Romancier prolifique et protéiforme, Philippe Roth était une figure majeure de la littérature du XXe siècle.

Philip Roth en 2011 lors d'une cérémonie à la Maison Blanche
Philip Roth en 2011 lors d'une cérémonie à la Maison Blanche © AFP / Jim WATSON

L'oeuvre de Philip Roth a exploré sans relâche l'identité du Juif américain.  Il fait partie des grands auteurs, passionné d'histoire de l'Amérique. Il portait un regard lucide et subversif sur la société américaine. 

Philippe Roth était notamment l'auteur de Portnoy et son complexe, Ma vie d'homme, La Contrevie, La tâche et Pastorale Américaine. 

Son credo pourrait s'énoncer ainsi : "comment l'histoire de l'Amérique  gâche-t-elle la vie des gens simples".

Il évoquait ainsi régulièrement dans ses livres le quartier de Weequahic, à Newark, où il a grandi, avant que des émeutes raciales en 1967 ne transforment radicalement la ville, vidée d'une bonne partie de ses habitants blancs.

Dans "J'ai épousé un communiste", il décrit le climat de haine et d'intolérance du maccarthysme. Dans Pastorale américaine, on est au cœur des années 60, au cœur de la violence de la société américaine, et au final Roth y décrit l'effondrement du rêve américain.

Dans ses romans, c'est la brutalité, l'ironie et le tragique qui l'emportent.

Le complexe de Portnoy l'a fait connaître à la fin des années 60. Ecrit sous la forme d’un long monologue, ce roman de la quête de soi passe par la conquête de la parole et la psychanalyse : à 33 ans, Alexander Portnoy, devenu un brillant avocat, livre ses souvenirs les plus cocasses.  Les rapports entre les hommes et les femmes sont au cœur de l'oeuvre de  l'écrivain, explorés avec exubérance et élégance. 

Ses personnages sont à l'image de son Alexander Portnoy, adolescent si libidineux qu'il a des relations sexuelles avec son gant de baseball.  Un autre de ses personnages, David Kepesh est un professeur qui se transforme en un sein de femme.  

Roth a dominé la littérature américaine avec quelques autres auteurs comme Saul Bellow ou John Updike.

Updike et Bellow , avec leurs lampes de poche nous éclairent sur le monde tel qu'il est maintenant, moi je creuse un trou et fait briller ma lampe de poche dans le trou.

Dans La Tâche, il dénonce le règne du convenable et du politiquement correct aux Etats-Unis, à travers l'histoire de Nathan Zuckermann et son voisin. Le roman a remporté un succès public y compris en France. Le livre est publié au moment de l’affaire Lewinsky - Clinton. C’était en août 1998. Sur le campus de l’université d’Athena, une petite ville de Nouvelle-Angleterre, un groupe de jeunes professeurs discute. « Monica, dit l’un d’eux, c’est elle qui a collé un thermomètre dans le cul du pays ! ». La Tache raconte l'histoire de Coleman Silk, ancien doyen, éminent professeur de lettres classiques, a été poussé à la démission car injustement accusé de racisme anti-noir.

Souvent cité pour le prix Nobel de littérature, Philippe Roth ne l'a jamais obtenu. 

En Amérique, lire est un tabou.

Philip Roth, homme secret, vivait entre New York  et le Connecticut. Pessimiste par nature, il et avait cessé d'écrire en 2012. Il considérait que les Etats-Unis n'était pas un pays favorable à la littérature, et que l'Amérique de Trump était devenu à ses yeux un cauchemar. 

Le témoignage de Josyane Savigneau, journaliste au Monde, qui avait rencontré Philippe Roth il y a quelques mois. 

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Philippe Roth, vu par Josyane Savigneau

Par Nicolas Demorand
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