Les coachs envahissent notre quotidien, plus de 20.000 personnes auraient été formées au coaching en France en 2018. Ce phénomène qui nous vient des Etats-Unis semble récent et pourtant en 1841, le philosophe américain Ralph Waldo Emerson publiait un texte baptisé "La confiance en soi".

Photographie de Ralph Waldo Emerson - Bibliothèque du Congrès
Photographie de Ralph Waldo Emerson - Bibliothèque du Congrès

La confiance en soi est le premier secret du succès.

Cette phrase du philosophe Ralph Waldo Emerson pourrait être l'exergue de l'un de ces manuels de développement personnel que l'on voit fleurir partout sur les étagères des librairies et des magasins spécialisés dans la distribution de produits culturels.

Le coaching, c’est le nouveau métier à la mode et ils sont de plus en plus nombreux à se déclarer experts en tout, prêts à nous dévoiler les clefs d'une attitude positive menant à l'accomplissement de soi et au succès. 

Ralph Waldo Emerson appartient  à un autre siècle, il est né en 1803, et ne propose pas exactement ce type de méthode. Admirateur de Montaigne, le philosophe nous invite non à conquérir et révéler un soi déjà déterminé, préexistant et figé en nous, mais davantage à l'inventer en affirmant sa singularité et par ce mouvement à accomplir un dépassement perpétuel, une transcendance communiant avec l'universel.

La confiance en soi

Essayiste, philosophe et poète, chef de file du mouvement transcendantaliste - mouvement qui croit en la bonté inhérente des humains et de la nature - américain du début du XIXe siècle, Ralph Waldo Emerson publie dans un recueil de textes baptisé Essais, en hommage à Montaigne, un article qu'il intitule : La confiance en soi.

Ralph Waldo Emerson donne en premier lieu, le secret de la confiance en soi : il faut croire en sa propre pensée au lieu d'en avoir honte, en puisant dans l'intuition. Puis il explique quels seront les deux principaux obstacles à surmonter : le conformisme et la cohérence avec soi-même, qui elle nous attache à nos actes passés et à nos paroles.

Pour Ralph Waldo Emerson il faut :

Croire en notre propre pensée, croire en ce qui est vrai pour nous dans notre propre cœur, est vrai pour tous les autres hommes : cela est le génie.

Au regard du philosophe, c'est le manque d'une profonde conviction en nos pensées devenues paroles qui fait défaut à celui qui aspire au succès. Citant Moïse, Platon ou John Milton, Ralph Waldo Emerson explique que ce que tous ces hommes ont en commun est d'une part, qu'ils ont réduit à néant les livres et les traditions et d'autre part, qu'ils ont accepté et affirmé leurs pensées autant qu'elles puissent leur paraître singulières voire étranges.

Dans chaque œuvre de génie, nous reconnaissons les pensées que nous avons rejeté ; elles nous reviennent avec je ne sais quelle majesté d'abandon.

Une fois ces idées assumées, nous devons leur être fidèles et d'une certaine façon faire preuve d'obstination dans le désir de les exprimer.

Emerson non-conformiste 

Pour Emerson, dans nos actes et surtout dans nos paroles, il nous faut adopter l'attitude des enfants qui eux, s'expriment librement en s'affranchissant de bien des convenances :

L'enfant est le maitre de la société ; indépendant, irresponsable, regardant de son coin sur les gens et les faits qui passent auprès de lui, il les juge, il prononce sur leur mérite dans le vif résumé familier aux enfants, il les déclare bon ou mauvais, intéressants, éloquents, niais, ennuyeux. Il ne s'inquiète pas des conséquences, des intérêts ; il donne un verdict indépendant et naïf. Vous pouvez le flatter, lui il ne vous flatte pas.

A l'inverse, l'adulte est emprisonné par la conscience qu'il a de lui même. Cette invitation à se réconcilier avec l'enfance convoque cette puissante parole propre à la jeunesse. Malheureusement la société la corrompt, elle exige en monnaie d'échange à la sureté, une attitude que l'homme adopte, une vertu qu'elle érige en coutume : le conformisme. Et Emerson appelle à clairement refuser cette attitude :

Celui qui veut être un homme doit être non-conformiste. Celui qui veut conquérir les palmes immortelles ne doit pas être troublé par le nom du bien, mais doit chercher où est le bien. Rien n'est aussi sacré que l'intégrité de notre esprit. 

Pour Emerson, l'homme doit s'écouter fondamentalement, ignorer l'opinion des autres, car :

vous trouverez toujours des hommes pénétrés de la pensée qu'ils savent mieux que vous-même quel est votre devoir.

Il est aisé de se conformer à l'opinion du monde, mais en adoptant cette attitude, l'homme dissémine sa force. Et c'est une tache difficile et ambitieuse d'aller à contre courant, plutôt que vers soi.

Le philosophe dénonçant cette servile conformité, trouve un autre argument à développer dans cet empêchement à la confiance en soi : la peur de décevoir les autres hommes en affirmant nos opinions.

Si vous voulez être un homme, dites fermement ce que vous avez pensé aujourd'hui en mots aussi rudes que des boulets de canons ; demain dites ce que vous penserez avec des paroles aussi franches, bien qu'elles contredisent tout ce que vous avez dit aujourd'hui.

Pour Emerson, l'homme doit être ferme et percutant en affirmant ses opinions, même changeantes. Il doit les soutenir comme seule vérité de l'instant. Et c'est à cette seule condition qu'elles gagnent en force. 

Chaque action honnête et naturelle à cette heure à son heure : si une seule porte ce caractère, toutes les autres s'harmoniseront, aussi dissemblables qu'elles paraissent.

Affirmer sans détours ses opinions certes, mais en utilisant quelle faculté de l'esprit ? 

L'intuition

Emerson affirme qu'il faut avoir "foi" en nos propos, en nos intuitions, qu'il nomme la sagesse primordiale. L'intuition est notre seule boussole pour adopter un cap qui peut varier en fonction de nos destinations. Par opposition à d'autres moyens de "connaître" qui sont des méthodes acquises, seule l'intuition, essence du génie et de la vertu, doit inspirer nos paroles.

Dans l'intuition est la fontaine de l'action et la fontaine de la pensée. C'est en elle qu'est le souffle de cette inspiration qui donne à l'homme la sagesse, de cette inspiration qui ne peut être niée sans impiété et sans athéisme.

Cette intuition, pour Emerson, nous relie à l'essentiel, au substrat primitif et au divin également, insufflant à nos paroles la vérité emprunt de vertu.

Il est ainsi aisé de voir qu'une plus grande confiance en soi, un nouveau respect pour la divinité de l'homme, doit accomplir une révolution dans tous les emplois et dans toutes les relations des hommes, dans leur religion, dans leur éducation, dans leurs recherches, dans leur manier de vivre, dans leurs associations, dans leur propriété, dans leurs vues spéculatives.

Pour conclure, le philosophe affirme qu'ainsi, la confiance en soi trouve sa source philosophique dans cette perception immédiate qu'est l'intuition par laquelle l'âme est en relation avec l'esprit divin. Les êtres sont appelés dans une communion universelle à transcender par leurs propres paroles leur propre être et ainsi toute la société.

N'oublions pas que le père d'Emerson était pasteur et qu'il a lui même suivi des études en théologie avant d'accéder à une charge liturgique. Même s'il démissionne en 1832, la question de la présence et des manifestations de Dieu occupe une place centrale dans sa philosophie

Emerson, dès 1832 ,voyage en Europe avant de revenir s'installer à Concord où il se lie d'amitié avec Henry David Thoreau. C'est à cette période qu'il publie anonymement son premier livre La Nature. Il s'affirme alors comme une figure majeure du mouvement transcendantaliste – croyance en la bonté inhérente des humains et de la nature - et dès 1837, prône une créativité transcendée par le Divin. 

En 1860, Emerson prend position contre l'esclavage, contre la loi obligeant tout citoyen à aider à capturer les esclaves fugitifs. Il publie alors La Conduite de la vie puis dix ans plus tard après la parution d'un recueil baptisé Société et Solitude, il se rend de nouveau en Europe. De retour aux Etats-Unis, malade, il meurt d'une pneumonie aggravée le 27 avril 1882 à Concord dans le Massachusetts. 

Enterré au cimetière de Sleepy Hollow, on peut lire sur sa tombe en épitaphe :

Le maitre docile passe la main, à la grande âme qui l'a prévu.

Bibliographie

Pour aller plus loin

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