Certaines émissions laissent une marque indélébile dans notre mémoire d'auditeur. Le Tribunal des Flagrants délires en fait partie. Deux saisons durant, oui seulement deux saisons, Claude Villers et sa bande ont animé les fins de matinée d'Inter en secouant quelque peu leurs invités.

Pierre Desproges, le 16 octobre 1980
Pierre Desproges, le 16 octobre 1980 © Radio France / Roger Picard

Nous sommes en 1980. Pierre Desproges a 40 ans ! 

Grace aux quelques mois qu'il a passé dans l'équipe du Petit Rapporteur, il a acquis une certaine notoriété. Après son départ de l'émission dominicale, il retourne à L'Aurore, mais garde un pied sur les plateaux de télé pour des prestations assez improbables. 

Il participe aux Minichroniques de Gosciny. Une série de sketches humoristiques et burlesques sur la vie quotidienne des Français diffusée à Noël en 1976 et 1977. Il réalise de fausses interviews avec Thierry Le Luron, et notamment le fameux "Entretien au coin du feu" où Le Luron campe un Valery Giscard d'Estaing plus vrai que nature.   

Il est le professeur Corbiniou dans L'Île aux enfants. On le voit régulièrement dans Quatre Saisons. Il commettra également, fin 1979, avec Jean-Luc Prévost (ancien monteur du Petit Rapporteur devenu réalisateur de l'émission animalière) une série de pastilles, au sommet de l'absurde, pour 30 millions d'amis.

Côté radio, Pierre Desproges sévit aux côtés de Thierry le Luron sur France Inter, dans _Le Luron du samedi_, qui deviendra Le Luron de Midi puis Des parasites sur l'antenne. C'est à cette époque que Claude Villers lui parle de son nouveau projet : transposer l'interview d'un invité dans un tribunal avec président, avocat, procureur, assesseur, costumes, décors... Et Villers lui propose le "rôle" du procureur de la République. Desproges hésite. Il reconnaîtra plus tard qu'il n'y croyait pas. Mais il y va. Et il ne va pas le regretter.

J'étais très fier de cette émission parce que ça pétillait.

Rétrospectivement, et au vu de l'impact et des souvenirs qu'a laissé l'émission, sa courte durée d'existence est encore plus étonnante. Deux saisons (septembre 80 / juin 81 de 11h à midi puis septembre 82 / juin 83 de 11h à 12h30). Et même pas consécutivement, Claude Villers ayant pris la direction des programmes de RMC en 1981.

L'équipe du Tribunal
L'équipe du Tribunal © Radio France / Roger Picard

One man show

Desproges s'amuse. Alors qu'il avait la sensation d'occuper un strapontin dans l'équipe du Petit Raporteur, il découvre ici le plaisir du travail de groupe. "Pendant l'émission, c'est le bonheur parfait", déclare-t-il à Téléstar en décembre 82. "Comment faire du comique à plusieurs si l'on ne s'entend pas ?"

je ne me suis jamais tant amusé professionnellement.

Le groupe se transforme en troupe, puisque l'émission part en tournée et sillonne la France. Villers ou Rego au volant, Desproges n'ayant pas le permis. Le procureur de la république Desproges évoque ces balades à travers le pays dans son réquisitoire contre Marthe Mercadier le 6 janvier 1981 : "Même si cela doit nous déplaire, même si cela doit être pénible pour nos chères épouses et pour nos chers enfants, nous devons savoir tout quitter quand il le faut pour aller porter la justice de l'Etat là où l'on cherche à la bafouer".

Le tribunal en déplacement à Grenoble avec Guy Bedos
Le tribunal en déplacement à Grenoble avec Guy Bedos © Radio France / Roger Picard

Il découvre également un nouvel exercice : "C'est là que j'ai vu que je pouvais fonctionner seul devant un public" (Les Pages rousses du petit Larose - France Inter - 9 nov 85). C'est là aussi qu'il a commencé à partir dans d'autres directions que "les clowneries pures".

Mais la médaille a son revers. Desproges est un maniaque. Ses dix minutes d'antenne quotidienne lui demandent du temps, beaucoup de temps : "C'était l'usine, un boulot épuisant. Je vivais avec un magnétophone de poche." Lors d'une interview sur Radio Bleue en janvier 1983, il reconnait céder, parfois, à la facilité : "C'est effrayant d'écrire en se disant "attention, il faut qu'il y ait un rire toutes les vingt secondes, sinon c'est moi le con". Donc, ça ne peut pas toujours être d'une grande qualité. Je sais que j'ai des "trucs", des facilités... Par exemple j'ai horreur des calembours, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, j'ai horreur de la trivialité, mais c'est une facilité. Dès que je manque d'idées, je balance de la caleçonnade et puis deux ou trois gros mots et ça marche, malheureusement. J'en suis conscient et j'ai honte. Mais faut bien que je mange, mon pauvre ami."

N'ayant pas obtenu l’autorisation de poser devant le palais de justice de Paris, l'équipe pose sur les marches de l’église de la Madeleine. G. Rabol, P. Desproges, C. Villers, L. Rego et HM Mutel
N'ayant pas obtenu l’autorisation de poser devant le palais de justice de Paris, l'équipe pose sur les marches de l’église de la Madeleine. G. Rabol, P. Desproges, C. Villers, L. Rego et HM Mutel © Radio France / Roger Picard

Et puis c'est le drame

Desproges quitte prématurément et brutalement le Tribunal. Comme celà avait déjà été le cas du Petit Rapporteur. L'homme ne prône pas la modération, y compris dans ses relations professionnelles.

Je ne me fâche pas de façon rédhibitoire.

Pour le Petit Rapporteur, il en avait eu assez que ses sujets soient régulièrement coupés au montage. Pour le Tribunal, lorsque la production demande aux auteurs de "céder en exclusivité à Radio France le droit de reproduire ou de faire reproduire tout ou partie des émissions". Desproges peste, vitupère et espère le soutien de Claude Villers... qui ne l'écoute pas. Les choses s'enveniment, Desproges finit par envoyer une lettre très dure à Villers "En fait c'était une déclaration d'amour", explique-t-il quelques mois plus tard dans les colonnes de La vie ouvrière. "Il aurait dû me répondre par la même. Or il a piqué une colère et m'a envoyé une lettre de licenciement."

Les deux hommes se réconcilieront quelques années plus tard autour d'une bonne table.

Exit donc Desproges en février 1983. Jusqu'à la fin de la saison, le rôle du procureur sera tenu notamment par Eva Darlan et Serge Papagalli. A l'époque ce dernier tournait dans toute la France avec son spectacle Plus la peine de frimer. Claude Villers l'avait vu à Avignon et avait promis de faire appel à lui si l'occasion s'en présentait. Il se souvient de cette exercice particulier qu'il découvrait...

1'22

Serge papagalli se souvient de son passage au Tribunal des Flagrants Délires

Par France Inter

En Septembre 1983, le Tribunal s'arrête. La clé sous le paillasson de William Leymergie prend le relais.

Pour aller plus loin 

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