Pour le 50e anniversaire de la série et avant la sortie du film de Besson qu'elle a inspiré, le Festival de la BD d’Angoulême rend hommage au Space opéra de Mézières et Christin.

Dans l'exposition Valérian de la case à l'écran
Dans l'exposition Valérian de la case à l'écran © AD/France Inter

Il présente une exposition : Valérian, de la case à l’écran. Rencontre avec Christin, le scénariste de la série.

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Jean-Claude Mézières ?

Notre première rencontre a eu lieu dans les caves pendant la Seconde Guerre mondiale. Pendant les menaces de bombardements des alliés, puisqu’on était vers la fin du conflit. Nous, les enfants, on nous mettait à l’abri, mais on s’ennuyait ferme. On dessinait avec nos loupiottes. Moi, j’avais de l’ambition : j’ai dessiné une poule. Malheureusement : elle avait quatre pattes. On a beaucoup ri. Je pense que j’ai brisé ma carrière de dessinateur ! Puis on s’est un peu perdu de vue pour se retrouver vers 15 ans quand Jean-Claude Mézieres est allé dans une école de dessin pas très loin de là où j’étudiais…

Vous avez étudié aux Etats-Unis. Qu’est-ce que cette expérience américaine vous a apporté pour l’écriture ?

Ce qui m’a attiré dans la littérature américaine : un goût du concret. Les grands écrivains savent de quoi ils parlent. Ils enquêtent d’abord. Et, souvent, il manient l’humour.

Dans quel état d’esprit étiez-vous quand vous vous êtes lancés dans l’aventure de Valérian ?

A l’époque, la science-fiction française était toujours une histoire de super-héros. Moi, à l’exception de Batman, je détestais les super-héros. Alors même que j’ai découvert plus tard que les auteurs de ces comics étaient plutôt des gens de gauche. Mais le côté "combat du bien contre le mal" américain m’énervait.

C’est pourquoi j’avais envie d’un premier rôle qui soit sympathique, mais un peu comme tout le monde, sans supers pouvoirs. La deuxième idée à laquelle je tenais, c’était de faire de la place aux femmes. Dans les comics, elles étaient souvent des bimbos, des potiches qui disparaissaient assez vite de l’histoire. Au fond la BD de l’époque, c’était des histoires de vieux petits garçons écrites pour des petits garçons avec plein de voitures…

Je trouvais ça curieux : parce qu’en littérature et au cinéma, il y avait de vraies personnages de femmes. Les dessinateurs ne sont pas si manches qu’ils ne puissent pas dessiner de jolies femmes. Je voulais que l’héroïne soit l’égale du héros. Je voulais aussi que la BD soit un reflet de son temps, un miroir grossissant de la société. Et quand j'ai imaginé Valerian et Laureline, c’était l’époque de la conquête de l’espace - avec un coté naïf, mais ça ne fait rien. L'idée était de se projeter dans le futur pour dénoncer des aspects de la société.

Pourquoi avez traité de l’écologie dans Valérian ?

A l’époque, l’écologie en France, c’était zéro. Le mot était à peine employé. Il faudra attendre les années 1970, pour que le concept prenne davantage d’ampleur parce qu’on pouvait le dessiner. Il me semblait que le rapport avec une réalité naturelle, belle, dangereuse parfois, soyeuse pouvait être un bon sujet… Le métal, l’industrie en roman, ça ne donne pas grand-chose. En dessin, la nature, on la voit : tout de suite ça donne quelque chose. Je suis certes un homme des villes, mais je suis aussi très « fleu-fleur », promenade dans la campagne... Ça me plaisait de mélanger les deux types de récits, surtout si ça se passe sur une autre planète avec une végétation extraordinaire, une faune et une flore totalement inattendues… Quand, dans les années 1970, je décrivais dans les années 2000, je me disais : « là, tu y va un peu fort dans le pessimisme ! » Mais en fait, ce qui s’est passé est pire ! La Terre pratique une sorte de suicide lent.

Valérian de la case à l"écran
Valérian de la case à l"écran © Aucun(e)

Vous attendiez-vous lorsque vous vous êtes lancés dans Valérian à un succès pareil 50 ans après ?

C’est la surprise du siècle ! De plus, Valérian était, pour moi, un amusement. J’avais un autre métier à côté : je travaillais comme journaliste. J’étais fan de SF, et il était de bon ton de dire que seuls les Américains savaient faire de la science-fiction. Ça m’a piqué au vif. Très honnêtement je pensais que nous ferions un, deux ou trois albums maximum, puisqu’à l’époque, nous étions publié dans Pilote et que très peu de BD paraissaient en album. On était partis un peu nez au vent…

Quels conseils donneriez-vous à un scénariste débutant ?

Il doit opérer un travail sur lui-même pour se débarrasser de la « littérature », de la logorrhée, de l’idée qu’il faut parler, parler, parler. Non ; il faut faire confiance au dessin ! Il y a des tas de choses qu’il ne faut pas dire, parce que c’est le dessin qui va l'exprimer. Même s'il faut des dialogues. En BD, la dynamique est importante ! Il faut que ça avance : qu’on aille d’une case à l’autre…

Dans l'exposition Valérian de la case à l'écran
Dans l'exposition Valérian de la case à l'écran © Aucun(e)
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