Au nord de Medellín, la ville d'Itaguï invite chaque 20 août depuis 1985 les travailleurs stressés à célébrer la paresse. Une idée inspirante à l'approche de la rentrée.

Un couple fête la journée de la paresse à Itaguï, au nord de la Colombie - 20 août 2017
Un couple fête la journée de la paresse à Itaguï, au nord de la Colombie - 20 août 2017 © AFP / Joaquin SARMIENTO

Ah qu'il est doux de ne rien faire disait Michel Carré et Jules Barbier dans l'opéra comique Galatée... La suite de cette citation indique : quand tout s'agite autour de vous. Une citation que la ville d'Itaguï aurait pu afficher dans ses rues ce dimanche 20 août. Alors que nous nous apprêtons à faire la rentrée des classes, cette ville colombienne fêtait la paresse. Les rues se sont fleuries de matelas et de hamacs accueillant les travailleurs stressés. Au programme donc bataille de polochons, concours du plus beau pyjama... L'objectif est ici non pas de dire non au travail mais de rééquilibrer sa propre vie.

Si Gaston Lagaffe n'a pas encore de statue érigée là-bas, c'est que la ville se porte plutôt bien en terme économique grâce à ses activités. Le fabricant de moto Auteco y est installé, tout comme la compagnie Carrefour. Et la ville semble être également réputée pour ses impôts... Une étude en 2013 menée par Bloomberg expliquait que la Colombie était le pays le plus soumis au stress au travail et le troisième sur les continents sud et nord américains. Le sixième dans le monde. Un chômage autour des 10%, insécurité, inégalité, corruption, pollution...

Carlos Mario Montoya était donc inspiré il y a 32 ans quand il a instauré cette journée de la paresse :

Nous voulions porter l'attention sur l'importance du temps libre et des loisirs.

En 2007, 24 % des hommes et 28% des femmes vivaient un haut stress dans leur travail selon une enquête nationale. A titre de comparaison, sur l'étude de Bloomberg, la France est 59e au classement des pays les plus stressés au travail. Selon une étude menée par la Fondation Européenne de Dublin, 38% des travailleurs français se considéraient comme tendus au travail. C'était en 2012 et à l'époque une autre étude menée par le même organisme soulignait les conditions de travail particulièrement négatives dans l'hexagone... En 2007, en France, on estimait le coût du stress au travail aux alentours des 3 milliards d'euros à la communauté en dépenses de soins, absentéisme... et 20 milliards au niveau européen.

A défaut de paresse, le 20 mars dernier, le conseil constitutionnel colombien autorisait ses travailleurs à boire de l'alcool et prendre des narcotiques sur leur lieu de travail. Ou plus précisément, vous ne pouvez plus être viré pour ces motifs. Cette légalisation du management par l'apéro est due à deux étudiants de Bucaramanga qui ont trouvé une faille dans la loi. Mais la législation colombien a quand même fixé des limites : cette consommation est autorisée si et seulement si elle n'empêche pas d'accomplir son travail, n'y ne crée une situation de risque.

Pas sûr que cette journée de la paresse d'Itaguï ne fasse des émules à travers le monde pour l'instant, même si nous fêtons les travailleurs chaque 1er mai et qu'une journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail se déroule chaque 28 avril. En cette année culturelle de la Colombie en France, peut être que nous pourrions nous en inspirer un peu à l'occasion de la réforme du travail...

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.