Il y a un an jour pour jour débutait la dernière saison de "Game of Thrones". Cela a donné à la philosophe Marianne Chaillan l'envie de revenir sur cette série phénomène. Et d'en tirer des leçons, une typologie de réactions possibles, pour affronter le confinement.

Game ot thrones peut-il nous aider à penser le confinement ?
Game ot thrones peut-il nous aider à penser le confinement ? © AFP / JONATHAN NACKSTRAND

Mariane Chaillan : "Il y a presque tout juste un an était diffusée la dernière saison de Game of Thrones et on ne connaissait pas vraiment notre chance. Notre principal souci était de savoir qui monterait sur le Trône de fer.

Pour nous, la longue nuit, la guerre des vivants contre les morts, ce n'était que des fictions. Nous aurions pourtant dû entendre l'avertissement "Winter is coming", l'hiver approche. Parce que maintenant, l'hiver est là, la "Grande Guerre" aussi. 

Ces fictions n'étaient pas que des fictions 

Notre longue nuit est là aujourd'hui et la nuit est sombre et pleine de terreur. Si la série de HBO nous a prévenus de ce qui nous attendait, elle a aussi intéressé avec des accents freudiens, une sorte de typologie des réactions possibles face à ce que nous traversons aujourd'hui. 

Elle nous a ainsi appris que face à la terreur, certains trouvent secours dans la foi, cette illusion consolatrice qui offre pour aujourd'hui le sentiment d'une protection et, pour demain, l'espérance d'une vie future. 

Mais face à la terreur, certains n'ont pas ce recours. Ils affrontent seuls la réalité cruelle et leur finitude. Pour eux, plus que pour les autres encore, la nuit est sombre et pleine de terreur, comme le dit la sorcière rouge Melisandre. 

Heureusement, on n'affronte pas la réalité de la mort sans découvrir aussi la pulsion de vie

Thanatos et Eros, mort et désir forment un couple indissociable.

Comme Arya Stark, on n'affronte pas le Roi de la nuit sans être porté par un immense appétit de vivre. La veille du combat, Arya fait l'amour avec Gendry. Et Tyrion s'abandonne avec volupté aux plaisirs de la boisson. Les amis, les familles savourent la joie d'être ensemble, peut-être pour la dernière fois. 

Affronter la longue nuit, c'est découvrir en même temps notre finitude, et en même temps, notre appétit furieux de vivre. Et si l'hiver est là pour nous, aujourd'hui ironiquement, il nous frappe en plein cœur du printemps. C'est un oxymore savoureux dans notre lutte face à ce virus mortel. Les arbres qui fleurissent au dehors symbolisent cet élan vital, la lutte d'Eros face à Thanatos.

Et les fans de la série le savent :  il n'y a qu'un seul Dieu et son nom est la mort. Et il n'y a qu'une seule chose à dire à la mort: "Pas aujourd'hui". Et chacun de nous, en ce moment, se bat à la place qui est la sienne en disant courageusement au virus comme Arya au Roi de la nuit. : "Pas aujourd'hui.""

ECOUTER | Grand bien vous fasse dans laquelle cette chronique a été diffusée.

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