Le roman de Pierre Mérot , Toute la noirceur du monde , paraîtra le 18 septembre, chez Flammarion.Rappelons l’histoire de cette publication : d’abord accepté chez Gallimard , puis finalement rejeté, Pierre Mérot a trouvé bon accueil auprès de Jean-Marc Roberts pour la maison Stock. Mais lorsque Manuel Carcassonne prend la tête de Stock après le décès de Roberts, il le retire des publications à venir, car il l’avait lui-même refusé lorsqu’il dirigeait Grasset. Finalement Mérot avait obtenu au printemps l'accord de Teresa Cremisi chez Flammarion.

Couv Mérot ok
Couv Mérot ok © Flammarion /
Que trouve-t-on donc dans ce livre qui a brûlé les doigts de deux grands éditeurs? On y trouve comme son nom l’indique, toute la noirceur du monde. A savoir une histoire très française : un professeur qui se remplit de haine au fil des pages. Il n’est que mépris à l’égard de ses collèguesDe ses élèves, en particulier les jeunes filles. Les mots sont emplis de fiel et empruntent plus souvent le ton de l’insulte. Encouragé par l’ascension dansles sondages de la leader du parti d’extrême- droite de son pays (La Présidente), et au contraire du héros des Lisières d’Olivier Adam , qui s’effrayait de la médiocrité ambiante, lui, s’y trouve finalement de mieux à mieux à son aise. Il prend sa carte au parti et bientôt participe à des opérations violentes menés par des extrémistes. Toutes choses qui bien sûr la Présidente ne pourrait que dénoncer. Cet homme descend dans ses propres enfers meurtriers, et se berce lui-même dans le racisme et l’ antisémitisme. On croirait lire Richard Millet, le dégoût de cette France multiple, colorée, mutli-confessionnelle. Peu de lumière ni de contrepoint dans le destin de cet homme. C’est ce qu’il manque . Cet homme est seul, ce narrateur ne représente que lui-même. Que la littérature démasque les malveillances ou les travers d'un système ou d'une caste, c'est ce que l'on attend d'elle. C'est sans doute ici le projet de Mérot que de montrer l'émergence de la haine, galvanisée par la montée du Front National. Comme avec Les Bienveillantes , on a le sentiment de se salir, tout en sachant que c'est la vérité qui nous blesse. On ne peut pas aimer ce livre, il n’est pas là pour ça, et Mérot a le courage d'empoigner le mal et la noirceur. Mais son anti-héros est bien trop seul et unique en son genre. Seules quelques lignes à la fin donnent une gifle à ce salaud. Pierre Mérot passe à côté d'un très grand livre sur ce sujet. Les éditeurs qui l'ont lu, repoussé ou accepté, également. Mérot a largement assez de talent pour y parvenir.

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