Né sous la plume de Simenon en 1929, le commissaire Maigret fête ses 90 ans. À cette occasion, les éditions Omnibus publient "Tout Maigret" : 75 romans en dix volumes pour (re)découvrir le flic le plus célèbre de la littérature. Trois questions à Pierre Assouline, biographe de Georges Simenon.

Georges Simenon à Milan en 1957 avec un air de Jules Maigret
Georges Simenon à Milan en 1957 avec un air de Jules Maigret © Getty / Mondadori Portfolio / Emilio Ronchini

Tout Maigret est une édition anniversaire avec des couvertures originales de Jacques Loustal et des préfaces inédites, signées de diverses personnalités, de Pierre Assouline à Bertrand Tavernier en passant par l’Américain Douglas Kennedy, ou la romancière populaire Françoise Bourdin… tous "maigretophiles". 

France Inter : Comment expliquer l'exceptionnelle longévité du commissaire Maigret ?

Pierre Assouline : "Maigret est l’archétype du personnage universel et intemporel, tout en étant très local. Jules Maigret a quelque chose de très français. Pourtant, il est connu, aimé et apprécié au Japon, en Australie, en Espagne, en Italie, partout, et depuis très longtemps. 

Il y a eu une époque où il avait moins la cote. C’est l’époque où est apparu l’inspecteur Colombo à la télévision, incarné par Peter Falk. Il avait de telles ressemblances avec Maigret que les gens préféraient le nouveau. Puis il a suffi qu’il y ait une nouvelle série Maigret à la télévision avec un interprète hors pair, Bruno Crémer, pour que sa cote remonte. S’il n’a jamais disparu, c’est avant tout parce qu’il a des qualités humaines exceptionnelles. C’est à ces qualités humaines qu’il s’en remet pour résoudre une affaire et non pas à la technologie ou à l’équipe. C’est un homme, doté d’une intuition, et qui a pour devise la devise de Simenon, 'comprendre et ne pas juger'. Ce qu’on aime en lui c’est qu’il est resté un homme, une personne, un être vivant."

Quels rapports Simenon entretenait-il avec le commissaire Maigret ? 

Pierre Assouline : "Simenon entretenait des rapports complexes avec Maigret. Il disait souvent qu’il écrivait ses enquêtes du commissaire Maigret pour se délasser, entre deux romans 'durs', deux romans 'de la destinée'. Il en voulait un peu à Maigret car pour beaucoup de gens, Simenon, c’était d’abord l’auteur du commissaire Maigret. Il trouvait que sa créature avait pris trop de place, au détriment du créateur, c’est-à-dire, lui. Il pensait que l’essentiel de son œuvre était ailleurs. Sur les 200 romans parus sous le nom de Georges Simenon, seuls 75 sont des enquêtes du commissaire Maigret. Et puis après, il s’y est fait.

Pour moi, aujourd’hui, ce qu’a écrit Simenon est un tout. Il faudrait prendre les 200 romans, c’est-à-dire les romans durs et les enquêtes de Maigret, et les réunir sous un même bandeau qui serait 'La condition humaine'."

Simenon a-t-il des héritiers parmi les auteurs de polars contemporains ?

Pierre Assouline : "Simenon a influencé beaucoup d’écrivains français, y compris des auteurs de polar. Quand vous lisez Jean-Patrick Manchette, Hervé Prudon ou Thierry Jonquet, vous ne sentez pas forcément l’influence du commissaire Maigret. Je pense que c’est sur le plan purement humain, j’allais dire olfactif, que l’on peut trouver une imprégnation. L’influence est diffuse, impressionniste. D’autant que les romans de ces auteurs français, qui sont parmi les meilleurs, ont une dimension sociale et politique très forte qu’on ne trouve pas chez Maigret. Chez Maigret, c’est l’homme nu."  

Six des 10 tômes de cette réédition avec des couvertures originales de Jacques Loustal et des préfaces inédites
Six des 10 tômes de cette réédition avec des couvertures originales de Jacques Loustal et des préfaces inédites / Omnibus
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