Pourquoi ne pas profiter de cette période singulière de confinement pour profiter d'une balade philosophique ? Et si ces maîtres à penser pouvaient nous offrir quelques clefs pour appréhender autrement ce temps infini qui s'offre à nous ? Aujourd'hui Simone Weil, la philosophe ouvrière.

Simone Weil
Simone Weil © AFP / Leemage

L'œuvre de Simone Weil est immense tout autant que les études et ouvrages sur ses écrits et sur ce "personnage". Personnage à appréhender au sens le plus tendre et singulier du terme tout comme l'est sa philosophie qui, sans instituer un nouveau système, se veut une manière de vivre, non pour accumuler et accroître des connaissances mais pour être dans la vérité.

Née dans une famille alsacienne d'origine juive et agnostique, elle se convertit à partir de 1936 au catholicisme et n'a de cesse d’approfondir dans ses écrits sa quête personnelle de la spiritualité chrétienne mais aussi d'une spiritualité "élargie".

D'inspiration chrétienne, disciple d'Alain, elle avait obtenu son agrégation de philosophie en 1931, puis renonçant à l'enseignement, elle fût ouvrière chez Renault en 1934/35 avant de s'engager l'année suivante dans les Brigades internationales lors de la Guerre d'Espagne.

De son vivant, son œuvre publiée se réduit à quelques articles mais elle laisse cependant une quantité de manuscrits divers qui seront gardés par ses parents et par ses amis.

Des inédits ont pu être découverts à la suite d'un examen des "papiers" qui ont été mis à la disposition des éditeurs : embryons de textes abandonnés en cours de rédaction, cahiers et carnets non reproduits dans les éditions antérieures, notes préparatoires à des cours ou à des travaux sans oublier la correspondance familiale et générale. 

Ainsi en 1988, Gallimard s'est lancé dans l'édition des œuvres complètes de Simone Weil qui, ainsi réunies, forme seize volumes répartis en sept tomes.

D'autres éditeurs comme Plon, la Tempête, RN édition…etc. proposent les œuvres de la philosophe.

"La pesanteur et la grâce"

Nous avons choisi La pesanteur et la grâce car ce livre est une bonne introduction à la pensée de Simone Weil, en montrant l'aspect le plus intime de son travail au jour d'une destinée si singulière. 

Ce recueil tiré des manuscrits contient l’essentiel de la pensée de Simone Weil sur l’amour, le mal, le malheur, la violence, la beauté.

Un travail colossal de "recomposition" d'aphorismes et de textes brefs que l'on doit à Gustave Thibon à qui la philosophe avait confié ses manuscrits.

La pesanteur et la grâce offre donc une succession de réflexions sur des thèmes qui, bien que variés, sont  d'une cohérence qui frappe au cœur, au corps et l'âme car portée par l'expérience spirituelle et l'exigence même de son travail ainsi que de ses choix tout au long de sa vie.

Nous avons sélectionné parmi la quarantaine de thèmes, ceux qui en cette période si singulière, pourraient faire écho… renonçant au passage à ces textes plus religieux ou en rapport avec la pensée grecque (elle commente la philosophie de Platon et voit en lui, le père de la mystique occidentale).

Morceaux choisis, à déguster sans modération…

Simone Weil dans le chapitre intitulé  "L'attention de la volonté" écrit au sujet de la solitude :

Solitude. En quoi consiste le prix ? Car on est en présence de la simple matière (même le ciel, les étoiles, la lune, les arbres en fleurs), de chose de moindre prix (peut-être) qu'un esprit humain. Le prix en consiste dans la possibilité supérieure d'attention. Si on pouvait être attentif au même degré en présence d'un être humain…

Et plus loin sur son thème de prédilection : "Décréation"

Si nous considérons à un moment déterminé  - l'instant présent, coupé du passé et de l'avenir – nous sommes innocents. Nous ne pouvons être à cet instant que ce que nous sommes : tout progrès implique une durée. Il est dans l'ordre du monde, à cet instant, que nous soyons tels. Isoler un instant implique le pardon. Mais cet isolement est détachement.

Puis sur "Le mal

L'acte méchant est un transfert sur autrui de la dégradation qu'on porte en soi. C'est pourquoi on y incline comme vers une délivrance.

Simone Weil s'interroge aussi sur la société et les "citoyens" notamment dans ce chapitre "La lettre sociale"

La révolte, si elle ne passe pas immédiatement dans des actes précis et efficaces, se change toujours en son contraire, à cause de l'humiliation immédiate produite par le sentiment d'impuissance radicale qui en résulte. Autrement dit, le principal appui de l'oppresseur réside précisément dans la révolte impuissante de l'opprimé.

Et plus loin

Tout homme est esclave de la nécessité, mais l'esclave conscient est bien supérieur.

Et enfin pour conclure sur "Le beau"

La beauté, c'est l'harmonie du hasard et du bien.

Simone Weil, philosophe, écrivaine, ouvrière et militante révolutionnaire meurt le 24 août 1943. Après un détour par New York, elle avait choisi de rejoindre la France combattante à Londres en 1942.

C'est à Ashford dans le comté  de Kent qu'elle décède à l'âge de 34 ans de la tuberculose et sous le coup de privations qu'elle s'était imposée par solidarité avec les restrictions qui frappaient alors la population française. 

Bibliographie

Pour aller plus loin

AFFAIRES SENSIBLES présenté par Fabrice Drouelle du Vendredi 26 septembre 2014 : Simone Weil, 1943.

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