatre à six films selon les années, l’Académie des César a, pour cette catégorie sélectionné 143 drames soit 63 %. Ainsi, les comédies et comédies dramatiques ne représentent qu’un peu plus d’un quart du nombre de longs métrages qui ont pu prétendre au titre du meilleur film de l’année.

Quelques exemples : La vie est un long fleuve tranquille d’Étienne Chatiliez, Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré, Gazon maudit de Josiane Balasko, Taxi de Gérard Pirès, l’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne ou encore Le sens de la fête d’Olivier Nakache et Éric Toledano. On note également la présence de deux documentaires, Microcosmos : Le Peuple de l'herbe et Être et avoir qui racontait le quotidien d’une classe unique.

Malheureusement pour les films de cette liste-là, seuls neuf d’entre eux se sont vu attribuer la récompense ultime : le film de Guillaume Gallienne, par exemple, ou Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Ce dernier film est une sorte de contre-exemple : quatre récompenses pour neuf nominations.

Mais globalement, une fois le palmarès dévoilé, le rapport reste encore plus à l’avantage des drames et des policiers. Ils représentent quasiment les trois quarts de meilleurs films désignés par le César. Souvenez-vous de Camille Claudel, Les Ripoux, Le Pianiste et plus récemment Un prophète, Des hommes et des dieux, Amour ou 120 battements par minute. C’est toujours justifié, évidemment, mais ce ne sont, sans aucun doute, pas des films qui font rire aux éclats. 

Au fond, quel est le problème ?

D’abord c’est que, le plus souvent, bien que nommées - et parfois de nombreuses fois - les comédies repartent bredouilles. C’est exactement ce qu’il s’est passé en 2018 avec Le sens de la fête : dix nominations pour cette comédie qui racontait l’histoire de Max, un organisateur de mariages joué par Jean-Pierre Bacri (nominations dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, deux fois meilleur acteur dans un second rôle, meilleurs espoirs féminin et masculin, etc.). Résultat : pas une seule statuette à la fin de la soirée. Même chose ou presque pour Intouchables, en 2012 : 17 millions d’entrées, neuf nominations et un seul trophée pour Omar Sy.

En 2003, Huit femmes de François Ozon avait connu le même sort (huit nominations dont “meilleur film”, aucune récompense). Nicole Garcia avait aussi raconté sur France Inter que le plaisir des César était surtout “la nomination”. “La compétitivité est plutôt douce. Ce n’est pas comme Cannes [où les films jouent quelque chose]. Au César, ils ont vécu leur vie” estimait la réalisatrice. Il y a 20 ans, son film Place Vendôme avait été sélectionné dans douze catégories, sans recevoir la moindre statuette.

Mais les César sont-ils vraiment fâchés avec le genre comique ? Le reproche est peut-être injustement fait à l’Académie. Comme le rappelait le magazine Vanity Fair avant la cérémonie 2018, elle ne “déteste pas” les comédies populaires et on ne peut certainement pas lui reprocher de les “bouder”. La Cage aux folles, grand succès commercial, a été récompensé par un prix  du “meilleur acteur” attribué à Michel Serrault en 1979. Tout comme Le Dîner de cons, pour le personnage joué par Jacques Villeret

Beaucoup de second rôles salués, aussi, comme celui de Valérie Lemercier, dans Les Visiteurs en 1994. Certains diront enfin que Coluche aura été récompensé en 1984 pour son rôle de Lambert dans Tchao Pantin... parce qu’il avait franchi la barrière du dramatique. Un dernier exemple : une seule récompense pour Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, là encore un énorme succès populaire et critique : celle des meilleurs costumes.

Un prix de la meilleure comédie ?

En 2009, la polémique avait enflé autour du “cas Dany Boon”. Une seule nomination, celle du meilleur scénario, pour son pourtant cultissime Bienvenue chez les Chtis. La bourde a été réparée l’an dernier, Boon ayant reçu un prix récompensant le succès en salle de Raid dingue. Cette récompense, “prix du public”, sera normalement à nouveau décernée ce vendredi soir à Olivier Baroux pour Les Tuche 3. Mais lier les films populaires exclusivement au genre “comique” serait faire un raccourci. Pour satisfaire tout le monde, le comédien et réalisateur nordiste avait proposé l'idée d’un prix de la meilleure comédie. Il n’en a, pour l’instant, jamais été officiellement question.

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