Et si nous profitions de cette si singulière période de confinement pour faire une balade philosophique ? Que peuvent nous offrir ces maîtres à penser pour mettre à profit ce temps infini qui s'offre à nous. Abordons l'un des courants philosophiques les plus connus avec son inventeur : Sartre et l'existentialisme.

Jean-Paul Sartre
Jean-Paul Sartre © Getty

Si la philosophie existentialiste a connu ses heures de gloire et de polémiques, son concepteur lui, demeure malgré sa disparition il y 40 ans toujours autant encensé par ses adeptes que critiqué par ses détracteurs. 

Jean-Paul Sartre est né en 1905 à Paris dans le quartier chic du 16e arrondissement. C'est après l'Ecole Normale Supérieure qu'il passe l'agrégation de philosophie en 1929 et fait à cette même période la rencontre avec Simone de Beauvoir. Il enseigne la matière au lycée du Havre, puis à Neuilly en 1937.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est soldat puis fait prisonnier, il rédige son premier essai qui deviendra son œuvre philosophique majeure, L'Être et le Néant. Recruté comme reporter dans le journal Combat en 1944 par Albert Camus, il bénéficie d'une énorme popularité après guerre comme chef de file du mouvement existentialiste qui devient alors une véritable mode. 

L'Etre et le Néant, est le grand traité de l'existentialisme. Ardu, il aborde les rapports entre conscience et liberté et s'articule autour des thèmes comme l'existence, la responsabilité de l'être intime, l'angoisse inhérente de nos consciences face à l'avenir et à sa liberté d'échapper à l'enchaînement des causes et déterminations naturelles.

Jean Paul Sartre ne croit pas en Dieu et donc les hommes n'ont pas d'autres choix que de prendre en main leur destinée à travers les conditions politiques et sociales.

Venons-en à la définition générale de "l'existentialisme" en consultant le Larousse : "Doctrine philosophique qui met l'accent sur le vécu humain plutôt que sur l'être et qui affirme l'identité de l'existence et de l'essence, ou leur parfaite complémentarité".

L'existentialisme est un humanisme, le contexte

En 1945, Sartre publie les deux premiers tomes d'un roman intitulé Les chemins de la liberté, et le succès est mitigé tout autant que deux de ses ouvrages, Le sursis et L'âge de raison, qui ont choqué les intellectuels de l'époque. Son existentialisme est alors mis à mal.

Jean Paul Sartre :

Le reproche essentiel qu'on nous fait, on le sait, c'est de mettre l'accent sur le mauvais côté de la vie humaine. Une dame dont on m'a parlé… lorsqu'elle lâche un mot vulgaire déclare en s'excusant : "je crois que je deviens existentialiste".

C'est à la demande du Club Maintenant, créé à la libération dans un but d'offrir une animation culturelle et littéraire, qu'il donne le lundi 29 octobre 1945 à Paris, une conférence pour présenter un aperçu des plus justes de sa philosophie. Ce texte est publié l'année suivante, à peine retouché, sous le titre L'existentialisme est un humanisme.

Sartre y explique ses thèmes de prédilections et illustre sa philosophie par des exemples concrets afin de schématiser son concept.

Examinons quelques uns de ces thèmes afin de voir ce qu'en cette période de confinement, cette pensée élargie de l'existentialisme peut nous apprendre sur notre rapport au monde et sur nous-mêmes.

L'homme est ce qu'il fait

Nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible… l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action… L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme.

L'homme est pleinement responsable

Ainsi, la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce  qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence… nous ne voulons pas (seulement) dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes… Ainsi notre responsabilité engage l'humanité entière.

Au sujet de l'homme qui invente l'homme, Sartre fait grand cas d'un de ses élèves pendant la guerre face à un dilemme afin d'illustrer des thèmes comme les morales, valeur et sentiment, le choix et l'engagement…

Alors que cet homme existentialiste est responsable de ce qu'il fait et de ce qu'il est, se posent plusieurs questions notamment celle du libre arbitre et de la liberté en générale.

La liberté 

Il n'y aucune raison pour que vous ne le soyez pas, mais je déclare que vous l'êtes, et que l'attitude stricte de cohérence est l'attitude de bonne foi… lorsque je déclare que la liberté, à travers chaque circonstance concrète, ne peut avoir d'autre but que de se vouloir elle-même, si une fois l'homme a reconnu qu'il pose des valeurs de délaissement, il ne peut plus vouloir qu'une chose, c'est la liberté comme fondement de toute valeur… Les actes des hommes de bonne foi ont comme ultime signification la recherche de la liberté en tant que telle.

Liberté, un mot qui résonne comme jamais dans nos consciences alors que des voix s'élèvent contre un confinement qui serait l'expression la plus abjecte à l'encontre de ce droit élémentaire inscrit dans l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Mais voilà, confinés nous sommes, confinés nous resterons pour une partie de la population. Et dans ce cas, quelle attitude adopter ? Se résigner ou transcender ? 

Que vaut la philosophie existentialiste sur ce terme de "transcendance", dont le religieux n'a pas le monopole (bien que cet aspect soit abordé à bien des égards dans la conférence de Sartre).

La transcendance 

C'est en poursuivant des buts transcendants, qu'il [l'homme, ndlr] peut exister ; l'homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, il n'y a pas d'autres univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité. Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l'homme, mais au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement… au sens où l'homme n'est pas enfermé en lui-même mais présent toujours dans un univers humain, c'est ce que nous appelons l'humanisme existentialiste.

Le théâtre et le roman sont pour Jean-Paul Sartre un moyen de diffuser ses idées grâce à des mises en situation concrète (Huis clos, Les mains Sales, La nausée...). Il mène une vie engagée en se rapprochant du Parti communiste en 1950, tout en gardant un esprit critique, avant de s'en détacher en 1956 après les événements de Budapest.

Jean-Paul Sartre fût auteur de roman mais également de théâtre, média important de diffusion de ses idées qui, même après sa période communiste, ont conservé ses positions socialistes, contre la bourgeoisie, l'américanisme et le capitalisme, sans oublier l'impérialisme. 

Homme de combats, Sartre prend position contre la Guerre d'Algérie et la Guerre du Vietnam, les boat-people.... et va même jusqu'à refuser en 1964, le prix Nobel de littérature (il explique les raisons de cette décision au micro de Jacques Chancel presque dix ans plus tard sur notre antenne).

Bibliographie

  • La Nausée (1938), Jean Paul Sartre, Collection Blanche, Gallimard
  • L'Etre et le Néant, Jean Pau Sartre, Première parution en 1943, Nouvelle édition corrigée par Arlette Elkaïm-Sartre en 1994, Collection Tel (n° 1), Gallimard
  • L'existentialisme est un humanisme (1945), Jean Paul Sartre, Présentation et notes d'Arlette Elkaïm-Sartre, Collection Folio essais (n° 284), Gallimard, 1996

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