En 2015, Edouard Elias reçoit le Prix Rémi Ochlik pour son reportage réalisé au sein d’un régiment de légionnaires français en Centrafrique, dans le cadre de l’opération Sangaris. Image décrite par son auteur, qui veut faire oublier son statut d'ex-otage.

NE PAS UTILISER !!!!!! 14 août 2014, Bambari, République Centrafrique, Opération Sangaris
NE PAS UTILISER !!!!!! 14 août 2014, Bambari, République Centrafrique, Opération Sangaris © Edouard Elias

Sur la photo, des officiers du régiment de légionnaires français, à Bambari en Centrafrique , attendent leur nouveau chef, qui vient prendre la relève, dans le cadre de l'opération Sangaris :

Le nouveau chef de corps arrive en hélicoptère, en arrière-plan, et les quatre militaires l’attendent. Une sorte de comité d’accueil, planté derrière des sacs de sable pour se protéger de la poussière. Le drapeau a de l’ancienneté et tout comme le matériel, il était usé.

Cette image est extraite d'un reportage réalisé au cœur de l’armée française en Centrafrique, avec un régiment de la légion étrangère. En effet, en 2014, Edouard Elias cherche un conflit à couvrir. « J’avais vu l’Ukraine, mais quand j’ai vu les reportages de Guillaume Herbaut , Eric Bouvet, Jérôme Sessini… j’ai pleuré. Ce sont de très bons photographes, très implantés, je ne me sentais pas de partir là-bas pour tout recommencer à zéro . »

En Centrafrique, il connaît aussi le travail de William Daniels, mais personne n’avait encore suivi « embedded » l’armée française. Une façon de repartir sur un conflit avec une armée organisée : « Le sujet n’avait pas vraiment été fait et je ne connaissais pas du tout l’armée française , » explique Edouard Elias.

Le photographe contacte l’Etat-major à Paris, discute avec eux, puis avec la DICOD (l’organe de communication de la défense). Il veut partir le plus longtemps possible : « Ils m’ont proposé de partir à Bambari, une ville paumée, à l’Est, avec la légion étrangère. C’est un endroit particulier, très proche des populations civiles et représentant bien le conflit centrafricain, notamment car il y a de grandes tensions entre les communautés », continue le photographe.

À cette période, je lisais Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Je suis arrivé en Centrafrique avec de gros costauds, avec des accents particuliers. Il y avait un énorme drapeau vert et rouge et à côté, un tout petit drapeau français, tout déchiré. Ça avait d’la gueule. Comme un petit bastion particulier, un vrai lieu de roman .

Les militaires français n’ont pourtant pas toujours de bonnes expériences avec les journalistes. Sommeillent encore l’enlèvement d"Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier. Ou plus récemment, le scandale de l'image d’un photographe de l’AFP, d’un légionnaire portant un masque avec une tête de mort… Mais pour Edouard Elias, l’intégration se passe plutôt bien :

J’ai trouvé des gens formidables, ils m’ont pris sous leur ailes. Ils ont été patients, tranquilles. Au début, certains ne voulaient pas être photographiés, que je rentre dans leur intimité, mais j’ai trouvé le moyen de travailler avec eux.

L’objectif de cette mission est d’éviter que les Centrafricains ne se fassent la guerre, d’éviter l’instabilité qui aurait pu influencer toute la zone. Les militaires sont en charge de désarmer les groupes armés, de faire en sorte qu’il n’y ait pas de violence entre les communautés. Une sorte de mission de maintien de la paix.

Le photographe décrit ce que cela entraînait comme conséquence pour son travail : « Chaque fois qu’on sortait, on devait se considérer en terrain hostile. Une seule personne communiquait avec eux, tout était pesé, encadré. Le chef du groupe militaire descendait parler au chef du village. Les rapports étaient cordiaux mais toujours sur la défensive. On ne pouvait pas savoir comment ça allait se passer. » Sur place, s’ils rencontraient des éléments pouvant semer le trouble, les légionnaires devaient les désarmer.

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Edouard Elias, c’est aussi le photographe qui a été, avec le grand reporter Didier François, otage du groupe Etat islamique en Syrie, pendant onze mois. Libéré en avril 2014, il n’aime pas ce statut d’ex-otage.

Ça n’existe que si on a envie de l’avoir. Passé un an en taule, est-ce que ça aide ? Je n’en sais rien. Au niveau professionnel, c’est plutôt la merde : on a une étiquette sur la tête, d’une chose qui t’es arrivée, et où tu n’as pas eu le choix. Les gens pensent « il bosse car il a été otage ». Donc je travaille comme un fou pour sortir de ce statut. Certains s’en sortent bien en surfant là-dessus, moi ce n’est pas mon cas. Je préfère être reconnu pour ce que je fais et non pour ce que j’ai subi.

Edouard Elias, âgé de 23 ans, a souhaité poursuivre ce travail avec l'armée. Il réalise actuellement un reportage photo dans une caserne, à Nîmes. Son sujet ? Un régiment de la Légion étrangère, principalement des jeunes ayant entre 18 et 24 ans. Il les suit lors des entraînements, des formations de spécialité : « On lesforme à devenir soldats ». Un travail qui sera publié dans les prochains mois.

►►► À DÉCOUVRIR - Le site d'Edouard Elias

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