Tendre un micro n'amène pas toujours une réponse. Ainsi, hier, Leslie Caron m'ouvre-t-elle sa porte. Je viens l'interroger devant ses livres ou films de chevet, dans son appartement situé face au Musée d'Orsay. Un jeune chien jappe, joyeusement. La comédienne de 79 ans, vedette d'"un Américain à Paris", lui lance une balle. Le petit jeu commence à durer. Une gène s'installe. Leslie Caron s'asseoit sur son canapé. Je lui propose de commencer et de choisir le domaine qu'elle souhaite évoquer. Mal à l'aise, elle se frotte nerveusement les mains et confie : "Vous savez, quand je travaille, je ne me concentre que sur ce travail, je ne fais rien d'autre, ou alors je regarde des séries télé... Mais voilà je n'ai rien d'autre à vous dire, désolé..." Et je repars, bredouille.Comment lui en vouloir? A chaque fois que l'exercice fonctionne avec un écrivain ou un artiste, je suis toujours admiratif. Qu'y a-t-il de plus difficile que de parler de ses lectures et donc de soi ? Les candidats au Livre Inter témoignent souvent de cette difficulté. Ils ont passé des heures à réfléchir à la lettre de motivation qu'ils doivent adresser au jury de France Inter chargé de les sélectionner sur leurs lectures et leur manière de se décrire. Redoutable exercice. Et puis mardi, j'ai rendez-vous avec une journaliste du "Pèlerin" qui souhaite connaître ma bibliothèque. Et depuis une semaine, je tourne devant mes romans, mes livres de photo, j'hésite, je prépare des idées, mais j'ai tort : l'exercice est réussi quand la personne interrogée redécouvre spontanément ses livres. Quand lui revient le plaisir éprouvé en lisant. Leslie Caron est donc évidemment pardonnée!

October 10, 2008 - Photo by Stephen Shugerman/Getty Images North America
October 10, 2008 - Photo by Stephen Shugerman/Getty Images North America © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.