La 92ème cérémonie des Oscars qui s'est déroulée dimanche à Hollywood a sacré, pour la première fois, un film non anglophone : le long-métrage coréen "Parasite", déjà Palme d'Or à Cannes en 2019. Renée Zellweger et Joaquin Phoenix ont remporté chacun un Oscar dans les catégories féminine et masculine d'interprétation.

  Han Jin-won et Bong Joon-ho, scénariste et réalisateur du film "Parasite", grand gagnant des Oscars 2020, posent avec leurs trophées
Han Jin-won et Bong Joon-ho, scénariste et réalisateur du film "Parasite", grand gagnant des Oscars 2020, posent avec leurs trophées © AFP / FREDERIC J. BROWN / AFP

Le film "Parasite" du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho est entré dimanche dans la légende des Oscars en devenant le premier long-métrage en langue étrangère à obtenir le prix du "meilleur film", récompense phare d'Hollywood. "On dirait qu'un moment très important dans l'histoire est en train de se jouer", s'est exclamée sur scène la productrice du film, Kwak Sin-ae, applaudie par le gratin de l'industrie du cinéma.   "Parasite" a déjoué de façon fracassante les pronostics qui voyaient un couronnement pour "1917", du Britannique Sam Mendes. Signe de l'engouement des professionnels, le film a aussi reçu l'Oscar du meilleur scénario original, tandis que Bong Joon-ho a été sacré "meilleur réalisateur".

► ECOUTER Bong Joon-ho au micro d'Augustin Trapenard. L'entretien avait lieu en mai 2019, le réalisateur coréen n'avait pas encore reçu sa palme à Cannes, ni ses récompenses aux Golden Globes, BAFTA, Oscars...

Brad Pitt "un peu sous le choc"

Trente ans qu'il refuse l'étiquette de beau gosse d'Hollywood et se protège de l'hystérie du milieu. Mais dimanche, en recevant son premier Oscar dans une catégorie d'interprétation, Brad Pitt a fendu l'armure.  "Je suis un peu sous le choc", a-t-il dit, après avoir reçu sa statuette de meilleur acteur dans un second rôle.  

Il s'est souvenu de son arrivée à Hollywood, sur un coup de tête, et de l'actrice Geena Davis et du réalisateur Ridley Scott qui lui ont "donné (sa) première chance" dans le film "Thelma et Louise" (1991), il y a près de 30 ans.  "Il était une fois à Hollywood, tout est dit", a-t-il conclu, en référence au film de Quentin Tarantino pour lequel il a été récompensé ("Once Upon a Time... in Hollywood").  

Intro en chansons 

Tout comme l'an dernier, l'Académie des Oscars avait choisi de se passer de maître de cérémonie pour redynamiser la formule, qui ne fait plus recette à la télévision. Elle a confié à la chanteuse et actrice Janelle Monae le soin de lancer la soirée avec un long numéro musical, qui rendait hommage à plusieurs des films en lice dimanche.  

L'artiste en a profité pour saluer "toutes les femmes qui ont mis en scène des films phénoménaux". Aucune femme n'avait été nommée à l'Oscar de la mise en scène. Janelle Monae a enflammé la salle qui lui a fait une ovation debout, avant que les humoristes Steve Martin et Chris Rock ne viennent égrener quelques réparties, mais dans une version très resserrée par rapport au traditionnel monologue.    

Un Oscar pour les Obama

Ils n'ont certes qu'acheté les droits de distribution du film et pas participé directement à la production, mais l'ex-couple présidentiel n'en a pas moins été associé à l'Oscar du meilleur documentaire, attribué à "American Factory".  Barack et Michelle Obama avaient acquis les droits du long-métrage sur le choc des cultures dans une usine de l'Ohio rachetée par un entrepreneur chinois, diffusé par Netflix.  "Félicitations à Julia (Reichert) et Steven (Bognar), les réalisateurs derrière "American Factory", pour avoir raconté une histoire si complexe et touchante au sujet des conséquences humaines de changements économiques déchirants", a tweeté Barack Obama après l'attribution de l'Oscar.    

Joaquin Phoenix "scélérat"

En achevant sa moisson qui l'avait déjà vu triompher aux Golden Globes et un peu partout ailleurs, l'Oscar du meilleur acteur Joaquin Phoenix ("Joker") a fait amende honorable.  "Dans ma vie, j'ai été un scélérat", a lâché l'acteur de 45 ans. "J'ai été égoïste, j'ai été cruel parfois, pénible au travail, (...) mais tant d'entre vous m'ont donné une seconde chance."  "Et je pense que c'est là que nous sommes à notre meilleur", a-t-il poursuivi. "Pas quand nous nous désavouons les uns les autres pour des erreurs passées."  L'acteur a fini en citant son frère River, acteur de talent décédé tragiquement d'overdose à 23 ans, en 1993: "Cours à la rescousse avec amour, et la paix suivra".    

Le souvenir de Kobe Bryant l'oscarisé 

Le réalisateur Spike Lee lui avait rendu hommage sur le tapis rouge avec une tenue mauve et jaune (les couleurs des Los Angeles Lakers) brodée du numéro 24, celui de l'ancien basketteur décédé dans un accident d'hélicoptère il y a deux semaines.  Lors de la cérémonie, Matthew Cherry, scénariste et co-réalisateur du court métrage animé "Hair Love", Oscar dans la catégorie, a salué celui qui l'avait emporté en 2018 avec son film "Dear Basketball".  "Ce prix est dédicacé à Kobe Bryant", a dit Matthew Cherry. "Puissions-nous avoir tous une seconde carrière aussi belle que la sienne."  Retraité de la NBA en 2016, Kobe Bryant s'était immédiatement lancé dans mille projets, dont "Dear Basketball", adapté d'une lettre ouverte au basket, la passion de sa vie. 

Le palmarès complet

  • Meilleur film : "Parasite"
  • Meilleur réalisateur : Bong Joon-ho pour "Parasite
  • Meilleure actrice dans un rôle principal : Renee Zellweger dans "Judy"
  • Meilleur acteur dans un rôle principal : Joaquin Phoenix dans "Joker"
  • Meilleure actrice dans un second rôle : Laura Dern dans "Marriage Story"
  • Meilleur acteur dans un second rôle : Brad Pitt dans "Once upon a time... in Hollywood"
  • Meilleur film documentaire : "Americain Factory"
  • Meilleur film international : "Parasite"
  • Meilleur film d'animation : "Toy Story 4"
  • Meilleur scénario original : "Parasite" de Bong Joon-ho
  • Meilleur scénario adapté : "Jojo Rabbit" de Taika Waititi
  • Meilleure musique originale : Hildur Guðnadóttir pour "Joker"
  • Meilleure chanson originale : "(I'm gonna) love me again" d'Elton John et Bernie Taupin, dans "Rocketman"
  • Meilleurs décors : "Once upon a time... in Hollywood"
  • Meilleur montage : "Le Mans 66"
  • Meilleur montage son : "Le Mans 66"
  • Meilleurs effets spéciaux : "1917"
  • Meilleure photographie : "1917"
  • Meilleurs maquillages et coiffures : "Scandal"
  • Meilleurs costumes : "Les filles du Dr. March"
  • Meilleur court-métrage : "The Neighbors' Window"
  • Meilleur court-métrage d'animation : "Hair Love"
  • Meilleur court-métrage documentaire : "Learning to skateboard in a warzone"
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