Première grande exposition dédiée à cet archipel en Europe, PHILIPPINES, Archipel des échanges, réunit un ensemble de 310 oeuvres précoloniales incontournables - sculptures, poteries, textiles, parures - sélectionnées dans les collections publiques et privées philippines, américaines et européennes.Aux confins de la mer de Chine, l’archipel des Philippines compte plus de 7 000 îles et s’étend sur 1700 kilomètres. Sa situation géographique – entre Taïwan et l’Indonésie – et l’histoire de son peuplement depuis l’arrivée des Austronésiens ont généré des expressions artistiques fortes et variées. C’est sous le prisme de l’échange que sont mis en lumière les objets de cette civilisation dont le socle est la réciprocité. Symbolique ou économique, l’échange met en relation des êtres visibles et invisibles.L’exposition est organisée en 3 parties :les oeuvres traditionnelles des montagnes et vallées des Hautes Terres du Nord ; les textiles, costumes et parures du guerrier et enfin l’influence du réseau maritime sur les productions des côtes et des archipels du sud.L’exposition propose deux regards . Le premier, tourné vers la Terre, invite à percevoir à travers les expressions artistiques des montagnards des hautes terres de Luçon et de Mindanao, les empreintes austronésiennes transmises par les ancêtres des philippins. Le deuxième regard est tourné vers la Mer. Il interroge les échanges que les Sultanats de Sulu et de Mindanao ont noué avec les Indiens, les Chinois et les Malais. C’est aussi à travers les routes maritimes anciennes que les cités portuaires de l’archipel ont livré un grand nombre de splendides bijoux en or.

Méconnus en France, les arts des Philippines sont rarement montrés dans leur totalité et leur diversité. A partir de ces objets singuliers, porteurs de sens, nous rendons hommage à toutes les expressions artistiques. Cette exposition est une invitation à la découverte de cultures complexes, parfois anhistoriques, dont le socle est la réciprocité. Constance de Monbrison, commissaire de l’exposition

Parcours de l'exposition

En introduction de l’exposition, une carte et une chronologie présentent l’histoire du peuplement et le peuplement des Philippines par les Austronésiens vers 3.500 av. J.-C . L'ancienneté et le dynamisme des routes maritimes de la mer de Chine, dès l'époque préhistorique – des Nusantao, des Sama, des Luzones, des Bugis – qui, au cours des siècles, ouvrirent de nouvelles voies commerciales, sont également mis en lumière.

Présentation de l'exposition par Sophie Becherel dans le journal de 7h du 9 avril.

SECTION I : AU COEUR DES HAUTES TERRES : Empreintes Austronésiennes

 Divinité du riz bulul 15-17ème siècle
Divinité du riz bulul 15-17ème siècle © musée du quai Branly, photo Claude Germain - collection Alain Schoffel

Cette 1ère partie de l'exposition est dédiée aux empreintes artistiques et rituelles du monde austronésien dans les arts des Hautes Terres du nord de Luzon et de Mindanao. Les oeuvres présentées – objets de la vie quotidienne ou dédiés aux rituels – sont nées de ces sociétés qui valorisent le prestige, l’accumulation des richesses, et les hauts faits guerriers.Illustrant la communion de l’Homme avec la Nature, cette 1ère partie interroge les formes de création qui assurent continuité et équilibre entre les différents mondes (supérieur, intermédiaire, inférieur). Divinités, signes extérieurs de richesses, magie, poésie, parures et autres prestiges des guerriers dessinent en filigrane l’histoire des hommes sous le signe de l’échange. - Ile de Luzon : les arts de la Cordillera

Les Ifugao, Bontoc, Gadang, Tinggian, Kalinga, Isneg, Ilongot forment une mosaïque de groupes linguistiques qui vivent dans la Cordillère du nord de Luzon entre les montagnes et vallées où des rizières épousent les méandres d’un paysage montagneux.Ainsi, l’exposition s’ouvre sur ces sociétés du riz et de leurs expressions artistiques.- būlul, les divinités du riz. Parmi les déités ifugao, les divinités du riz (būlul) occupent une place de choix. Souvent sculptés par paire, les būlul illustrent les principes d’union et de réciprocité des énergies masculines et féminines dans la vision du monde dyadique des Ifuga.- L’univers du Mumbaki Dans l’univers du prêtre mumbaki, des boîtes servant aux rituels de la vie quotidienne et des objets plus mystérieux destinés aux rituels de magie noire sont utilisés.

Boîte rituelle
Boîte rituelle © radio-france / musée du quai Branly, photo Patrick Gries

- Être Kadangyan

Le noble, Kadangyan, se doit de montrer ses richesses. Le maintien de son rang passe par l’organisation de fêtes et la réalisation de sculptures dont le banc hagabi signe son importance dans la hiérarchie sociale.- Le raffinement du quotidien Un jeu sur l’équilibre des formes et l’attention aux détails confèrent aux objets usuels proposés une beauté singulière.- Parures Les parures de corps et les tatouages sont des symboles forts. Ils indiquent la place de l’individu dans son groupe, son village. Les parures sont présentées selon les matériaux : nacre, perles de verre, coquillages.- Devenir un Homme La guerre et la chasse aux têtes font partie des étapes importantes de la vie d’un homme accompli. Cette sous-section est consacrée aux objets qui accompagnent le guerrier : les motifs qui ornent les corps des hommes tatoués, les bambous gravés, les boucliers…- Tisser les brins (vanneries) Une présentation des vanneries mène le visiteur du Nord vers le Sud en soulignant successivement la perfection ou l’étrangeté des formes des pièces présentées.

veste et pantalon
veste et pantalon © musée du quai Branly, photo Claude Germain

SECTION II : LES HAUTES TERRES DE MINDANAO : la métamorphose du guerrier en héros Le déploiement des richesses de la classe noble traversée par des rivalités pour maintenir son statut fut un puissant stimulant artistique tout comme l’exaltation du prestige des guerriers. Cette seconde partie de l’exposition est dédiée aux textiles, costumes et parures du guerrier.Dans la mythologie de l’ethnie Bagobo, porter un vêtement resplendissant métamorphose le caractère et l’identité : le guerrier se transforme alors en Malaki (héros de mythologie).SECTION III : AU COEUR D’UN RÉSEAU MARITIME L’exposition aborde l’histoire des routes maritimes et des échanges commerciaux au long cours ou par cabotage. C’est au sein de cette gouvernance maritime que sont révélées les influences indiennes, indonésiennes, arabes et chinoises des objets présentés.- Ile de Palawan : chasser et offrir Les chasseurs-cueilleurs des montagnes de Palawan maintiennent un équilibre et une relation de respect avec les richesses que leur offre la forêt. Ainsi, après toute prise de chasse, une offrande est faite aux Maîtres des Sangliers, des Poissons, des Fleurs, des Arbres, du Riz, à la Dame de la Mousson… Ce sacrifice écarte la malchance, éloigne l’angoisse et la mort.Les objets des chasseurs et les offrandes sont associés à un accrochage de photographies contemporaines qui montrent les chasseurs maniant leurs armes et évoluant dans l’atmosphère de la forêt.

Tenture tabil
Tenture tabil © musée du quai Branly, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado

- Rayonnement des Sultanats (Mindanao et Sulu) Par opposition aux montagnes, les côtes et les archipels du sud ont vu s’épanouir les sultanats et les expressions vitalistes artistiques chères au raffinement du monde musulman.De par sa position géographique stratégique entre Mindanao et Bornéo et son dynamisme, l’archipel des Sulu profita d’un commerce actif et devint avant le 17e siècle le centre le plus riche et le plus important des Philippines.C’est un monde formel empreint de vitalisme (bouton de fleurs, oiseaux, ramures) qui se déploie sur la surface des objets.- L’Âge d’or des cités Avec l’Âge d’or des cités portuaires, l’exposition progresse dans l’histoire des Philippines avant l’arrivée des européens.Divers âges de commerce se sont succédé avec la dynastie chinoise des Song dès le 10e siècle, les thalassocraties du monde malais, Srivijaya à Sumatra (7-14e siècle), Mojopahit à Java (13-15e siècle) qui accompagnèrent l’Âge d’or des cités comptoirs de l’archipel.Le port de nombreux bijoux, au-delà de l’embellissement du corps, atteste de l’extraordinaire expertise technique atteinte dans le travail de l’or de cette région, qui explique les vertus associées à ce métal puissant.

Jarre de secondes funérailles
Jarre de secondes funérailles © musée du quai Branly, photo Neil Oshima

- Archéologie : Les objets funéraires

Enfin, l’archéologie invite à remonter le fil du temps et à rencontrer les ancêtres et leurs cultes funéraires. Les objets mis au jour dans les fouilles témoignent d’une grande virtuosité technique dès le Néolithique avec la présence de poteries aux formes élégantes et de bijoux.Les objets présentés dans cette dernière partie sont les jarres de première et seconde funérailles, et les pièces trouvées dans ces jarres (or, céladons, cornaline, bijoux de verre et de jade) qui relèvent d’un premier commerce. Les fouilles archéologiques révèlent aussi le périple des céramiques et des porcelaines chinoises, thaïlandaises et vietnamiennes qui sont devenues pour les Philippins des biens non échangeables avec lesquels ils se sont fait inhumer.

Autour de l'exposition

Colloque international - La situation actuelle et l’avenir des peuples indigènes des Philippines, de leurs cultures et de leurs traditions. Les Jeudi 25/04 - vendredi 26/04/13 - Salle de cinéma

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