J'ai passé ma vie à cherche l'ouvre-boîtes
J'ai passé ma vie à cherche l'ouvre-boîtes © Radio France / Giovanni Cittadini Cesi

« J’ai passé ma vie à chercher l’ouvre-boîtes… » Un titre surréaliste pour un pièce à l’humour décapant. Elle est l’œuvre de l’auteur et réalisateur Maurice-Domingue Barthélémy ( l’un des anciens Robin des Bois de Canal +). C’est l’histoire d’un enfant qui observe sa drôle de famille « soixante-huitarde » . Le spectacle se joue au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 30 décembre 2012, et il est interprété par l’acteur Jean-Quentin Châtelain.

L’action se déroule dans une petite commune de l’Oise, à Verberie (elle existe réellement). Marcel-Trinidad est une sorte d’anthropologue familial . Il ausculte les moindres faits et gestes de la tribu qui l’entoure. Il y a ses frangines avec leur rire « sado, gastrico, sarcastique ». Le père qui a enterré ses Paris-Match sur la guerre d’Algérie au fond du jardin. La grand-mère qui conduit un 2CV années 30 immatriculée 57. L’oncle, ancien militaire de carrière qui continue d’organiser des manœuvres dangereuses en forêt. Ou encore la tante « qui utilise les quatre quarts de son temps dans les toilettes ».

Ce texte a été un vrai coup de cœur pour le comédien Jean-Quentin Châtelain

Il fallait bien un acteur de la trempe de Jean-Quentin Châtelain pour incarner ce personnage . Il a de l’allure avec son pull et son écharpe tricotés main, et ses longs cheveux gras ! Entre blagues potaches (Marcel-Trinidad adore tirer les sonnettes des gens surtout quand ils sont dépressifs) et situations totalement désopilantes (il fait une crise de claustrophobie dans un pull en poil de chat), le spectacle est un pur moment d’humour décalé.

Cette pièce permet à Jean-Quentin Châtelain (élève de Claude Régy) de sortir de son univers habituel, lui qui est plus habitué à des textes sérieux du répertoire.

Un extrait de la pièce. La scène de la douche

> Quand tu dors le matin, à Verberie (Verberie, c’est un petit village d’irréductibles Gaulois Picards), t’as toutes les chances d’être réveillé : soit par la porte d’entrée qui claque, soit par la chasse d’eau qui n’arrête pas de couler parce qu’elle n’a pas été secouée suffisamment, soit par le bruit de la perceuse maniée par le père qui, très actif le dimanche, a des besoins subits de reconstruire la maison, soit par la clochette d’entrée secouée frénétiquement par Dalila (la femme de ménage sourde et muette qui a perdu sept de ses dix doigts à la mort de son mari), soit par la machine à laver le linge qui, quand elle essore, provoque un tremblement de terre de niveau 4 sur l’échelle de Brandt, soit par la langue glacée et humide du chien qui, après avoir gratté pendant les dix heures de sommeil à la porte, a finalement réussi à s’infiltrer dans son lit, soit par les aboiements d’otarie poussés par la fameuse Dalila aux trois doigts parce que le chien s’est une fois de plus sauvé et qu’en passant il a fait pipi sur les fleurs du fleuriste d’à côté, soit par l’éternuement aigu et répétitif de ce même voisin fleuriste qui est allergique au pollen (ce qui n’est pas forcément un atout quand on fait ce métier), soit par les coups de gueule que pousse monsieur Moucheron (le coiffeur d’en face) parce que, finalement, le chien a atterri sur les housses en éponge des sièges de voiture qu’il nettoyait depuis l’aube à la pince à épiler, soit par une samba vraiment tropicale que ma sœur Corila met à toute blinde dans le salon (étant donné qu’elle est dans la salle de bains et comme le salon n’est pas dans la salle de bains... il faut bien entendre quelque chose), soit par le bruit que fait mon autre sœur Edilo dans l’escalier parce qu’elle a curieusement oublié qu’entre le premier et le rez-de-chaussée il y a un étage, soit par la fumée noire du soufflé au fromage laissé dans le four depuis la veille par mon autre soeur Mentine, soit, soit, soit par le bruit que fait ma mère quand elle ne dort pas.
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