À l’occasion de la quatrième édition des Journées nationales de l’Architecture qui aura lieu du 18 au 20 octobre 2019, la Maison de l’architecture en Île-de-France met en avant le street art et sa place dans la ville.

Fresque murale dans le XIIIe arrondissement de Paris
Fresque murale dans le XIIIe arrondissement de Paris © Street Art Magic

On le remarque en général comme le nez au milieu de la figure. Le street art, quand il s'invite dans le paysage urbain, change la donne. Couleurs, tracés, styles, messages, peuvent donner à des murs haussmanniens des airs de cahier d'écolier gribouillé par des poètes, et des airs d'écrans revendicatifs à des tours de béton. Pour certains architectes et urbanistes, il est donc naturel de l'intégrer aux projets d'aménagement des villes.  

À l’occasion de la 4e édition des Journées nationales de l’architecture, la Maison de l’architecture Île-de-France invite le public à se familiariser avec les interventions des street artistes et des graffeurs. 

De l'avis d'Alberto Rochat, architecte et administrateur de la Maison d'architecture d’Île-de-France, l'atout du street art, c'est d'être plus accessible et mieux connu du grand public que l'architecture. Donc "le vecteur du street art pour faire parler de projets urbains permet de faire participer tout le monde".

À Ivry-sur-Seine, un projet urbain pour une réflexion collective et transversale 

Au-delà d'attirer le public, la Maison de l'architecture veut montrer que "l'enjeu est celui du lien social, mais aussi du maintien des artisans, des artistes, dans la vie des habitants. Si l'architecte devient une sorte de chef d'orchestre au carrefour des élus, des artistes, des bâtisseurs, pour la construction d'une ville, alors tout le monde pourra s'approprier les projets urbains", plaide Alberto Rochat. 

Ce qui clairement pose la question de la commande de fresques par les pouvoirs publics à des artistes. Si dans le monde du street art, certains veulent rester dans la tradition des "vandales" et revendiquent marginalité et interventions non-autorisées, d'autres artistes se prêtent volontiers à la commande publique.  Les exemples sont désormais assez nombreux pour être montrés à l'occasion de ces journées grand public. 

Cas particulier de ces rencontres possibles entre plusieurs disciplines et collaboration possible des habitants : le ferry-Ivry est un projet urbain participatif connecté à Berlin et Porto, avec des échanges économiques, touristiques et économiques dans une logique d’industrie créative. Il a donné lieu à une réflexion sur la maîtrise du foncier, sur la lutte contre la gentrification, la place de l’art dans la ville, de l’artisanat, des artistes, de la démocratie participative. 

Il sera visité lors des journées nationales d'architecture. 

À Vitry-sur-Seine, une association pour gérer les créations dans l'espace public

Chaque collectivité a sa manière d'intégrer le street art dans ces projets. Les élus laissent plus ou moins de liberté, coordonnent plus ou moins les interventions. 

À Vitry, c'est l'artiste C215 qui, dès 2008 donnait le la, en voyant que la ville n'effaçait pas les graffitis. C215, pochoiriste bien connu du bitume parisien, a profité de l'aubaine jusqu'à ce que la mairie de Vitry ne se rapproche de lui, pour encourager les initiatives des graffeurs de la commune. C215 a ensuite passer le relais à Vitry'n Urbaine, association chargée de gérer les projets.  

Ce type d'expérience a fini par faire changer les habitudes dans Paris même, ou dans des institutions très sérieuses comme l'Université de Rennes, le Commissariat à l'énergie atomique à Saclay, qui ont sollicité C215 pour poser sur les murs de leurs bureaux, ou les armoires électriques dans les rues du Ve arrondissement, des portraits de chercheuses et chercheuses illustres. 

XIIIe arrondissement de Paris, la liberté

Dans le XIIIe arrondissement de Paris, la Galerie Itinerrance propose un parcours de fresques à ciel ouvert, témoignages des interventions des artistes les plus talentueux qui se sont exprimés sur les murs de la ville. Cela témoigne de la volonté de la mairie d'arrondissement de "laisser s'exprimer" les artistes sur son territoire, et même de susciter la visite des plus talentueux d'entre eux dans ses quartiers. Un mur de béton paré d'une grande fresque est-il encore un mur ? 

Fresque sur une tour du XIIIe arrondissement de Paris
Fresque sur une tour du XIIIe arrondissement de Paris / D*Face / Itinerrance

D'autres exemples peuvent être cités de l'intégration du street art dans les projets architecturaux et seront évoqués lors des conférences de la Maison de l'architecture. 

Au Stade de France, l'artiste Marko 33 a placé les lieux sous la protection de son emblématique animal totem, le jaguar. 

L'intervention de Marko93 sur le site du Stade de France
L'intervention de Marko93 sur le site du Stade de France / Marko93

La gare RER Rosa Parks, nœud de communication pour l’est parisien est utilisée par des millions de franciliens. L’association GFR y a créé un espace d'expression pour les artistes. GFR développe des méthodes diverses d’implication des habitants dans le processus de création des artistes. À l’approche artistique, elle mêle des temps de réflexion sur une thématique sociale, d’égalité ou de vivre ensemble, explorée par les habitants avec des chercheurs, sociologues, urbanistes, aménageurs, écrivains.  Après avoir mené le projet de fresques de la gare Rosa Parks, elle s'est attelée par exemple aux œuvres artistiques de la ligne T11 à Plaine Commune, qui relie les villes d’Épinay-sur-Seine, de Villetaneuse, de Pierrefitte-sur-Seine, de Stains et de La Courneuve.

Le couvent des Récollets, dans le Xe arrondissement de Paris, siège de la Maison de l'architecture d’Île-de-France, proposera pour ces journées nationales, des visites gratuites, une exposition "un œil sur l’Art urbain", des œuvres "ART-chitecturales" créées pour l’occasion, une performance artistique, une conférence/débat, des ateliers pédagogiques, des balades urbaines à Paris 13e et Vitry-sur-Seine sur le street art et le graffiti et même une expérience musicale immersive.

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