Un dimanche au Louvre

Dimanche 23 septembre, France Inter s’installait au coeur du Louvre, au lendemain de l’ouverture du nouveau département des Arts de l’islam.Pour faire découvrir aux auditeurs le dernier-né des départements du musée, imaginé sous un angle architectural, culturel et artistique, et pour leur faire partager la richesse de la collection des arts de l'islam, France Inter propose plusieurs rendez-vous en direct et en public :- 11h-12h On va déguster de François-Régis Gaudry- 12h-14h 3D le journal de Stéphane Paoli- 14h-15h Cosmopolitaine de Paula Jacques - 15h-17h Emission spéciale, présentée par Philippe Collin et Xavier Mauduit

Le département des Arts de l’Islam

Introduction de Sophie Makariou, directeur du département des Arts de l’Islam

Le département des Arts de l’Islam est l’aboutissement du plus grand chantier ouvert au musée du Louvre depuis les travaux du Grand Louvre. Dotée de plus de quinze mille objets et complétée par les trois mille cinq cent oeuvres déposées par le musée des Arts décoratifs, cette collection témoigne de la diversité des créations artistiques issues de mille deux cent ans d’histoire et d’un territoire déployé sur trois continents.

Les nouveaux espaces mettent ainsi en lumière l’une des col

lections les plus riches et les plus belles du monde dans le domaine des arts de l’Islam du VIIe au XIXe siècle.

Le musée du Louvre possède aujourd’hui l’une des collections les plus riches et les plus belles du monde dans le domaine des Arts de l’Islam. Près de 3 000 oeuvres de cette collection des Arts de l’Islam sont aujourd’hui présentées dans les nouveaux espaces de la cour Visconti.

En français, le mot « ISLAM » a deux sens : « islam » désigne la sphère religieuse et « Islam » évoque la civilisation. Pour parler de la religion, le terme « musulman » est également utilisé – c’est la formule employée à la genèse de cette collection, avec la création en 1893 d’une « section des arts musulmans ». L’importance prise par la notion d’« art islamique » à partir de 1946 élargit considérablement le champ d’étude : les appellations « Islam » et « art islamique » se sont alors imposées.Cette dénomination est aujourd’hui justifiée. En effet, l’« art musulman » désigne exclusivement l’art qui est destiné à la sphère religieuse . Cette définition est assez restrictive ; c’est l’art des mosquées, des copies coraniques, etc.. Mais le monde islamique dans son immensité, de l’Inde jusqu’à l’Espagne, sur plus de douze siècles d’histoire, se compose-t-il uniquement d’art religieux ? Bien sûr que non. Il a largement produit des objets pour des élites, dont il n’est d’ailleurs pas toujours assuré qu’elles aient été musulmanes. Et ces objets appartiennent au monde civil, au monde du pouvoir ; il est donc logique d’y appliquer le terme d’« islamique ».

La couverture de la cour Visconti Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti
La couverture de la cour Visconti Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti © M. Bellini – R. Ricciotti / Musée du Louvre © 2012 Musée du Louvre / Antoine Mongodin

De même, le monde islamique comprend des peuples non-musulmans, à l’instar de la Syrie, dont la population, au XIIe siècle, demeurait majoritairement chrétienne. Faut-il pour autant faire de la Syrie au XIIe siècle une province de l’art chrétien ? J’en doute.L’« ISLAM » fait beaucoup débat aujourd’hui. Pourtant, il faut accepter ce terme – ce que nous avons fait. Redonner sa grandeur à l’Islam et ne pas le laisser au djihadistes et à ceux qui le salissent est fondamental.

Bien évidemment, nous assumons ce mot, nous le portons, et nous avons fermement l’intention de le montrer dans l’immensité de ce qu’il recouvre, avec toutes les communautés qui ont constitué cette civilisation. Nous voulons dévoiler l’Islam de Qusta ibn Luqa, grand mathématicien chrétien et auteur d’oeuvres essentielles de la science arabe à Bagdad au IXe siècle, ou encore celle de Recemundo (Rabbi ben Zaïd), évêque de Cordoue, un familier de la cour du calife de Cordoue qui écrivait en arabe, mais aussi l’Islam de Moïse Maïmonide, grand savant juif qui a écrit son oeuvre en arabe, annotée en caractères hébraïques.

C’est cette immensité de contributions, ce creuset de peuples que nous avons voulu présenter, dans un projet architectural ambitieux et intellectuel. [....]Je suis allée régulièrement sur le chantier, en particulier avec la direction de la maîtrise d’ouvrage et Cristina Haye, sa directrice, dont je salue, ainsi que toute l’équipe, le travail formidable. J’ai été à chaque fois éblouie par la beauté de ce qui avait été créé. Dans ce très bel espace, réparti sur deux niveaux, s’opère une transition magnifique, de la lumière à l’ombre, à laquelle pourraient correspondre des commentaires mystiques qui iraient si bien avec ce qu’ont produit les mouvements soufis dans l’Islam. Ces nouveaux espaces des Arts de l’Islam sont donc adaptés aux collections et leur font se révéler encore davantage.À l’espace s’ajoute, bien-sûr, la rigueur d’un développement chronologique et d’un exposé didactique, accompagnés d’une médiation culturelle de qualité et d’innovations en terme de signalétique et de cartographie en particulier. Là aussi, les réponses esthétiques produites par Renaud Piérard sont tout à fait admirables ; c’est la création de vrais objets muséographiques qui ont grande allure.C’est tout cet enchantement que, j’espère, la découverte des nouveaux espaces du département des Arts de l’Islam amènera à ressentir.Texte extrait de Les arts de l’Islam au musée du Louvre, sous la direction de Sophie Makariou, coéd. musée du Louvre éditions/Hazan.

La verrière ondulante Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti
La verrière ondulante Musée du Louvre, département des Arts de l’Islam Architectes : Mario Bellini et Rudy Ricciotti © M. Bellini – R. Ricciotti / Musée du Louvre © 2012 Musée du Louvre / Philippe Ruault

Visuel de présentation : Lion de Mozon - © 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois

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